En renouvelant la coach Sandrine Soubeyrand pour trois saisons supplémentaires (Juin 2029) et en instaurant, au 1er janvier 2026, Gaetane Thiney comme directrice sportive du football féminin, le Paris FC de Pierre Ferracci et Antoine Arnault confirme le mode d’exploitation de la section féminine avec le logiciel « Juvisy-Essonne » du passé.
Le passé Juvisy comme logiciel « source »
Depuis huit années (2017) que la fusion s’est faite entre l’association juvisienne et le Paris FC, récent club de Ligue 2 de l’époque, de nouvelles têtes directionnelles auraient pu surgir.
Cela n’a pas été le cas et bien en a pris au Président Ferracci de remplacer Pascal Gouzènes par Sandrine Soubeyrand (Octobre 2018), ex-joueuse de Juvisy (2000-2014) aux 198 sélections, directrice des équipes féminines de France de l’époque (2014-2018), venue pour faire renaître une équipe à l’abandon de performances et d’identité, dans un football qui était pourtant, moins exigeant que celui de 2024.
Une réussite sur le contenu et sur le palmarès avec une Coupe de France gagnée contre le Paris Saint Germain en 2025, pour revigorer un palmarès (Coupe de France 2005) que la présence de l’OL Lyonnes et du Paris Saint Germain rendaient impossible.

Les autres systèmes d’exploitation
La concurrence française existe.
L’OL Lyonnes, sous l’égide de Michèle Kang, ont toujours la volonté de dominer la France (18 titres, huit Coupes de France) et l’intention ferme de revenir titrée en Europe. Avec pourtant le record de huit titres européens au compteur en onze saisons, mais dont les derniers (2021, 2023, 2024) sont dans la poche du FC Barcelone, finaliste de l’épreuve européenne depuis les six dernières saisons !
Pour le Paris Saint Germain, la section semble abattue par le poids des situations du passé. Le vase, déjà bien remplie par les attaques lyonnaises sur ses talents, semble déborder avec plusieurs gouttes d’eau de trop.
Affaire Hamraoui et Diallo, différend avec Diani et Katoto, départ de Geyoro, gestion des égo, soucis avec les coaches Didier Ollé Nicolle et Fabrice Abriel, démission de Gérard Prêcheur pour mettre son fils et départ du fils ensuite au club de Michel Kang en Angleterre, etc …), plus le départ des joueuses phares exerçant leur métier (la malawite Chawinga, Korbin Albert …, et la présence volontaire mais en manque de qualité, de jeunes pousses à qui on demande beaucoup sans en avoir -encore ou pas- les moyens, au niveau exigé par l’Arkema Première Ligue et/ou la WCL européenne en sont les symptômes visibles sans connaître ceux qui dorment en silence.
L’élimination par la Juventus la saison dernière pourrait être considérée comme les prémices, la 17e place européenne sur 18 de cette saison ne pouvant en être que la preuve.
La direction sportive, un poste sensible.
Ce qui montre bien que la place de la direction sportive n’est pas une tâche aisée, d’autant si le Paris FC prend la place d’adversaire direct du Paris Saint Germain dans l’esprit lyonnais de ses multi-propriétés (OL Lyonnes, London Lionesses pour le championnat anglais et Washington Spirit pour celui américain).
Gaetane Thiney, comme toute joueuse d’expérience (40 ans, fin de saison en 2025, vingt saisons en D1, 163 sélections, 58 buts), savait à merveille utiliser ses qualités au mieux de l’âge où elle les a exercé et sa routine de sportive de haut niveau était excellente, puisqu’elle n’a jamais souffert de blessures dans un monde où les ACL se comptent aussi nombreuses que les boules de Noël sur un sapin de trente mètres de hauteur.
Elle va devoir chercher chez les autres, cette qualité qui fait la signature de l’excellence dans un monde féminin qui compte encore plus son compte en banque que le nombre de buts marqués ou de passes décisives réalisées.
Trouvera-t-elle des joueuses qui rêvent que le Père Noël leur apporte le maillot du Paris FC européen quand les joueuses du Paris Saint Germain ont montré à quel point, les louanges financières de l’OL Lyonnes et consoeurs, les ont amené à changer rapidement de clubs (une bonne quinzaine depuis 2016)
Les filles savent que le football féminin de l’élite paie et cela, dans les cinq championnats européens, celui de l’Arabie Saoudite et le fameux NWSL américain. Elles bâtissent une carrière financière plus qu’une carrière sportive.
Double projet face à double prime ?
Le modèle du « double-projet » est-il encore viable auprès de jeunes filles qui ont pour seules qualités premières, le physique et la technique du football, alors que ce dernier paie de plus en plus, et assure pour certaines des revenus qu’elles n’auraient jamais obtenu dans un autre secteur.
Par exemple, je m’interroge si la jeune Melween N’Dongala (21 ans, arrière latérale offensive, en contrat au Paris FC jusqu’en 2026, 7 sélections), boudeuse de sortir face au FC Barcelona (0-2) à la 72′ n’est pas la réalité de demain ?
Une jeune joueuse avec des qualités rares, meilleure joueuse face au club norvégien de la journée précédente, intéressée à montrer au meilleur club d’Europe, ses facilités pour recevoir une offre qui lancerait sa carrière ?

Ou alors, le Paris FC avec une famille Arnault majoritaire au capital, peut-il accepter d’être le Montpellier « libéré » par Laurent Nicollin, vendu à Crux en Octobre dernier, jouant avec le onze le plus jeune des cinq grands championnats mais aujourd’hui, dixième sur douze, et premier relégable.
C’est dans cet espace entre « argent, agent et sport de haut niveau » que Gaetane Thiney va devoir équilibrer une équipe qui, de base, a le passé d’être dans les trois premiers clubs français et maintenant, l’ambition d’exister sur le plan européen.
Beau challenge.
Sandrine Soubeyrand a mis, en étant large, cinq ans à reconstruire une équipe de haut niveau marquée par les victoires incroyables face à Wolfsburg et Arsenal de 2023 en WCL européenne.
Gaetane Thiney le fera en combien de temps ?
A titre personnel, je pense que le Paris FC sera devenu un club féminin quand le logiciel Juvisy ne sera plus à sa tête, pour le bien de ces dernières, sollicitées ailleurs pour un projet encore plus ambitieux. Lyon sait le faire et Sonia Bompastor comme Camille Abily, l’ont réussi en allant à Chelsea.
Sinon, il s’agira d’abord, d’une section féminine très Juvisienne.
William Commegrain Lesfeminines.fr