Le Canada ne brille qu’aux Jeux Olympiques.
En 2021, le titre canadien de Tokyo avait ouvert la « boite à chambrette » entre les joueuses, trouvant que les canadiennes, 8e mondial avant les JO de la Covid, avaient utilisé à l’excès la formule gagnante de l’Allemagne de 2016, à Rio. Soit des scores à (0-0).
Souvenez-vous, seconde de leur groupe derrière la Grande Bretagne avec deux scores nuls pour une victoire, un autre match nul en 1/4 de finale face au Brésil avec une première séance de tirs aux buts (4 tab à 3), puis gagnant sur le score de (1-0) contre les USA en 1/2F, et pour finir, une finale avec la séance des tirs aux buts face à la Suède (0-0, 3 tab à 2), sauvée par une singerie de sa gardienne, connaissant très bien la capitaine suédoise Caroline Seger, cinquième tireuse, ayant le titre au bout de son pied, la balle finissant au-dessus, dans les gradins du stade.
En 2024, les canadiennes étaient venues en France, en sachant qu’elles revenaient à la maison Olympique.
Une maison quasi-maternelle, le Canada n’ayant connu son heure de gloire international que sous les projecteurs des Jeux Olympiques (Bronze en 2012 et 2016, Or en 2020) ; alors que dans d’autres compétitions, elles avaient été sorties en phase de groupe au dernier mondial 2023 en Australie et Nouvelle-Zélande par exemple ! Une mésaventure quasiment identique en 2019, sortie en 1/8e à la Coupe du Monde en France.
La conclusion est évidente : le Canada ne brille qu’aux JO.
Une pénalité de six points vécues comme un « rejet maternel »
Une maison qui l’a fortement réprimandé en ces débuts de Jeux.
Si le fait du drone peut faire sourire et sera écrit, dans le futur, plus comme une anecdote que la volonté avérée de triche constituée par le dopage ou l’achat de matches ; les joueuses canadiennes ont senti les sanctions de la FIFA comme un rejet maternel :
- interdiction de toute compétition pendant une année pour son staff,
- amende de 200.000 dollars à la fédération canadienne
- mise à l’écart de l’esprit olympien par les autres athlètes canadiens,
- suspicion sur leurs titres passées, seuls biens possédés par le football canadien.
- Et pour ceux ayant la mémoire olympique, le retour des méfaits du dopage de Ben Johnson, exclu du titre du 100 mètres olympique lors des JO de Séoul (1988)
Peut-on accepter un rejet aussi puissant. Oui à la condition de se considérer comme coupable. Non, dans le cas contraire. Les canadiennes ont montré qu’elles voulaient que le monde les regarde comme des athlètes olympiques. Avec cette victoire, elles l’ont largement mérité.
Des joueuses canadiennes connaissant bien les françaises.
Les filles se connaissent bien mieux que les hommes. Cela est vrai sur le plan technique, cela peut être de manière plus intime.
Le fait d’avoir joué longtemps avec des joueuses est un avantage psychologique important quand le sport demande à jouer au paroxysme. C’est très vrai dans le monde féminin.
D’ailleurs, le titre olympique canadien de 2020 tient beaucoup au fait que Stéphanie Labbè, la gardienne canadienne, connaissait très bien Caroline Seger avec qui elle jouait en Suède.
Les canadiennes connaissent bien les françaises.
Venues en France avec quelques joueuses ayant évolué dans le championnat de la D1FArkema, soit Ashley Lawrence (2017-2023) et Jordyn Huitema (2019-2022) sous les couleurs du PSG, puis Kadeisha Buchanan (OL, 2017-2022), et Vanessa Gilles, ayant gagné ses galons d’internationales quand elle était à Bordeaux (2018-2021), pour les valider sous le maillot de l’Olympique Lyonnais (2022-contrat en cours).
De longues périodes de collaboration permettant d’en savoir beaucoup sur l’état d’esprit des françaises.
Si on rajoute Evelyne Viens au Paris Fc (2020-2021) et Quinn, pour un court passage de six mois en 2019 ; on se dit qu’au moment où il fallait faire un exploit avec une pénalité de (-6 points) subie, les canadiennes du moment savaient comment faire pour s’imposer, aux françaises de la sélection qu’elles avaient habituellement fréquenté.
On l’a très bien vu avec Ashley Lawrence dans ses oppositions face à ses anciennes collègues du PSG.
La rencontre : L’impact physique et l’esprit olympique des canadiennes
Touchées dans leurs orgueils, les canadiennes ont su s’imposer aux françaises malgré le fait d’avoir été menées (1-0) sur une initiative de Marie-Antoinette Katoto (42′) en égalisant lors de la seconde période par Jessie Fleming (58′ 1-1) ; pour remporter le match au bout des quinze minutes d’extra-time (90’+12), logiquement données par l’arbitre marocaine Bouchra Karboubi, suite aux blessures de Pauline Peyraud Magnin (saignement à la paupière) et Wendie Renard (sortie sur blessure musculaire).
