A écouter les barcelonaises, par Irène Paredes, comme les lyonnaises, avec Ada Hegerberg, ce qui fait l’intensité de la joie des unes et le désarroi du malheur des autres, c’est le score (4-0), le tout en seconde mi-temps.
Ewa Pajor a été redoutable avec un doublé d’avant-centre (55′, 69′) qui aurait pu être un triplé sur un lob qui ne demandait que les filets, sans que cela ne soit surprenant. Ce qui l’a été, c’est d’oublier que la même joueuse, évoluant en équipe nationale polonaise (dans le groupe de la France) a autant d’influx mais bien moins de résultats, compte tenu que les joueuses qui sont chargées de l’approvisionner sont contrées ou occupées à défendre.
EWA Pajor« C’est incroyable, c’est le plus beau jour de ma vie. J’ai disputé six finales (Vfl Wolsburg, FC Barcelona) et, enfin, à Oslo, nous avons gagné. Je suis très fière et très reconnaissante. Du début à la fin, ce fut un match difficile, mais nous nous en sommes vraiment très bien sortis. Nous nous sommes battus pour la victoire et c’est ce que fait cette équipe tous les jours : se battre pour être la meilleure équipe du monde. Après avoir perdu cinq finales, ça a été difficile, mais je n’ai jamais baissé les bras et j’ai toujours donné le meilleur de moi-même pour l’équipe. Aujourd’hui, je suis très heureuse et fière d’être joueuse du FC Barcelona, de jouer au sein de cette formidable équipe. »
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C’est pourquoi, il me semble que la responsabilité de cette défaite revient à Jonatan Giraldez, l’ex-coach de Barcelone, qui n’a pas donné aux lyonnaises les armes pour battre son ancienne équipe, peu changeante en comparaison de l’effectif qu’il avait à sa charge.
Prendre (4-0) par son ancienne équipe, en une mi-temps, sans avoir de véritables occasions de buts pour sa nouvelle équipe doit poser ce diagnostic.
Certes, le résultat aurait été différent si le but lyonnais avait été accordé à Lindsey Heaps, venue marquer en second rideau d’une tête de Wendie Renard sur un coup franc de Selma Bacha. Avec le (1-0, 13′) lyonnais annulé par la VAR sur hors jeu, les lyonnaises auraient pris à la gorge les barcelonaises qui auraient subi comme elles avaient subi lors de leur première finale remportée par l’OL (2019, 4-1 dans les prolongations).
Sauf que cela a donné l’information à Barcelone que l’OL était dangereux et le contre d’Alexia, sur un tacle glissé, pour empêcher Ada Hegerberg de marquer face au but, vient exactement de cette sensation de danger quand l’OL Lyonnes a pris quelques buts en espérant tout simplement, l’erreur adverse, sans faire le geste défensif qui aurait sauvé la marque (le 3e but, voire le premier par un tacle).
Wendie Renard confirme que l’OL a joué deux mi-temps avec deux contenus différents. C’est exact que les Lyonnes n’ont plus les moyens de tenir continuellement leurs adversaires. Ce qui est gênant, c’est qu’aucune joueuse n’est sortie de son rôle quand le danger le demandait.
Jule Brand sur le côté gauche, comme Vicky Becho sur le droit ont plus couru pour défendre intensément que pour attaquer avec violence. L’allemande s’essayant même à des gestes poussant le ballon à trente mètres de ses intentions. Ada Hegerberg n’a eu qu’un ballon, hors jeu, pour tester Cata Coll, extraordinaire dans cette partie, avec six arrêts déterminants.
Ne parlant pas de Marie-Antoinette Katoto, au physique si lourd qu’on doit espérer qu’il n’y ait pas de souci médical. Chawinga rate l’immanquable. Surprenant puisque rentrante, souvent sur-motivée dans un tel match. Là, rien qui fasse parler le talent motivant les autres.
Au milieu, Lily Yohanness a joué son rôle de régulateur mais il a manqué à la jeune joueuse américaine l’insolence de la jeunesse que Salma Paralluelo a exprimé avec ses deux buts (90′, 90’+3) dont une magnifique frappe en lucarne (90′, 3-0). Quand tu es jeune et que tu joues sans erreur, c’est déjà une erreur.
Shrader est rentrée trop tard (72′) et si les deux latérales françaises, Salma Bacha et Ashley Lawrence, ont fait leur match défensif, elles n’ont pas obligé les attaquantes barcelonaises à défendre, leur mettant un peu, de temps en temps, la tête dans le sac. Si vous laissez respirer Barcelone, le score s’aggrave.
Que dire de Melchie Dumornay à qui on demande de centrer alors que son talent est dans la surface de réparation, ou d’aller vers le but, balle au pied ? Elle devra oublier l’idée du Ballon d’Or.
Sans surprise, la vitesse de Pajor a fait mal à la défense centrale française. Il faut regretter, ce qu’elle dit elle-même, que Christiane Endler n’ait pas eu les deux arrêts qui bloquent le score, donnent de l’allant à ses joueuses et mettent les barcelonnaises dans l’interrogation.
Au final, cela fait (4-0). C’est lourd. 4e titre barcelonais (2021, 2023, 2024, 2026), pour 8 titres lyonnais mais deuxième finale de suite perdue (2024, 2026)
En football féminin, il est difficile de revenir et il est long de construire, faute de joueuses. L’OL va devoir réapprendre à prendre.
J’aurais aimé que cela arrive à Jean-Michel Aulas plutôt qu’à Michele Kang. Il faut croire que l’aîné du football avait des cartes en mains que la nouvelle propriétaire n’a pas.
Pour le positif, si j’étais journaliste, je nommerai Ballon d’Or Ewa Pajor, meilleure joueuse du match (double buteuse et passeuse décisive), meilleure buteuse de la WCL, meilleure buteuse du championnat espagnol ? 6e finale, première victoire. Et excellente avec la Pologne.
Au titre de la résilience.
William Commegrain Lesfeminines.fr