A l’occasion de l’Assemblée générale de la FFF, des questions ont été soulevées quant au football féminin, montrant qu’elles font partie d’un ensemble, comme la diminution drastique des droits du football professionnel masculin en fait partie.
Sous la houlette d’un club professionnel ou des équipes financièrement autonomes ?
Relaté avec précision par RMC Sport, le Président du Paris FC, Pierre Ferracci, est intervenu à la tribune pour exposer la crainte de voir se développer des structures juridiques féminines autonomes, au contraire de ce qui s’est crée depuis une dizaine d’années, avec la reprise, par les clubs professionnels masculins, des sections féminines du passé, pour le financer.
En effet, l’exemple de l’Olympique Lyonnais féminin trotte dans les esprits de nombreux présidents de Clubs.
Vendu, 53 millions d’euros, par Textor à une milliardaire américaine, Michele Kang, bien décidée à rentabiliser le sport féminin comme à le valoriser (2 millions d’euros dans une nouvelle marque de chaussures), et habilitée à investir des sommes conséquentes (Budget de 30 millions de dollars) alors que, dans la période actuelle, les Présidents des clubs français comptent leurs sous et, sur le plan budgétaire, et réduisent les dépenses féminines.
Une nouvelle propriétaire qui n’a pas la charge de la section masculine et peut donc, agir sans contrainte financière sur le marché. A l’opposé des Présidents de Clubs qui n’arrivent même pas à équilibrer leur budget masculin après la perte de 600 millions d’euros de droits TV
Un problème pour ce qui a été une solution générale.
Sur douze clubs en Arkema Première Ligue, seulement quatre clubs professionnels ont crée leurs sections : le FC Nantes, le RC Strasbourg, le Havre et le Paris Saint Germain. Tous les autres ont acheté un club exclusivement féminin.
- En 1969, le Stade de Reims reprend le Football Club féminin de Reims
- En 2001, Montpellier HSC reprend le club féminin Montpellier Le Crès
- En 2004, l’Olympique Lyonnais reprend le club féminin du FC Lyon.
- En 2009, l’ASSE reprend le club féminin du Racing Club de Saint-Etienne
- En 2010, Dijon FCO reprend L’ASC Saint-Apollinaire
- En 2012, EA Guingamp reprend le club féminin de Saint-Brieuc.
- En 2017, Fleury FC 91 reprend le club féminin du Val d’Orge
- En 2017, le Paris FC reprend le club féminin Juvisy FC
Une stratégie de la décennie, qui a été de voir, partout en Europe, dans les cinq grands championnats, la reprise par les clubs professionnels masculins, des sections exclusivement féminines (Juventus, Real Madrid, Eintracht Frankfurt, …).
Une volonté liée au respect d’un cahier des charges exigeant pour monter de division féminine en division féminine. Des revenus possédés par les clubs professionnels masculins permettant une professionnalisation de la pratique, souhaitée par de nombreuses joueuses comme par la Fédération et surtout, en résolvant le problème administratif principal.
Quel est le problème ?
Pour postuler à un championnat, il faut un numéro administratif fourni par la FFF.
C’est ce numéro qui a permis à de nombreuses équipes professionnelles masculines, de faire évoluer immédiatement ses couleurs au plus haut niveau, en absorbant les entités existantes, sans à avoir à monter d’années en années, comme l’ont fait l’Olympique de Marseille (Seconde Ligue après un passage en Première) ou le FC Nantes (actuellement en Première Ligue), parti du niveau régional.
Si la liste est conséquente en Arkema Première Ligue, elle est encore plus significative en Seconde Ligue.
L’Olympique Lyonnais et L’Olympique Lyonnais féminin, deux structures juridiques différentes, jouent avec le même numéro administratif.
L’Ol restant actionnaire à 48% de l’OL Féminin. On se trouve avec un Olympique Lyonnais féminin qui bénéficie du droit administratif qui appartient à l’OL, sans passer par la case « Départ ».
La conséquence sportive de ce droit
La structure juridique féminine autonome est libre de choisir sa stratégie. Elle n’a pas le poids du football masculin.
Une stratégie, quand elle est offensive et financière, qui pose un problème aux clubs professionnels masculins. Faute de ressources attendues (600 millions d’euros en moins), ces clubs actuellement restreignent. Ils sont donc appelées à perdre en concurrence et ils doivent le mesurer actuellement, en pleine période de discussions avec les agents.
Un problème accessoire s’il ne concernait que l’Olympique Lyonnais féminin, largement au-dessus des autres concurrents avec ses huit Coupes d’Europe, dix sept championnats continus et dix coupes de France).
Sauf que … Dijon, Montpellier, le Stade de Reims et Le Havre sont prêts à vendre.
Et c’est là où le problème prend toute sa réalité.
Ils trouvent visiblement des fonds preneurs, initiés par la FFF qui prend en charge les dossiers et dont Jean-Michel Aulas, Président de la Ligue Féminine de Football Professionnel, devrait se faire fort d’aboutir pour donner à Michele Kang, l’oxygène qu’elle demande pour un développement (elle bute sur les non des Présidents actuels) et inscrirait la Première Ligue, dans une forme similaire à ce qui a fait le développement du championnat anglais (Women Super League), révolutionné en 2017 et souvent utilisé à titre d’exemple.
Pierre Ferracci, expert-comptable de métier, relève bien le souci. Il a investi depuis 2017 une somme conséquente sur le football féminin du Paris FC et à l’aube d’en récolter les premiers fruits, avec l’Europe, il voit l’horizon s’assombrir avec des concurrents à fort moyens qui viendraient facilement bousculer l’écosystème du football féminin, face à des clubs masculins qui ne pourraient pas financièrement répondre. Pris par des baisses significatives de recettes.
Le coup de main des années 2015 et suivantes se transforme en une pierre lourde qui pourrait faire couler les clubs qui avaient joué le jeu et les faire descendre dans un championnat féminin inférieur. Ou se maintenir, sans l’attrait de l’Europe qui prend, un essor et une identité considérable dans les compétitions féminines.
Des Champs Elysées, ils se retrouveraient à se transformer en leaders d’un arrondissement parisien. Au prix des Champs Elysées de payés. La ficelle est grosse et surtout dure à avaler quand on compte ses sous.
On parle d’une dizaine de millions d’euros au minimum.
Qui connaît Jean-Michel Aulas ou Michele Kang sait déjà, que la solution risque d’être « Trumpiste », pour être raccord avec l’actualité. D’autant que le Paris FC, devenu à moyen terme, la propriété de la famille Arnault (LVMH), n’est pas le club le plus concerné par ce virage à subir.
Par contre, ce faisant, le gap entre les équipes sera encore plus prononcé, réduisant considérablement l’intérêt sportif à moins que le constat soit de parier sur les quatre premières équipes pour en faire une aventure médiatique forte. Les autres servant aux propos.
Il y a certainement une voie consensuelle. Tant qu’elle avance, car à l’évidence, le football féminin ne reculera pas.
William Commegrain Lesfeminines.fr
Michele Kang investit 2 millions $ dans des chaussures exclusivement féminines – Les Féminines