Les quelques échanges entre le journaliste sportif Bruno Salomon et Sonia Souid, agente de joueuses confirment que le football féminin est devenue professionnel.

Le sens du club, où on voyait des joueuses s’installer à vie, trouver compagnes dans un seul et même club, est passé du monde de la réalité à celui du passé.

Une tendance, qui à mon sens, a débuté en France à 2016. Année qui a suivi l’annonce de l’organisation de la Coupe du monde de football en France (2019), entraînant une immense ouverture à une forme de sororité sanglante. Les femmes ambitieuses cherchant à appliquer les règles masculines au monde féminin.

Un sens que les étrangères venues en France avaient déjà très développées.

Je me souviens des mots de Caroline Seger (capitaine de l’équipe de Suède), dans les travées de Charlety en Janvier 2016, référence professionnelle européenne avec ses 240 matches internationaux, alors qu’elle était sous les couleurs du PSG depuis peu. « je suis professionnelle, j’écoute ! » quand on l’interrogeait sur son avenir au PSG. L’année suivante, elle mettait ses crampons à Lyon.

Aujourd’hui, toutes les filles écoutent.

Il ne faut donc pas être surpris des départs. J’avais eu Sonia Souid au téléphone, il y a deux ou trois ans. A mes questions, j’ai retenu une phrase de réponse : « quand on est agent, il faut créer une concurrence. Sans concurrence, il n’y a pas d’augmentation de salaires pour les joueuses. »

L’argent et les titres à acquérir, sont pour toutes, les premiers moteurs. Avec, dans la foulée, la médiatisation ouvrant de futures portes de reconversion.

Avec le départ de Chawinga, meilleure joueuse 2024, pour l’OL. Celui de Jocelyn Prêcheur pour le club anglais de Michele Kang et la question du futur choix d’Elisa De Almeida, en concurrence avec Griedge M’Bock ; les trois sous le couvert de Sonia Souid, agente de joueuses ; la question du renouveau de la boucherie lyonnaise se pose.

La situation n’est pas nouvelle et elle avait pris un tournant très significatif avec, fin 2016, la signature de Kheira Hamraoui (PSG 2012-2016), Jessica Houara D’Hommeux (PSG 2010-2016), Kenza Dali (PSG 2012-2016), l’internationale allemande Josephine Henning (PSG 2015-2016) l’expérimentée suédoise Caroline Seger (PSG 2015-2016). Aurélie Kaci (PSG 2013-2015) l’avait précédé d’une saison.

Le coach Farid Benstiti (2012-2016), bâtisseur de ce concurrent à l’Olympique Lyonnais, son ancien club, n’avait pas été reconduit.

Depuis d’autres ont fait le chemin, comme on fait le chemin de Compostelle, après une longue période où les lyonnais se sont servis à l’étranger. Alice Sombath et Vicky Becho pour prendre les jeunes en formation, l’année où le PSG prend enfin le titre à l’OL (2021).

Christiane Endler, l’emblématique gardienne chilienne, Perle Morroni, la danoise Signe Bruun, en 2022. Puis en 2023, Sarah Däbritz, pour qu’en 2024, on voit l’arrivée de Kadidiatou Diani. Toutes parties du Paris Saint Germain vers l’OL.

Désosser le PSG est un besoin stratégique pour l’OL. Une stratégie qui en avait les moyens avec un déficit de 15 millions d’euros sur la section féminine. Une garantie de titres nationaux et l’argument maitre, qu’en venant à l’OL, la carte de visite ne pouvait que se garnir. Associée au compte bancaire, les joueuses se décidaient.

L’OL pique au PSG. En cette période de protection nationale, c’est quasiment une qualité RSE. Mais Chelsea pique à l’OL avec les deux coaches Sonia Bompastor et Camille Abily.

Quand le PSG va chercher de l’OL avec Griedge M’Bock et cherche à obtenir la lumière des fans anglais avec Mary Earps, gardienne devenue star avec l’Euro gagnée en 2022 par l’Angleterre.

Seule Barcelone (championne d’Europe 2023 et 2024, championne du monde 2023) ne pique rien à personne après avoir gouté, pour se lancer, à toutes les nationalités : française avec Hamraoui et Bussaglia. Néerlandaise avec Lieke Martens, anglaise avec Lucy Bronze. Aujourd’hui, elle fait une cuisine interne catalane avec peu de joueuses qui veulent en partir.

Peu d’offres de joueuses et une demande des clubs qui augmente. La très haute qualité sportive et médiatique se paie très cher.

Le football féminin du très haut niveau est devenu une boucherie.

Les joueuses ne sont pas contre de se transformer en bouchères.

La nouvelle propriétaire de l’Olympique Lyonnais s’est vite aperçue qu’elle n’obtiendra pas de dynamique concurrentielle en France.

Aucun club masculin, ne voulant investir sur le football féminin, considérant cela comme une future perte sans bénéfice. Or, la quasi-totalité des sections féminines en Europe sont financés par des clubs masculins professionnels de premier rang.

Obligeant la propriétaire à publiquement dire : « qu’elle le comprenait mais demandant alors que les clubs masculins se libèrent du football féminin car elle se faisait fort de trouver des investisseurs privés, intéressés à créer ce marché ! »

Faute de pouvoir changer structurellement le marché français. D’autant moins que les droits TV masculins, à la source des revenus féminins, allaient étrangler sur plusieurs saisons l’évolution française ; elle se dit qu’il faut construire en Europe avec un seul bateau amiral, l’Olympique Lyonnais, quand l’Angleterre comme l’Espagne, s’ouvrent au projet féminin. Barcelone ne voulant plus lâcher ce leadership.

Après avoir compté ses sous déjà dépensé ; après avoir oublié les mirages des mots qu’elle a entendu ; alors, elle désosse. Le PSG ou d’autres.

Et elle prend les plus renommés, pour interagir dans l’ombre. Le coach barcelonais, double champion d’Europe, est devenu son salarié aux USA. Jocelyn Prêcheur, ex-coach du PSG est devenu son salarié en Angleterre. Gérard Prêcheur, très près du fils, lui ramène Chawinga. Sonia Souid se place.

Si Michele KANG ne s’agrandit pas. Elle s’étoffe.

Reste que le football européen est une grande danseuse qui coûte très cher. Si cher, que le Président Louis Nicollin, Président du syndicat des clubs professionnels quand même, n’est pas loin de mettre un panneau « A VENDRE » sur les murs du MHSC avec les vingt millions d’euros annuel à combler, faute de droits TV rêvés.

Revenons au foot féminin. A quel moment son projet deviendra un marché économique porteur et non pas une lubie d’entrepreneure ? A-elle-pris les bonnes personnes ?

C’est la seule question qui répondra au futur de l’Olympique Lyonnais féminin.