Soyaux, club historique de la division d’élite féminine. Cinq fois 1/2 finaliste de la Coupe de France (2003, 2005, 2008, 2014, 2018) ; seulement deux saisons en D2F depuis 1978 (source footofeminin) est le dernier club exclusivement féminin de la D1F Arkema, accompagné cette saison par Issy FF. Une rareté dans un monde européen qui se construit autour des clubs masculins (PSG, OL, Juventus, Barcelone, Atletico, Chelsea, Manchester City et United, Bayern et Wolfsburg). Les dernières unités, passant sous la protection du football masculin et de ses revenus. FFC Frankfurt (4 titres européens) étant repris par Eintracht Francfort pour l’Allemagne, Turbine Potsdam accompagné par le Herta Berlin en 2020.

Soyaux différent, que beaucoup semble avoir envie de mettre au placard, porteur d’un nom en football “très football féminin”, vous dit : “Bonjour tout le monde, tout va bien à Soyaux !”

Le club qui depuis son retour en D1F (sept saisons), a réussi à se maintenir grâce à sa capacité à ne pas rater ses confrontations avec ses adversaires au maintien, a subi les foudres de la DNCG à la mi-saison avec 3 points de pénalités qui a fait souffler, dans les médias et les réseaux, le souffle de la relégation.

Le jour même du premier passage devant la DNCG (Juillet 2020), nous avions eu un entretien avec Sébastien Joseph dont la première partie nous avait servi à montrer les différentes positions quant à la répartition à venir des 6 millions d’euros à recevoir par l’Association pour le Développement du Football féminin, association créée par les deux syndicats des Présidents du football professionnels de la Ligue 1.

Depuis, parmi les différents entretiens que nous avons eu dans le milieu de la D1FArkema, beaucoup mettaient Soyaux Charente dans les clubs qui pourraient avoir des difficultés après que tous i installaient ISSY FF en premier lieu. Je trouve cela bizarre pour un club qui a navigué entre la 5e et la 7e place depuis sa remontée en D1F. Sept ans, assez longtemps pour que la statistique ait un sens.

Est-ce le passé récent de Soyaux avec un budget déficitaire qui lui avait coûté trois points au classement 2019-2020, le situant comme premier non-releguable en 2020 ? Est-ce la création d’une structure nouvelle avec un Président inconnu en D1F et dont la DNCG a encadré les salaires pour 2020-2021 ? Est-ce le fait que Soyaux, village gaulois de 9.295 âmes nous dit Google, collé à Angoulême, soit le seul et dernier club exclusivement féminin de l’élite française, appelé à s’étouffer devant les clubs professionnels masculins ?

Sébastien Joseph croit en Soyaux. 

C’est un peu tout cela et cela donne corps et raison aux premiers mots que je viens de réécouter de Sébastien Joseph : “On a subi une incroyable campagne de dénigrement et j’aimerais bien que chacun sache qu’à Soyaux, tout va très bien !”

Le coach sojaldicien, qui fait jeune homme, se trouve pourtant dans la même tranche d’âge qu’Olivier Echouafni, avec ses 41 ans. Il a l’humilité de ne pas rappeler qu’il “était l’an dernier et donc cette saison, le coach le plus ancien de la D1F” après son passage à Rodez, ce qui lui “a permis d’affiner sa connaissance du football féminin” et précisant, le verbe haut et ferme “si j’ai voulu rester, ce n’est pas par défaut car j’ai eu d’autres propositions, mais c’est par choix !”.

Un choix qu’il a conseillé à de nouvelles joueuses pour une aventure nouvelle dans le cadre financier d’une SAS créée le 8 juillet 2020, au capital de 40.000 €, détenue par Joël Corbeau, Président, nommant Benoit Letapissier comme Directeur Général (source societe.com).

Un nouveau Soyaux, ou plutôt un Soyaux qui s’organise de manière professionnelle. 

Après rappeler que lorsque la DNCG donne son veto, cela signifie que la saison à venir est acquise sur le plan financier ; sur quelles bases le coach peut affirmer qu’à Soyaux, tout va bien ?

