Comme souvent lors de matches précédents, les Bleues d’Hervé Renard (3-0 à la mi-temps ; 3-2 à la fin de la rencontre) n’arrivent pas à fournir une copie identique toute la durée du match.

Il en avait été ainsi lors de son intronisation, avec un premier match face à la Colombie (7 avril 2023) où elles avaient été menées (0-2) devant un Comex terrifié qui venait de se séparer de Corinne Diacre à la demande de certaines joueuses (Wendie Renard, Kadidiatou Diani et Marie-Antoinette Katoto).

Le Mondial 2023 avait montré la même chose. Plus récemment, les rencontres face à l’Espagne en finale de la Ligue des Nations, le retour face à l’Angleterre (2-1), le match perdu contre l’Irlande (3-1) lors des qualifications à l’Euro 2025, tout cela montre une tendance à des performances inconstantes, rendant exacte l’expression : « on ne sait pas ? », à la question de la force française.

Pour une équipe 2e mondiale, cela pose légitimement interrogation. Mais avec ses Bleues, on passe vite à autre chose. Une forme d’habitude des RDV d’émotions manquées.

Quinze mois plus tard (25 Juillet 2024) pour son premier match Olympique pour Paris 2024, l’histoire s’est répétée, avec un score favorable aux Bleues de (3-2) à la fin du temps réglementaire, faisait néanmoins trembler les 25.000 spectateurs du Groupama Stadium et ceux derrière leurs écrans, vue la seconde mi-temps française, remontée de deux buts (3-0 pour les Bleues à la mi-temps) et très proche d’en subir un troisième !

N’ayant pas pu voir la première mi-temps, je retiendrais les trois buts marqués, tous dans ses situations différentes. Le premier par Marie-Antoinette Katoto, pleine d’audace et de talent à scorer dans un angle impossible dès la 6′ (1-0). Le second de Kenza Dali sur une frappe soudaine montrant le message répété du staff auprès des joueuses : tirez ! (2-0, à la 18′) pour un troisième qui devait envoyer la France au Paradis, sur une superbe tête croisée mais placée de Katoto (3-0, 42e), reine du jeu à ce moment.

Sur la seconde mi-temps, dans les quinze premières minutes, je notais le soutien perpétuel de Katoto pour redescendre proposer un appui très bas, laissant un trou béant dans la défense centrale, en me disant qu’il y avait là, un quatrième but en instance.

Sauf, que le jeu est olympique. Sauf que le jeu est autre chose que du championnat. Sauf que les JO sont le rêve de tous les sportifs et qu’à ce jeu là, du propriétaire de l’instant, les françaises se sont transformées en bourgeoises, propriétaire d’une victoire qu’elles n’avaient pas, quand les révolutionnaires colombiennes ont joué le rôle de la vérité : « c’est à la fin du bal que les musiciennes sont payées ! »

Il est surprenant de voir que cette France est fragile quand on l’impacte physiquement et mentalement. Si en plus, les joueuses s’aperçoivent que deux de leurs talents sont en difficultés, Wendie Renard la capitaine et Sakina Karchaoui, latérale gauche alors le mental collectif se disloque.

Il n’y a plus que des joueuses qui s’essayent individuellement face à une opposition colombienne qui s’impose collectivement, emmenée Maya Ramirez excellente, joueuse de Chelsea, exclue sévèrement sur un rappel de la VAR à la 85′. Au grand bonheur certainement de JM Aulas, ancien propriétaire du stade, Président la LPFF et présent au match.

Joueuse à deux doigts, par trois fois, d’être buteuse dans ce match :

  • Maya Ramirez s’impose physiquement par deux fois sur Wendie Renard en dribble court et impact physique pour enlever son tir du gauche, l’angle des cages grands ouverts (52′).
  • Le solo de Maya Ramirez s’imposant sur Wendie Renard (68′) oubliant une remise qui aurait pu faire mouche, concentrée sur son combat.
  • Et encore Maya Ramirez, à la 78′, cherchant un tir quand une joueuse attendait seule, la passe latérale, les buts grands ouverts.

Pour la France, et visiblement je suis le seul à le noter, j’ai aimé le combat de Sandie Toletti. La seule à s’opposer physiquement aux adversaires et à revendiquer dans son attitude, la victoire malgré la qualité et la force de l’opposition.

Pour le reste, il y a la France. Forte quand tout va bien, faible quand tout va mal.

En défaillances ponctuelles, Wendie Renard a été en difficulté sur le terrain de l’âge. Sakina Karchaoui avait la tête aux défilés préolympiques manquant de modestie dans son jeu et interventions. Pauline Perraut-Magnin, demande du calme mais n’arrive jamais à nous convaincre d’être la Maître Yoga qu’elle essaie de renvoyer. Diani a le physique pour combattre, il manque l’envie d’aller chercher de nouveaux dollars que Marie-Antoinette Katoto semble avoir, en fin de contrat (2025) l’année prochaine avec le PSG. Les Olympiques, le moment idéal pour briller.

Comme des Tanguy(s) du contrat à cinq chiffres, les françaises ne sont pas encore sorties de la « cuillière en argent » que leurs aînées ont déposé dans leurs bouches. Avec une telle inconstance, les joueuses du passé n’auraient jamais convaincu les médias nationaux, télévisés et sponsors à investir dans l’avenir de ces joueuses. C’est une évidence.

