Une vidéo de l’Olympique Lyonnais féminin montrant la reprise d’un début de saison m’avait interpellé. On voyait Alice Sombath, toute jeune joueuse, aller avec amour saluer Wendie Renard qui sortait de sa voiture, comme on salue une mère, une aîné et la norvégienne, Ballon d’Or 2018, Ada Hegerberg, la rabrouer pour discuter avec la capitaine lyonnaise.
La jeune française d’origine asiatique avait autant reculé sur la prise d’autorité de la norvégienne que, fait ce pas en arrière, devant le respect dû à une aîné.
Respecter les aînés
On aurait pu mal interpréter le recul sauf qu’il suffit de connaître la mentalité des asiatiques du sud-Est, prônant tant le respect des aînés qu’une philosophie de vie dans laquelle, l’amour et le bonheur doivent accompagner les actes de ta vie.
Autant une européenne va culturellement chercher à accaparer, conserver un droit de propriété, autant une américaine du Sud va se faire guider par l’émotion qui l’anime, laissant les préoccupations du lendemain à d’autres univers, autant une asiatique, Thaïlandaise, Philippines, cumule le bonheur et l’amour pour s’en faire un capital.
Elle a reculé devant la violence de l’intervention. Ce n’était pas elle qui avait reculé, c’est sa culture. C’était l’idée qui m’était venue à l’esprit.
Réussir silencieusement
Un an plus tard et quelques semaines en moins, Alice Sombath a joué son premier match essentiel dans cette demi-finale d’avril 2025, face à Arsenal devant plus de 40.000 personnes, tout juste agée de 21 ans, en remplacement de Wendie Renard, la capitaine aux 500 matches lyonnais et plus de 100 européens. Elle n’a pas reculé.
Personne n’a vu l’anglaise Alessia Russo, vingt six ans, titulaire en équipe d’Angleterre, lui rendant dix centimètres de plus et double buteuse en quart contre le Real Madrid.
Un match parfait de la jeune joueuse, appelée une seule fois par Laurent Bonadei, dont les recherches sur le net nous apprennent que son anonymat français n’existe pas sur le plan mondial et qu’elle doit être fichée par beaucoup de clubs. Faisant partie de la sélection mondiale U20 (2023) avec des joueuses dont le patronyme sonne à ceux qui suivent le football féminin : les ibériques Salma Paralluelo, Vickie Lopez, la colombienne Linda Caicedo, l’haïtienne Melchie Dumornay, l’allemande Jules Brand et sa nouvelle coéquipière brésilienne Tarciane.
Une autre statistique plus actualisée (avril 2025) la nomme première européenne dans le jeu long sur les cinq grands championnats avec une réussite à 88,9%, devant du très beau monde : Irène Paredes (83,1%, Barcelone) et la capitaine américaine, Lindsey Heaps (82,1%, OL)
Le respect et le silence ne sont pas des signes de faiblesse.
Appelée en Equipe de France en novembre 2024, elle avait joué le match entier face au Nigéria (2-1), associée à Wendie Renard. Trop heureuse de voir sa capitaine la féliciter de cette première réussie malgré le but inattendu de Ifeoma Onumonu. On les avait vu, sur un plan, dans les bras. La jeune, heureuse de ce moment de partage. La « mère », contente de donner le message mérité. Simplement. C’était suffisant.
Comme Samedi, appliquée dans tous ses gestes, elle avait réussi à éliminer les erreurs que d’autres ont fait sans pour autant, ressortir. Cherchant à capitaliser l’expérience, les moments pour les utiliser, les prochaines fois, où on lui demandera d’exercer sans erreur. Appliquée.
On le voit, ceux qui confondent son silence à de la timidité commettent une erreur importante. Cette jeune joueuse est trempée à l’exigence appliquée.
Celle que ses parents thaïlandais ont dû lui donner pour réussir, comme le font toutes les personnes qui sacrifient leur vie à l’étranger pour la réussite de leurs enfants à venir. Celle que son tempérament lui a conféré, décidant contre Léonardo d’accompagner « sa soeur », Vickie Becho, à l’OL à un peu moins de 17 ans (2020) tout juste entrée dans la formation du PSG, après avoir démarré avec le PFC.
S’opposer à Léonardo, à cet âge, c’est signe de caractère. Changer, c’est s’adapter. Comme ses parents l’ont fait. L’inconnu quand tu ne te connais pas. Rien de surprenant quand tu as confiance en toi.
Choisie
On peut penser que Joe Montemurro fait des erreurs. On peut être certain qu’en titularisant Alice Sombath dans cette demi-finale européenne, que le coach a vu quelque chose chez cette jeune joueuse. Une prestation totalement autonome au cours de laquelle, Alice Sembath n’a jamais eu le besoin de Selma Bacha à gauche comme de Vanessa Gilles, sa coéquipière en défense centrale. Elle a été au niveau de l’exigence du match.
Quand j’associe tout cela à ma famille avec mon fils accompagné avec bonheur par Myriam, d’origine Philippines. Quand je vois le parcours de sa mère, leur manière de vivre, le silence extérieur et la force, le sourire perpétuel, la mer et les îles comme RER, je me dis qu’Alice Sombath a quelque chose de différent qu’il ne faut pas confondre avec de la faiblesse.
En plus, pour avoir donné un cours à Vicky Becho à la demande de l’Equipe de France U19, pour donner un coup de mains, j’ai vite compris que la jeune fille va à la vitesse de l’éclair quand elle réfléchit. Toutes deux sont incroyablement complémentaires. Elles sont bien parties pour être les meilleures amies du monde.
Des soeurs jumelles. Différentes physiquement, les mêmes culturellement.
William Commegrain Lesfeminines.fr