Joueuse extraordinaire de tennis féminin ayant été une des rares à gagner des titres en simple (11) comme en double (8), Caroline Garcia a décidé à 31 ans, de mettre un terme à sa carrière, au lendemain d’un nouveau départ initié par son mariage avec le barcelonais Borja Duran.

Pour une joueuse ayant communiqué sur les défis psychologiques de son sport de haut niveau, cet article à l’intention de mettre en avant, l’intensité de ce sport qui répète, coup après coup, des missiles n’ayant qu’un seul but, envoyer une balle meurtrière dans la partie de l’adversaire.

Caroline Garcia aura donc tiré sa dernière balle officielle, sur le cours 6 de l’US Open, un 25 Août 2025, en sortant un retour de revers dans le couloir, sur un service de Khamilla Rakhimova (23 ans, 65e WTA) clôturant un score de (6-4, 4-6, 6-3) en faveur de la russe.

Le tennis de haut niveau, une mitraillette de balles à blanc.

Une balle que le tennis d’aujourd’hui a transformé d’un sens propre, petite balle ronde et jaune, vers un sens figuré à l’image d’une balle de pistolet, mesurée à la vitesse supérieure de 100 kms (129 Kms pour Sabalenka sur un coup droit) au moment où elle quitte la raquette d’une joueuse professionnelle !

Une dernière rencontre en trois sets dont les statistiques de l’US Open n’indiquent pas la réalité des plus de 1.000 coups échangés dans cette rencontre. A taper chacun, au maximum de ses capacités pour faire mal à l’adversaire.

Des balles tirées au centimètres près, obligeant les deux joueuses à courir dans un sens puis dans l’autre, avec une intensité correspondant aux démarrages des sprinteuses, demandant de plus la lecture des joueuses d’échecs pour anticiper et prévoir, dans la course, le coup qui surprendra, en ayant le déplacement correspondant.

Le premier coup est à portée, le second vous déporte, le troisième vous oblige à traverser le cours et vous espérerez qu’au 4e, ce soit vous qui fassiez subir à l’adversaire, la même musique endiablée. Pour ensuite, apprendre à respirer pour souffler, faire descendre l’émotion du moment pour un geste sans opposition, à part celle de son cerveau, et servir à 180 kms le premier pour moins le second, en étant prêt au retour qui ressemble à un crochet, tellement il est vif et incisif.

Le tout, toujours bien placé pour que chacun des coups reste dans ce rectangle adverse de 11,885 mètres de longueur sur 8,23 de large, en ayant pour premier ennemi, un filet irrégulier à 0,914 au centre, un peu plus haut sur les côtés (1,07).

Un combat.

Dans un sport qui compte les points à la chinoise, donnant des jeux à qui saura ou pourra les terminer, souvent en changeant sa stratégie, du simple fait que la force des balles vient autant de la vitesse, que de la hauteur, comme de la longueur et surtout de la profondeur.

Vitesse et concentration qui ne dépendent que de soi.

La tête étant le premier juge critique. Si critique que certains plus que certaines, en détruisent leur raquette, se maudissant d’une erreur que sa tête ne voulait pas quand son corps l’imposait. La rhétorique même de la défaite invite à des pensées négatives : « éliminé« . Disparu. Quasiment un adieu pour des tournois qui se rejouent à « l’année prochaine ».

Et puis, il y a l’après. Un match terminé, gagné ou perdu, est un match éreintant après. Tant le fil de la rencontre défile et que les solutions apparaissent après coup, créant la frustration.

Et puis l’argent. L’argent qui ne dépend que d’elle et pas d’un tiers. L’Argent qu’elle sait avoir reçu de ses parents comme une conscience à la réussite, l’argent qu’elle doit aux autres et l’argent qui lui reste. Matelas d’amour qui s’étiole et disparaît quand rien ne vient comme victoire. Et là, sans tribunal de commerce autre que sa tête et ses comptes, elle compte les décomptes en s’imposant la réussite pour continuer à être et ne pas disparaître.

Ce dernier match terminé ce 25 Août a dû être un plaisir pour Elle. Il n’était pas similaire à tant d’autres faits dans sa carrière. Il n’y avait pas d’après. C’est le dernier.

Le tennis est un sport seul où tu gagnes seul et tu perds seul. C’est comme le golf, un sport d’excellence où chaque coup doit être parfait.

Exigence impossible à atteindre. Fédérer disait qu’il n’avait pas gagné plus de 50% des points qu’il avait joué dans sa carrière. Une des forces tennistiques étant de gérer sa frustration de l’insuccès.

Dans une carrière de plus de 15 ans où elle a réussi à prendre la 4e place mondiale (Septembre 2018), onze titres dont deux majeurs, celui exceptionnel du Master de 2022 et de Cincinnati (WTA1000) la même année. Deux Roland Garros en double (2016 et 2022) pour huit titres à deux.

Ce qu’elle a vécu, très rares sont les personnes capables de le faire.

A 31 ans, mariée depuis peu, elle va commercer un autre chapitre de vie où elle n’aura plus à tuer avec des balles jaunes qui vont aller de plus en plus vite.

Le dernier match ? Peut-etre le moment le plus heureux pour celle qui a dit, lors de dernières conférence de presse : “It’s kind of weird to say, but I’m very happy. It was a great run. I did a great thing on court, and I went until [I achieved] what I could achieve. You can always achieve more, and I was dreaming of achieving more. But I’m very happy and in peace with my decision to move forward with my life and close the chapter of being a tennis player. »

Caroline Garcia a toujours été pleine d’émotions. Certains disaient d’elle qu’elle volait sur le cours. Des émotions si fortes que sur les deux dernières années, elle a haït le tennis qui l’a poussé si loin dans ce qui n’est pas humain.

Imaginer la nouvelle vie qui l’attend ? La nôtre, pour celle dont le parcours aura été d’être une sniper, contre un peu plus de 18 millions de dollars de gains WTA, obtenus ou perdus aux quatre coins du monde.

Elle sera celle de la paix entre son âme, son esprit, son corps et son coeur.

En sortant de cet univers d’exigence, une forme de Paradis l’attend.