Quand la caméra a pointé pour la première fois, sur Loïs Boisson en ce Roland Garros 2025, le spécialiste comme l’inconnu du tennis n’a pas donné bien cher de sa peau.
La performance
Pas spécialement grande, taillée à la serpe bourguignonne, son physique musculeux avait plus le goût de l’heptathlonienne prête aux sept travaux féminins d’Hercule qu’à la finesse d’une Qinweng Zheng, ou le dynamisme de l’italienne Jasmine Paolini, voir le poids d’une Aryna Sabalenka.
Couverte d’un short d’athlétisme et d’un simple tee-shirt comme on en faisait dans les années 80, elle nous proposait de croire en sa simplicité dont on ne sait, si elle tenait de ses modestes gains cumulés depuis sa professionnalisation (129.000 $) qui, pourtant, avait déjà fait un bond de 15.000 $ avec sa récente victoire à l’Open 35 de Saint Malo d’avril 2024 (WTA 125) ou d’une approche individuelle.
Mai 2025, quelques neuf matches plus tard, la voilà en demi-finale d’un grand chelem, après avoir éliminé les françaises, la 3e mondiale Jessica Peluga (USA, 31 ans, 3-6, 6-3, 6-3), la 6e Mirra Andreeva (Russie, 18 ans, 7-6, 6-3), pour chuter contre Coco Gauff (22 ans, USA, 6-1, 6-2), seconde mondiale, vainqueur d’un Master en 2024, d’un premier Grand Chelem, l’US Open et qui en réalisera un second, en prenant le titre de RG 2025 contre Sabalenka, à qui tout était promis.
Assise dans son canapé, au lendemain de ce match qu’elle n’a pu gagner (6-1,6-2), Loïs Boisson a du se dire que les 70 fautes directes de Sabalenka en finale auraient pu la mettre dans le bon « mood » pour croire à l’impensable d’une victoire en Grand Chelem, en sachant que celle-ci s’est faite autant sur la maîtrise du vent que sur celle du tennis de l’adversaire.
L’histoire aurait été extraordinaire, venue des qualifications en 2025, pour une joueuse de 18 ans en 2021, 526e mondial, entrant dans la voie des tournois ITF à un âge déjà bien tardif, lorsque la statistique énonce que 95% des joueuses du Top 100 WTA actuel y ont fait leur début à l’âge de 15 ans, voire 14 ans pour 37% d’entre elles.
Performance, Reconnaissance, Inspirer les autres et gagner de l’argent
Les joueuses de haut niveau ont deux motivations spécifiques après celles liées à la performance. La première est la reconnaissance, la seconde se trouve dans l’inspiration que leur parcours peut donner à de futures jeunes sportives. Autour de ce triptyque, et différemment selon les sports, vient l’argent.
Certains sports en donnent, d’autres moins voire pas. Et pourtant, dans ces derniers cas, l’implication et la rigueur restent les mêmes.
En mai 2025, sur un temps très court d’un peu plus de quinze jours avec les qualifications, Loïs Boisson aura connu le bonheur intégral avec la performance, la reconnaissance du public comme de ses pairs (Coco Gauff, Jessica Peluga et Mirra Andreeva), la désignant comme une future grande joueuse sur terre battue, et l’argent (690.000 € de dotation).
La simplicité
On peut se demander si son jeu fait de variations, entre balles courtes et longues, liftés ou non, amortis et lobs, laissant aux « cours classiques » l’obligation d’avoir un revers au niveau du coup droit, le remplaçant par un coup droit dévastateur, associé à un physique hors norme quand tous les adversaires tapent fort, droit et long, sera inspirant ?
Ce qui est certain, c’est sa personnalité est en phase avec son jeu et qu’elle peut être inspirante. D’ailleurs, tout ce qu’elle nous a proposé est dans la droite ligne de l’étymologie de son prénom, Loïs : courageux pour l’origine germanique, brillant du côté de l’étymologie grecque et aux fortes valeurs morales comme de droiture pour la dimension biblique.
Peut-être qu’on verra de plus en plus de joueuses jouer au tennis en associant la simplicité plutôt que de tendre vers un univers de paillettes, initié par les jupes de Chris Evert et Gabriela Sabatani dans les années 80-90 ?
Loïs Boisson propose une nouvelle Loi pour une nouvelle Voie, au tennis féminin : la simplicité et la performance.
A voir.
William Commegrain Lesfeminines.fr