Il a manqué à la France de 2024 cet idéal olympique : être sur le moment en oubliant tout ce qu’on a été avant. Les nouvelles françaises ont de la force, moins de talents qu’avant, mais surtout manquent d’humilité et d’allant. Par rapport aux médias, dans une France qui cherche ses médailles, elles ont déçu.

Pour ma part, après 2019, j’ai décidé de ne plus dépenser un kilomètre payant pour le football féminin. Le jeu n’y était plus, les interviews étaient une bande son identique et informelle. Les petits médias vendaient plus de l’égalité inespéré et illogique que de la performance. Le football féminin grandissait en choisissant l’ombre du football masculin, perdant ses attraits pour utiliser un costume trop grand pour elle. Les joueuses défilaient en oubliant que la sororité du passé n’était plus là pour les propulser, chacune jouant de son ambition personnelle et individuelle. Décevant.

Un sentiment personnel, surpris qu’il puisse être partagé officiellement dans un milieu où les compliments sont liés à la qualité financière du contrat.

J’ai encore dans l’oreille les mots d’hier soir, du présentateur de l’Equipe qui, cherchant à qualifier l’Equipe féminine post 2015, parlait d’elles, en proposant le mot : « déception ». A chaque fois, on est déçu. C’est un peu ou beaucoup vraie.

La qualification en quart est acquise avec ce gain de la rencontre et un Canada, prochain adversaire, affaibli par des drones visiteurs. Trois buts de marqués, alors que ne resteront piégés dans les poules, que quatre équipes. Les quatrième de chaque poule (3) et le moins bon troisième des trois poules.

Une médaille ou un titre demande, à l’évidence, plus et mieux. Un esprit olympique face à d’autres qui l’auront.

Tournoi olympique Paris 2024 – Groupe A – Première journée
Jeudi 25 juillet 2024 – 21h00 (Diffusé sur France 2)
FRANCE – COLOMBIE : 3-2 (3-0)
Décines-Charpieu (Groupama Stadium « Stade de Lyon ») – 30 000 spectateurs environ
Temps dégagé (27°C) – Terrain excellent
Arbitres : Tori Penso (États-Unis) assistée de Brooke Mayo (États-Unis) et Kathryn Nesbitt (États-Unis). 4e arbitre : Shamirah Nabadda (Ouganda). Arbitres VAR : Tatiana Gúzman (Nicaragua) assistée de Daneon Parchment (Jamaïque)

Buts
1-0 Marie-Antoinette KATOTO 6′ (Renard sur la ligne médiane allonge une passe pour trouver Lakrar couloir droit. Caicedo sur la trajectoire dévie de la tête et surprend sa partenaire Carabalí prise à revers. Katoto récupère le ballon à l’entrée de la surface s’avance à droite devant Arias jusqu’à l’angle des 5,5 m et termine d’une frappe croisée du droit face à la gardienne sortie)
2-0 Kenza DALI 18′ (Lakrar déborde à droite et délivre un centre qui retombe dans les 5,5 m. La gardienne boxe le ballon dans l’axe et Dali le récupère à l’entrée de la surface. Elle contrôle du droit puis enchaîne par une frappe du droit tendue plein axe qui heurte le dessous de la barre et termine au fond des filets)
3-0 Marie-Antoinette KATOTO 42′ (Renard depuis le camp français allonge une passe pour trouver Katoto à l’entrée de la surface qui contrôle puis ressort le ballon pour Diani qui dribble côté gauche dans la surface et centre en retrait pour trouver Katoto à 7 m au premier poteau qui place une tête décroisée qui termine dans le petit filet opposé)
3-1 Catalina USME 54′ s.p. (Faute de Peyraud-Magnin sur Ramírez. Penalty tiré par Usme qui ouvre son pied gauche et prend Peyraud-Magnin à contre-pied)
3-2 Manuela PAVI 64′ (En pivotant au milieu de terrain, Restrepo sert Pavi à 20 m qui élimine Karchaoui sur son contrôle puis s’avance à 11 m côté droit et pique son ballon du droit pour trouver le petit filet opposé)

Expulsion : Mayra Ramírez 85′ pour la Colombie (après visionnage du VAR, initialement avertie (83′))

France
16–Pauline Peyraud-Magnin ; 2-Maëlle Lakrar, 18-Griedge Mbock Bathy, 3-Wendie Renard (cap.), 7-Sakina Karchaoui (13-Selma Bacha 72′) ; 8-Grace Geyoro, 14-Sandie Toletti, 15-Kenza Dali ; 10-Delphine Cascarino (17-Sandy Baltimore 71′), 12-Marie-Antoinette Katoto (9-Eugénie Le Sommer-Dariel 90+5′), 11-Kadidiatou Diani (6-Amandine Henry 90+1′). Entr.: Hervé Renard
Non utilisées : 1-Constance Picaud (G), 4-Estelle Cascarino, 21-Ève Périsset

Colombie
12-Katherine Tapia ; 17-Carolina Arias (5-Yirleidis Quejada Minota 83′), 3-Daniela Arias, 16-Jorelyn Carabalí, 2-Manuela Vanegas (cap.) ; 8-Marcela Restrepo, 6-Daniela Montoya (cap.) (7-Manuela Pavi 46′) ; 11-Catalina Usme, 10-Leicy Santos, 18-Linda Caicedo ; 9-Mayra Ramírez. Entr.: Angelo Marsiglia
Non utilisées : 22-Sandra Sepúlveda (G), 4-Daniela Caracas, 13-Ilana Izquierdo, 14-Ángela Barón, 15-Liana Salazar