D’abord un rapide regard sur le site footofeminin nous montre que sans les trois points de pénalités, Soyaux était 8e du championnat, devant le Stade de Reims et Dijon FCO. Deux clubs professionnels. Laissant l’Olympique de Marseille et le FC Metz, deux autres clubs professionnels, rejoindre la D2F.

Ensuite, pour la saison à venir, la mise sous contrats fédéraux de toutes les joueuses de l’effectif pour des salaires du marché que Sébastien Joseph situent entre la 6e et 8e masse salariale de la D1FArkema et permettant des entraînements en journée, plus nombreux qu’en soirées. Une sécurité financière qui supporte dont la concurrence et une charge de travail supérieure pour une amélioration physique et tactique qui devraient donner quelques points. Peu de choses mais en D1F, les places chaudes se jouent à l’unité.

Deux préparateurs physiques, une préparatrice mentale, une entraîneur des gardiennes complètent le staff. Un ensemble structurel qui supporte la concurrence des clubs masculins professionnels possédant une équipe féminine, “investissant peu” de son point de vue, dans cette section qui cherche son marché.

La structure c’est bien, mais la solution vient du terrain. Qu’en est-il à Soyaux ?

“On a eu beaucoup de joueuses de l’OM qui nous ont téléphoné”. Sans en prendre une seule. Le choix de Sébastien Joseph s’est “fait sur six joueuses dont quatre étrangères, ce qui est une grande première pour nous.”

Paige Culver (Canadienne, défenseur, FC Bari Pink, ITA), Nina Stapefeld (attaquante, suisse, KAA Gent, BEL), Nara Estefânia Dacosta (Brésilienne, attaquante, University of Bridgeport, USA), Rachel Avant (Allemande, milieu, SV Werder Brême, ALL), dont l’inconnue reste “l’intégration mais pas plus que lorsque vous prenez de nouvelles françaises”.

Six joueuses à l’arrivée pour deux arrêts de joueuses (Aurélie Rougé et Lucie Pingeon, et cinq départs en D2F de joueuses qui ont peu joué la saison dernière : Clémentine Canon (Rodez AF, 6 matches en D1F), Angéline Da Costa (Stade Brestois, 9 matches), Cassandra Moinet (US Orléans), Sarah Magnier (Grenoble Foot 38, 5 matches), Manon Moreira (FF Yzeure AA, 0 matches).

La difficulté est de compenser le départ de Sarah Cambot pour l’EA Guingamp (6 buts). La solution a peut-être été trouvée avec le prêt de Jessy Roux (20 ans), 10 buts en équipe de France U19F pour 19 sélections, prêtée par l’OL après que la jeune joueuse l’ait été au Stade de Reims la saison dernière (15 matches, 1 but, milieu de terrain).

Si Hawa Cissoko est partie en Angleterre, jouer sous les couleurs de West Ham, Anissa Lahmari n’a toujours pas trouvé de club, faisant constater au coach “que les jeunes françaises, pense trouver de gros contrats, mais s’aperçoivent avec le temps qu’elles n’ont pas beaucoup de propositions et rarement au niveau de ce qu’elles attendent mais elles préfèrent quand même changer et ne pas ouvrir de négociations avec son club. Les agents leur promettant avec certitude, une nouvelle destination.”

Un marché qui est devenu celui-ci, avec des joueuses qui prennent des risques. A elles de les assumer.

Le coach se concentre sur ce que fait Soyaux. Des salaires corrects. Une équipe où chacun a les mêmes conditions d’entraînements. Une visibilité en D1F assurée par les retransmissions et un groupe restreint qui donnera à chacune la sensation d’être actrice du projet.

De plus, l’évolution dans un stade approprié au football féminin. Rénové par la mairie pour un budget de 2 millions d’euros et permettant d’accueillir 1.500 personnes. La sensation d’être dans un stade plein n’est pas la même que d’avoir 1.000 personnes dans une enceinte de 25.000 places.

Au final, Soyaux va bien et veut le faire savoir. Le message est reçu.

William Commegrain Lesfeminines.fr