A l’exception de la Barclays Women’s Super League où on retrouve un championnat féminin totalement occupé par les clubs de la Premier League, les quatre autres championnats, espagnol, allemand, italien et français ont environ les 2/3 pris par des clubs de leur division d’élite, peu d’unités venues de seconde division à l’exception de l’Espagne, plus rares des clubs de niveau inférieur et, pour l’Allemagne et l’Espagne, encore de très rares clubs exclusivement féminins, alors qu’en 2010, ils étaient légions.

En 15 ans, le panorama des championnats féminins des cinq plus grands championnats s’est totalement transformé.

Observation simple, explication simple. La condition pour postuler aux franchises initiales de 2017 qu’avaient mise en place la FA (football association), sous l’impulsion de la médaille de bronze anglaise au Mondial canadien de 2015, explique la situation : Ne pouvait postuler que les clubs respectant un cahier des charges et un budget de cinq cent mille livres.

Somme assez dérisoire dans le monde du football, qui a interpellé certaines initiatives avec des clubs de quatrième division se présentant pour y postuler mais qui s’est vite arrêté avec l’inflation des salaires anglais, le début d’un lien avec le public et l’intégration des clubs phares anglais, pour qui l’investissement était ridicule.

Leur moyen médiatique leur permettant cette réalisation sans frein, puisque aucun club n’arrivait à percer en Europe. L’intérêt général n’était pas controversé par un intérêt particulier.

Les autres championnats : la Liga Femenino

Il n’existait pas de puissances espagnoles en 2015, et Elise Bussaglia, milieu de terrain de l’équipe de France, grande navigatrice avec les quatre grands clubs de France (Montpellier, PSG, Juvisy devenu Paris FC, Olympique Lyonnais, ..), l’Allemagne avec le Vfl Wolfsburg (2015-2017) avait été la première à croire en ce nouveau projet du FC Barcelone (2017-2018), convaincu qu’il y avait une place à prendre pour eux. Kheira Hamraoui, actuellement en Arabie Saoudite, avait suivi (2018-2021), y trouvant un succès qu’elle n’avait pas connu en championnat de France.

L’Espagne qui est devenu une référence avec les victoires de Barcelone en Europe (2021-2023-2024) et les titres individuels de leurs deux joueuses, Alexia Putellas (2021-2022) et Aitana Bonmati (2023-2024) aux ballons d’Or et à la récompense FIFA The Best, n’a que neuf clubs de la division d’élite, soit un peu plus de 50% pour le seul championnat à seize équipes.

Cinq clubs de Ligue 2 et un, du niveau juste inférieur, pour un seul club exclusivement féminin, le MADRID CFF, troisième club Madrilène avec le Réal Madrid et l’Atletico, et où Marie-Laure Delie, avant-centre de l’équipe de France des années 2010-2020 (123 sélections, 65 buts), a terminé sa carrière (2019-2020).

Pourquoi seize équipes quand tous les autres championnats sont à douze le plus souvent. Les candidatures, la volonté d’occuper tous les créneaux médiatiques, et certainement d’autres raisons.

Sauf que les moyens financiers des clubs espagnols ne sont pas les mêmes que ceux anglais avec la manne des droits anglais. Il existe donc en Espagne un écart type énorme entre les salaires versés dans les meilleurs clubs et ceux venant des plus petits, obligeant les joueuses à user du droit de grève (septembre 2023), pour obtenir une première convention collective et un accord sur un salaire minimum de 22.500 € annuel, pouvant aller à 25.000 € pour un dernier minimum en 2025-2026 de 23.500 € débouchant sur un seuil de 28.000 € suivant les résultats commerciaux. A charge de renégociation ensuite.

Les autres championnats : la Google Pixel Bundesliga

L’Allemagne, nation historique des compétitions européennes avec huit Euros pour l’équipe nationale sur les treize éditions déjà jouées et le gain de neufs titres européens pour leurs clubs (Frankfort, Turbine Potsdam et Vfl Wolfsburg), a encore deux clubs exclusivement féminins dans leur championnat.

Un historique, Turbine Potsdam, à bout de souffle, déjà descendu la saison dernière et prêt à redescendre la saison prochaine avec un seul point de récolté sur quatorze journées de réalisées en 2025, au nom historique lié à la « conférence de Potsdam » au lendemain de la guerre 39-45 puis le SGS Essen, souvent milieu de tableau, actuellement 9e de la Google Pixel Bundesliga

Frankfurt FFC, quatre fois titrés en Europe, avait failli subir le même sort que Turbine, mais à l’orée du bois de tous les dangers, les dirigeants s’étaient décidés à intégrer le club masculin de l’Eintracht Frankfurt (2020), un peu après tout le monde, mais suffisamment à temps, pour être second de la Bundesliga au 19 février 2025.

A l’évidence, les clubs féminins devenaient, petits à petits et en ne trainant pas trop, faute de trouver, preneurs, les sections féminines des clubs professionnels masculins.

Les autres championnats : la Série A italienne.

L’Italie, au tout début des rencontres internationales de football féminin, était une nation phare. Puis, elle a connu un été, un automne puis un hiver très long, pour ne sortir de l’obscurité que depuis peu, avec là encore, soit la descente (Torres CF, sept titres descendu en Série B en 2015), ou la reprise des clubs phares (Brescia repris par le Milan AC, etc ..) par les clubs de l’élite de la série A masculine.

