L’entrée de Joanna Grisez, gênée pour jouer contre l’Angleterre en demi-finale mondiale et déclarée apte pour cette 3e place à prendre contre la Nouvelle-Zélande montre à quel point le rugby pense au bien-être physique de ses athlètes malgré des enjeux de professionnalisation forts.

Un rugby féminin très amateur

Le rugby féminin montre son nez médiatique avec cette Coupe du Monde en Angleterre.

Partie de loin comme l’était auparavant la D1F en football, la fédération de rugby prend des engagements de construction d’une professionnalisation avec notamment l’arrivée d’Axa comme sponsor naming « Axa Elite 1 » pour 1 million d’euros par saison sur trois saisons, avec d’autres sponsors de rang 2.

Avec pour objectif d’un championnat de club semi-professionnel, au budget moyen de 1,5 à 2 millions d’euros, à bâtir pour les 10 clubs. En sachant que le budget moyen actuel se situe de 100.000 à 250.000 €, pour un revenu faible, sauf pour les 30 meilleures joueuses avec un salaire moyen se situant entre 3.000 et 4.000 euros.

Une médiatisation limitée mais améliorée

Difficile de trouver une place pour le championnat dans l’univers de la diffusion télévisée, pris par les obligations sur le sport féminin (Evénements d’Importance majeure, décret du 5 juillet 2024), diffusés en clair et en accès libre, occupée pour le rugby avec le Tournoi des six nations et la Coupe du Monde.

Comme pour l’Arkema Première Ligue, il faut aller vers les diffuseurs payants. Canal+ détient les droits de diffusion mais pour seulement plusieurs matchs de la saison. Diffusés en « baisser de rideau » (juste avant) ou en « lever de rideau » (juste après) d’un match de Top 14 ou de Pro D2, notamment sur les antennes de Canal+ Sport. L’accord vise à augmenter la visibilité du championnat en programmant régulièrement des affiches.

Il faut donc ne pas rater les diffusions à grande échelle, dont les deux dernières contre l’Irlande (1/4 de finale) et l’Angleterre (1/2 finale) ont touché les 4 millions et les 40% de PDM.

Qui est Joanna Grisez ?

28 ans, ailière au Stade Bordelais, internationale de Rugby à 7 comme à quinze. Sélectionnée pour le plus bel essai dans cette Coupe du monde. Actrice essentielle de cette victoire (18-13) qui se dessinait en défaite sur la première mi-temps (0-13).

Rarement touchée dans le match par ses coéquipières, elle a soulagé la France entière d’une course royale où son adversaire a été condamnée à admirer son numéro et son fessier sans jamais avoir réussi ou espéré pouvoir la récupérer !

Dans ce match serré contre l’Angleterre, elle a incroyablement manqué. Notamment sur la tentative de Marine Menager d’un essai en contre que la vitesse de Joanna Grisez aurait transformé. Le score comme le contenu de la demi-finale aurait changé alors que les deux équipes étaient très proches (5-7).

Blessée, elle n’avait pas pu participer au match.

Incorporée, la rencontre n’aurait pas été la même.

Explications nécessaires ?

Une semaine après, elle a « du feu dans les jambes » d’après David Ortiz, co-sélectionneur Gaëlle Mignot, répondant à la question en conférence d’avant match.

La réponse du co-sélectionneur français est claire : « « Elle va faire du bien, oui ! On connaît tous ses qualités et forcément dans un match de ce style, c’est un vrai atout et on espère évidemment qu’elle pourra exprimer toutes ses qualités. Elle était un peu juste pour pouvoir jouer le match la semaine dernière mais elle a désormais du feu dans les jambes et elle est prête à en découdre. (source rugbyrama) »

En une semaine, une blessure musculaire ne se guérit pas. Pour une simple élongation (Grade 1), il faut 1 à 2 semaines. Il s’agissait d’une gêne. Déjà gênée contre l’Irlande (bandage) en quart, un dernier test la veille du match contre l’Angleterre pour la demi, n’avait pas été concluant.

On apprend donc, dans un sport où le stéréotype du joueur comme de la joueuse qui se relève de tous les combats fait autorité, la gestion d’un souci musculaire se fait au détriment d’une finale potentielle de Coupe du Monde 2025.

Rare sont les sports collectifs qui auraient fait de même, notamment pour une demi-finale mondiale essentielle face aux anglaises avec des remplaçantes pour substituer au problème éventuel. En plus, en connaissant les enjeux économiques et stratégiques pour le rugby féminin français.

Certains vont y voir un plus et d’autres, une erreur.

Sauf à préciser que dans la continuité de la gestion des commotions cérébrales par les protèges-dents connectés, le rugby montre un angle inattendu mais intéressant à faire connaître : le bien-être des athlètes.

Les impacts ont un effet. Et la prévention devient une raison justifiable.

Justifiée d’autant plus, dès lors que l’incroyable passe en-avant de Gabrielle Vernier à Marine Ménager, annulant en demi-finale, le deuxième essai français contre l’Angleterre, a été fait par une joueuse ayant subi un protocole de commotion cérébrale, le match d’avant, en quart contre l’Irlande.

L’une pouvant expliquer l’autre.

Il sera intéressant de voir sa performance sur le terrain face à des redoutables néo-zélandaises, samedi à 13 heures, championne du monde en titre pour encore quelques heures. La finale se jouant, un peu plus tard, entre l’Angleterre et le Canada.