La prise de position publique d’Amandine Henry sur Canal+ quant à l’ambiance en Équipe de France féminine a tout de la goutte d’eau faisant déborder le vase.

Je vois plusieurs points à partager :

  • La proximité avec le match essentiel des Bleues pour une qualification à l’Euro 2022, le 27 novembre pose volontairement une pierre dans la mare française. Pour éclabousser, voire plus quand on parle d’une non-selection pour le dernier stage, ancienne de 3 semaines. Le temps de la réponse de la capitaine de l’Edf ne manquait pas.
  • Sans nul doute, c’est une réponse du berger à la bergère. Sa non-selection étant, à l’évidence, plus une sanction après l’intervention des lyonnaises auprès de Noël Le Graet pour demander le remplacement de la sélectionneuse.

Je voudrais considérer ces faits comme des réalités.

Alors pourquoi être surpris de la réaction de Diacre en ne prenant pas Amandine Henry, participante et capitaine d’une fronde ? Et de la même maniere, comment en vouloir à la capitaine de l’EDF, de rendre un coup qu’elle a reçu ?

Dans ce débat, replonger dans l’histoire est un préalable. Tout le monde sait que les lyonnaises ont leur mot à dire dans le choix et la reconduction du coach lyonnais par Jean-Michel Aulas. Patrice L’air en a subi les foudres, Gérard Prêcheur et Reynald Pedros de même, Jean-Luc Vasseur fait attention à sa communication. Et pourquoi pas ! C’est un management qui réussit plutôt à l’Ol, avec 7 titres européens et 14 titres de championnes.

L’équipe de France est différente, en ce sens que les sélectionneurs après Bruno Bini, ont été formé a l’école de Philippe Bergerôo, sélectionneur et membre du jury qui a délivré le BEPF à Olivier Echouafni et Corinne Diacre.

Un monde trop oublié dans les analyses récentes, fait d’un mandarinat collégial et de principes forts. Pour mémoire, à la prise de poste de Philippe Bergerôo en 2013, il n’avait pas renouvelé le mandat de Diacre comme adjointe, la mettant en quelque sorte, à la rue financièrement, du simple principe : “quand un coach arrive, il change le staff !” Pourtant, la coach de Soyaux passait le BEPF sous ses ordres. Qu’elle a obtenue d’ailleurs. De la même manière, il avait nommé une capitaine inattendue, Wendie Renard, quand Gaétane Thiney, vice-capitaine en 2013, s’imposait.

Quel est le sens de ces propos ? Un coach doit appliquer des principes qui lui ont été transmis et ne pas déroger à la règle principale. Personne ne doit lui dicter sa sélection.

Noël Le Graet marche sur des oeufs s’il remercie Corinne Diacre en remettant en cause la liberté des sélectionneurs de sélectionner. C’est un principe structurel.

Le souci dans ce dossier est double : les statuts ne sont plus respectés. Cela déborde de partout. Les médias réclament une tête. C’est ce point qu’il faut régler en premier lieu.

Les joueuses doivent-elles être parties prenantes des décisions d’un sélectionneur quitte à en être un contre-pouvoir ou le monde du football de l’élite doit se ranger derrière une barrière étoilée, celle du chef ?

Si on ne règle pas cette question structurelle de management, on ne règle rien.

Le second souci provient des adversaires. Sourires et rigolades sur la planète Terre. Là, il faudra avoir du challenge pour gagner les matches à venir. Et dans ce cadre, le seul reproche conjoncturel qu’on pourrait faire aux lyonnaises et à Amandine Henry, c’est la situation dans laquelle elle met les Bleues face à des adversaires qui vont se faire un malin plaisir d’enfoncer le clou. Sur ce plan, on ne peut pas reprocher à Corinne Diacre ses interventions médiatiques après la discussion entre elle, le président de la fédération et Wendie Renard.

Si on veut baser le consensus sur un terrain d’égalité. On reproche souvent à Corinne Diacre le fait de n’avoir rien gagné. On peut sans problème faire le même reproche aux joueuses de l’équipe de France.

Où est la solution ? Dans le changement à l’évidence. Après au préalable avoir choisi un style de management qui impose des règles à respecter, moyennant sanctions. Pour les joueuses, pour la coach.

Tout cela ne tiendra qu’à la condition où le négociateur trouve un nouveau terrain positif, partagé et ressenti, dans lequel, les animosités passées tomberont, une a une, dans l’oubli.

Ce terrain est peut-être dans le jeu produit et vers lequel les joueuses et le staff veulent tendre. Une identité partagée.

Un autre objectif, une autre histoire à vivre pour les deux parties prenantes.

Regarder ailleurs, pour voir autrement.

William commegrain Les féminines.fr