Une victoire logique, faible techniquement des deux côtés, marquée par le recul des Bleues sans solution créative sur le plan offensif, percutée par l’obligation de gagner des canadiennes, envoyant des lames d’intention, se briser sur le récif français, incapable pour autant, de s’imposer collectivement pour affirmer à leurs adversaires, leur supériorité.
A ce jeu du « touche-touche » que l’esprit olympique ne permet pas ; les bleues, toujours pas imprégnées d’un des mots du slogan « plus vite, plus haut et plus plus fort » se sont disséminées au fil des minutes, ne comprenant pas ce sort défavorable qui s’imposait à elles, espérant que les choses reviennent à la normale, sans pour autant mettre les ingrédients pour qu’il en soit ainsi oubliant que le normal, aux JO, est « plus vite, plus haut et plus fort ».
Les Bleues d’Hervé Renard vont devoir chercher leur esprit olympique.
Dans un moment olympique où on ne s’intéresse qu’aux victoires sublimées, les Bleues d’Hervé Renard se doivent de montrer aux autres sportifs de haut niveau que leur présence n’est pas dû seulement au fait d’être l’équipe du pays hôte, directement qualifiée et que leur rêve olympique n’est pas « un caprice de stars » qu’elles ne sont pas. La France n’ayant gagné aucun titre ni médaille dans son histoire, bien que seconde mondiale ; étant la seule équipe du Top 10 mondial à avoir cet état de fait.
Le prochain match face à la Nouvelle-Zélande a cet enjeu : les situer dans l’univers olympique et se réconcilier avec ses fans français qui ont eu le temps et le moment de les quitter pour regarder le match de hand entre la France et les Pays-Bas. Pour ceux ayant été devant l’écran à plusieurs, nombreux ont été ceux et celles qui ont entendu la demande du « changement de chaîne » pour voir l’esprit olympique ailleurs.
William Commegrain lesfeminines.fr
Tournoi olympique Paris 2024 – Groupe A – Deuxième journée
Dimanche 28 juillet 2024 – 21h00 (Diffusé sur France 3)
FRANCE – CANADA : 1-2 (1-0
Saint-Étienne (Stade Geoffroy Guichard) – 20 000 spectateurs environ
Temps légèrement couvert (29°C) – Terrain excellent
Arbitres : Bouchra Karboubi (Maroc) assistée de Fatiha Jermoumi (Canada) et Diana Chikotesha (Zambie). 4e arbitre : Fruda Klarlund (Danemark). Arbitres VAR : Ivan Bebek (Croatie) assisté de Daneon Parchment (Jamaïque)
Buts
1-0 Marie-Antoinette KATOTO 42′ (Diani côté gauche trouve Dali à 20 m qui glisse le ballon sur Katoto à gauche dans la surface qui crochète du droit, élimine Buchanan puis place une frappe du droit de 12 m entre les jambes de Gilles au ras du montant droit de Sheridan)
1-1 Jessie FLEMING 58′ (Servie par Huitema, Lawrence côté droit délivre un centre qui arrive à l’entrée des 5,5m plein axe. Peyraud-Magnin se jette au sol et repousse le ballon puis est percutée par Mbock. Fleming hérite du ballon qu’elle pousse du droit de 5 m dans le but vide)
1-2 Vanessa GILLES 90+12′ (Sur une longue balle en profondeur côté droit, Leon échappe à Bacha et file pour centrer dans l’axe sur Huitema qui place une frappe du droit sans contrôle. Picaud repousse sur sa droite le ballon qui revient dans les pieds de Gilles qui reprend instantanément du gauche et marque avec l’aide de la base du poteau gauche)
Avertissements : Sandie Toletti 76′ pour la France ; Ashley Lawrence 45+2′ pour le Canada
France
16-Pauline Peyraud-Magnin (1-Constance Picaud 64′) ; 2-Élisa De Almeida, 18-Griedge Mbock, 3-Wendie Renard (cap.) (2-Maëlle Lakrar 72′), 13-Selma Bacha ; 15-Kenza Dali, 14-Sandie Toletti, 8-Grace Geyoro ; 11-Kadidiatou Diani (6-Amandine Henry 82′), 12-Marie-Antoinette Katoto, 10-Delphine Cascarino (7-Sakina Karchaoui 64′). Entr.: Hervé Renard
Non utilisées : 4-Estelle Cascarino, 17-Sandy Baltimore, 20-Vicki Becho
Canada
1-Kailen Sheridan ; 12-Jade Rose, 14-Vanessa Gilles, 3-Kadeisha Buchanan ; 10-Ashley Lawrence, 5-Quinn (16-Janine Beckie 68′), 17-Jessie Fleming (cap.), 13-Simi Awujo (7-Julia Grosso 90′), 2-Gabrielle Carle (4-Evelyne Viens 67′) ; 9-Jordyn Huitema, 15-Nichelle Prince (11-Adriana Leon 46′). Entr.: Andy Spence
Non utilisées : 18-Sabrina D’Angelo (G), 6-Cloé Lacasse, 20-Shelina Zadorsky