Les joueuses norvégiennes sont toutes à l’étranger.
Faut-il avoir un championnat de qualité pour être une équipe de haut niveau ? Difficile de répondre à cette question puisque la Norvège a été longtemps, une nation phare du football féminin dans le début de son parcours avec un titre mondial en 1995 suivie de la médaille d’Or aux JO de Sydney (2000).
On les retrouve un peu plus tard en finale du championnat d’Europe 2013, pour depuis lors, entrer dans les compétitions européennes et mondiales, et en sortir rapidement.
Le classement FIFA (ci-dessous) montre d’ailleurs une tendance continue à la baisse depuis sa création, partie de la 2e place pour être 16e mondial, s’éloignant du Top 10, qui est un indicateur de faiblesse, depuis 2016.

Des joueuses de qualité
Pourtant la ligne d’attaque des norvégiennes est d’une renommée mondiale : Ada Hegerberg (Olympique Lyonnais), même si elle est en baisse de performance ; Caroline Graham Hansen, seconde au Ballon d’Or féminin 2024 et qui aurait mérité la première place, faisant le bonheur de Barcelone et Guto Reiten, joueuse de Chelsea.
Trois clubs qui ont le devoir de se trouver en demi-finale européenne et ayant droit de postuler à la victoire. Face à la France, devant le stadium de Toulouse qui recevait pour la première fois les Bleues avec 15.023 spectateurs, ce n’était pas trois joueuses mais un onze norvégien ne comprenant que des joueuses évoluant dans des clubs étrangers.
La liste ci-dessous montre d’ailleurs des clubs leaders, jouant les places européennes de leurs championnats.
- Italie : Fiskerstand, la gardienne évolue à l’ACF Fiorentina (4e)
- Suède : Woldvik, la latérale droite joue en Suède, (Rosengard) dans un championnat qui ne reprendra que fin mars 2023.
- Angleterre : Bergsvand, centrale, fait partie de Brighton (Barclays WSL)
- Italie : Harviken, sa collègue à gauche, joue avec Pauline Peraud Magnin à la Juventus, leader de la Série A
- Allemagne : Hansen, la latérale gauche a signé au Bayern de Munich (leader de la Google Pixel Bundesliga)
- Espagne : Engen, milieu défensif joue à Barcelone
- Espagne : Graham Hansen, milieu offensif, évolue aussi avec l’équipe Catalane, championne d’Europe, leader de la Liga F
- Espagne : Boe Risa a choisi l’Espagne, sous les couleurs de l’Atlético Madrid (4e)
- Angleterre : Maanum est en Angleterre, et défend la 2e place avec Arsenal.
Et pourtant, dans le second acte face aux françaises, elles se sont écroulées et depuis l’internationalisation du football féminin, les norvégiennes ne font que reculer, bien qu’ayant des joueuses de premier plan, évoluant dans des clubs leaders.
Un championnat d’été norvégien
Le championnat norvégien et ses moyens ne correspondant pas au talent négociable de ces joueuses.
La Norvège commence le sien le 16 mars pour le terminer mi-novembre avec seulement dix équipes, offrant peu de moyens aux joueuses. Ses voisines danoises, Elitedivisionen, ne sont pas mieux lotties, avec huit équipes pour, cependant un championnat d’hiver (Août à Juin) quant aux suédoises, elles évoluent dans un championnat plus consistant, à quatorze, commençant en Août pour finir en Juin.
Le championnat norvégien est, parmi les trois, le seul à avoir conservé un championnat d’été (mars-novembre) avec les conséquences qui vont avec : une forte expatriation des joueuses de l’élite dans les autres championnats.
Une force ou une faiblesse ?
Le match contre la France a montré que la Norvège a baissé pied dans le second acte, n’arrivant pas à maintenir le niveau de la première mi-temps, qui leur offrait l’opportunité de croire à une victoire, face à une équipe qui était, huit mois auparavant, à la seconde place mondiale, tombée maintenant à la 11e.
Si le niveau athlétique n’est pas à prendre en compte au vue des clubs européens qui forment ces joueuses (Bayern, Juventus, Olympique Lyonnais, Barcelone, …), la force collective qui l’animait, s’est désagrégée au fil du temps et a contraint les joueuses à se focaliser individuellement sur leurs performances, perdant ainsi un fil collectif qui leur avait plutôt réussi dans le premier acte.
La force collective dans un match vient-elle d’une base de championnat commune, apportant des codes de jeu, une culture, des interactions connues et anticipées, un ensemble de communications non-verbales essentielles à la compréhension de son partenaire, et source de motivation ou de renfermement sur sa performance ?
C’est une question qui mérite une réponse quand un match, court, se joue aux détails. Qu’il faut mieux avoir pour soi que chez les autres. Dans ce second acte, on a vu des défenseuses norvégiennes de haut niveau envoyer des missiles pour sortir une balle ou chercher des balles longues, sans trouver de liaison au milieu de terrain.
Il reste cette question à comprendre. A l’inverse, on le sait maintenant, il ne suffit plus d’être motivée et présente pour gagner un match international. Il faut d’autres ingrédients.
William Commegrain Lesfeminines.fr