L’Angleterre et la France n’ont pas la même histoire
Il aurait fallu peu pour que la France (5-7, 24′) puis (12-14, 53′) mène à la marque l’Angleterre dans cette demi-finale mondiale. Pourtant par quatorze fois, victorieuses consécutives des Bleues, forte du costume légitime de favori, première mondiale et pays hôte.
Face à cette réalité, la première réussite française dans cette rencontre aura été que les absences importantes d’Axelle Berthoumieu (suspension pour 9 matches pour cause de morsure d’une adversaire en quart), de Manae Feleu (suspension pour deux matches pour placage dangereux en quart face à l’Irlande), de la demi-d’ouverture Lina Queyroi pour blessure et de l’ailière, meilleure marqueuse d’essai français dans ce tournoi, Joanna Grisey, pour souci musculaire n’ont jamais été présentes dans les commentaires.
Lutter contre l’indiscipline tout en étant fortes en courage
Pour cela, il fallait que l’équipe choisie par Gäelle Migot et David Ortiz soit exemplaire et disciplinée.
A l’opposé de ce que la rencontre en 1/4 contre l’Irlande avait laissé en statistique, soit pas moins de quinze pénalités et trois cartons jaunes, entraînant une équipe à quatorze pendant dix minutes chacune, sur quatre vingt d’une partie gagnée par les Bleues au souffle de la seconde mi-temps (18-13).
Un objectif réussit par les françaises pendant les soixante premières minutes malgré une domination des anglaises en mêlée, sans surprise au regard de leur renommée, mais avec un premier souffle d’un vent contraire, tant la première mêlée française avait été dominatrice. Laissant aux téléspectateurs, après les larmes d’émotion de Teani Feleu, Hina Ikahehegi et Nassira Konde, au chant de la Marseillaise, des raisons d’espérer.
Un espoir alimenté par la dernière opposition en Angleterre, au Tournoi des six nations 2025, avec un (43-42) anglais serré. D’autres étant en droit de rappeler la correction reçue en France d’Août dernier, en match de préparation du mondial (6-40).
Les anglaises, quelques marches au-dessus
Les meilleures intentions permettent de s’opposer à l’adversaire, mais de là, à le dominer c’est une autre histoire. Les anglaises ont montré qu’elles étaient quelques marches au-dessus des françaises.
Dans chaque petit secteur, il aura manqué aux Bleues ce qui fait la différence entre une équipe première mondiale qui n’a pas perdu depuis une trentaine de rencontres et une autre, quatrième mondiale, dans un sport qui commence son développement international et dont, à chaque rang hiérarchique, correspond un gap à combler.
- Les anglaises ont marqué cinq essais et les ont tous transformés (17). La France a scoré trois fois pour une seule transformation (17)
- Les françaises ont remporté la première mêlée quand toutes les autres ont été anglaises.
- Les anglaises ont toujours mené au score, les françaises recollant à chaque fois pour les voir s’éloigner dans les minutes suivantes.
- Et d’autres points où les Red Roses savaient et ont été au-dessus des Bleues : la vitesse, la percussion, le maul.
Le rêve Bleue aurait pu être une réalité.
Pourtant la France s’est levée devant sa télévision (3,8 millions de Téléspectateurs, 40% de part d’audience) quand Marine Ménager, à six minutes de la pause (34′) est à la retombée d’un superbe jeu au pied, part avec une autoroute de liberté devant elle pour atteindre l’en-but. Il y a bien un soutien sur la gauche mais il lui manque la vitesse pour se défaire d’une anglaise ! Et, baillonnée par cette dernière, tarde trop à lâcher le ballon pour rater sa passe !
Les comptables sortent leur calculette pour mesurer l’espoir déçu : un (12-7) potentiel pour les Bleues.
Lesdits comptables seront prêts de l’AVC, la minute suivante, sur une passe trop en avant de la centre Gaelle Vernier pour la même Menager, capitaine de l’Equipe de France, secouée de joie par ses partenaires pour l’essai marqué en bout de ligne mais refusé logiquement par l’arbitre, suite à la vérification de l’arbitrage vidéo.
La calculette, en deux minutes, est passé d’un (19-7) potentiel pour les Bleues, d’une potentielle qualification pour la finale d’un Mondial face à la meilleure nation du classement international, à un (5-7) honorable au retour des vestiaires.
Pour les Bleues, la victoire s’est ratée en première mi-temps.
L’Angleterre ne dit pas autre chose, sur l’Independant : « A 7-5 interval lead for England failed to tell the story of a first half dominated by France, who should have finished two more opportunities… »
La puissance anglaise écarte le courage français.
Le reste se fera au courage pour les françaises et à la force pour les anglaises comme à la vitesse de Ellie Kildunne, autrice de deux essais phénoménaux, à la mode Usan Bolt sur 100 mètres. Une spécificité qui devrait se renouveler pour celle, élue, meilleure joueuse mondiale 2024.
Au courage pour ne craquer qu’à compter de la 60′ pour les Bleues et à la force pour les anglaises, autrices de quatre essais supplémentaires quand les Bleues, colleront avec deux autres, avant d’être décollées de ce qui était la normalité avant le match.
Une Angleterre victorieuse chez elle contre des Bleues, pas si loin mais trop loin sur les quatre vingt minutes d’une rencontre mondiale.
La Nouvelle-Zélande pour une 3e place
Les françaises rencontreront les ex-championnes du monde, c-a-d la Nouvelle Zélande samedi à venir.
Une équipe qui aura du mal à accepter une seconde défaite après celle, lourde mais logique, infligée la veille par le Canada. L’Angleterre jouera sa coupe du monde contre les canadiennes qui, à la différence des françaises contre l’Irlande, ont montré en quart et en demi, une variété de qualités qui pourraient leur donner le titre.
Les Bleues seront dans ce qui a été leur signature dans ce mondial : la cohésion cimentant le courage.
William Commegrain Lesfeminines.fr