Il n’existe plus de clubs exclusivement féminins et le championnat manque d’animation, avec seulement dix clubs pour l’élite. Les cinq premiers se disputent le titre dans une poule spécifique de créée après un premier championnat quand les cinq derniers, jouent en seconde phase, une sorte de play-offs pour décider de celui qui descendra.

Les trois premiers prendront l’Europe, les trois derniers iront en série B, ce qui n’aide pas à l’investissement italien en série A.

Les autres championnats : l’Arkema Première Ligue.

La Ligue française est atypique et ce n’est pas son changement de nom « à l’anglaise » qui lui donnera le même profil.

Sa première caractéristique structurelle est la présence de l’Olympique Lyonnais (dix-sept titres de championnes, dix coupes de France, huit coupe d’Europe), qui à elle seule, représente l’identité du football féminin français, faisant plus de l’ombre à l’équipe de France, ou empêchant les Bleues de lui prendre son soleil, suivant le lecteur.

Cette main mise n’a pas motivé les clubs professionnels entrant dans cette nouvelle structure de compétition à lui faire concurrence, à l’exception du PSG, très motivé par l’ex-coach lyonnais, Farid Benstiti, démis en 2010 après avoir bâti les fondations, et motivé à revenir avec le PSG pour lui faire concurrence (2012-2016), avec une certaine réussite et finale européenne perdue contre le FFC Frankfurt en 2015. La saison suivante, l’OL faisait signer quatre parisiennes.

A l’exception de ces deux clubs masculins professionnels, les autres ont fait ce qu’il fallait faire, sans en faire plus. Une politique faisant de la section féminine, la mesure d’ajustement à l’image des Girondines de Bordeaux européen, puis Bordeaux plus rien. Laissant l’Olympique Lyonnais féminin prendre la gloire d’un championnat qui ne brillait pas tant que cela et pour lequel, le mot investissement, ne rencontrait que des partisans sans argent.

Subissant, selon une politique européenne, la nécessité d’être intégré par les sections masculines professionnelles, les clubs se sont choisis des partenaires, et il n’existe plus de clubs exclusivement féminins dans l’élite depuis la liquidation de Soyaux Charente en 2023.

Sauf l’Olympique Lyonnais à venir …. quand Michele Kang aura repris les 48% du capital restant.

Ce qui sera une véritable originalité dans ce Big Five européen. Un club exclusivement féminin, redevenant potentiel acteur d’une couronne européenne, à la barbe de tous les clubs professionnels européens masculins, ayant investi dans ces sections, à l’image de Chelsea Ladies, pratiquant la politique « ce qui est à moi ne peut plus être à toi », avec trente deux joueuses sous contrat et dix en plus, en prêt. Cela risque de faire du bruit, si cela arrive.

Les particularités conjoncturelles de l’Arkema Premiere League sont au nombre de trois :

  • Le Paris FC, club de Ligue 2 masculine, réussit à positionner sa section féminine à la seconde place du championnat, devant le grand Paris SG et six clubs de Ligue 1, mais surtout est le seul club européen de seconde division à réussir à qualifier sa section pour l’Europe, fournissant à,nouveau des joueuses à l’équipe de France, alors que sur un double projet : professionnel hors football et professionnel dans le football avec ses limites sportives.
  • La seconde, est la présence d’un club de National, Dijon DFCO, à la 4e place de son classement, devant six autres clubs masculins professionnels, pourtant à bout de souffle financièrement, obligeant son Président à glisser dans l’actualité, son obligation de fermer sa section féminine qui lui causait un déficit de 500.000 €, compte tenu de sa présence en National pour les hommes. Un championnat qui ne rapporte rien et coûte tout. Tout est revenu dans l’ordre, par plusieurs subventions.
  • la troisième, c’est de confirmer la situation avec Fleury FC 91, mais avec un président disposant de moyens conséquents, pour financer sa section féminine, et fort d’une cinquième place actuellement, quatrième en 2023 et finaliste de la Coupe de France 2024 face au Paris SG. Un club issu de National 2.

En Arkema Premiere Ligue, on se trouve encore dans une forme de mixité, qui cherche son équilibre entre moyens et actions, vivant comme on peut, sous l’ombre d’un Olympique Lyonnais qui a beaucoup fait pour qu’il en soit ainsi.

Ne voulant pas commettre l’erreur faite chez les hommes, quand l’OL remporta sept titres de suite (2001 à 2008), et se laissa aller à croire que le huitième viendrait, voire un neuvième, laissant de la place aux autres. Depuis, plus rien. Jean-Michel Aulas ne pourra pas dire autre chose, si vous l’interrogez sur cette question, car ce sont ses propos. Il confirmera qu’il avait fait une erreur avec les hommes et qu’il ne voulait pas la renouveler avec les filles. C’est une sorte de ligne rouge chez lui.

On pourrait lui dire qu’on continue à vivre et à voir du football avec émotions, même sans les titres. Prenons l’exemple exceptionnel de Brest cette saison, Lille avant. Cependant Jean Michel Aulas a une seconde caractéristique, il est lyonnais. Et pour lui, mettre Lyon hors de la lumière, c’est certainement quelque chose qu’on subit mais jamais par négligence.