Patrice Lair est connu pour son caractère intempestif, très lié à des valeurs de travail et de performance. Beaucoup moins comme voyageur, où d’une discussion formelle et informelle, il se définira dans la lignée des passionnés du film de Lelouch “Moi, maintenant, c’est  » l’aventure, C’est l’aventure !”.  

Un film fort de Claude Lelouch Jacques Brel, Aldo Maccione, Charles Denner et Charles Gérard, partenaire habituel de Belmondo, obéissent au plan de Lino Ventura, les faisant aller de l’esprit révolutionnaire d’Amérique du Sud à l’Afrique centrale ! Le tout boosté à l’amitié et à l’émotion, partagées entre Argent et Liberté.

On le retrouve à 2800 mètres d’altitude, coach de l’équipe du Deportivo Toluca Futbol Feminil, en pleine récupération d’oxygène après une dernière expérience féminine à Bordeaux qui lui fait dire que “J’ai fait partie de la noyade de Bordeaux. C’est ignoble ce qu’il s’est passé à Bordeaux au niveau du football féminin”, le coeur encore plein de reconnaissance, auprès des joueuses, confirmant qu’il a vécu « une des meilleures expériences de sa vie avec elles », l’ayant soutenu contre sa direction.

Le football c’est bien mais quand tu ne prends plus de plaisir, que ce soit avec tes dirigeants ou avec tes joueuses, il faut faire autre chose.

J’ai beaucoup hésité mais après les vidéos du club par le directeur sportif petit à petit, cela a pris et -comme j’avais connu l’Afrique- j’ai eu l’envie de repartir sur un projet. J’étais attiré par ce pays. Cela me rappelle les bons moments de mon enfance. Mexico, Pelé, (la Coupe du Monde en 70). Les moments de football qui m’ont marqué dans mon enfance.  

Amandine cela faisait un moment qu’elle me taquinait un petit peu là-dessus (Amandine Henry, ex-capitaine de l’EDF, 109 sélections, au Deportivo Toluca depuis septembre 2024) Sonia Souid qui est aussi son agent et mon agent, a su faire les choses de ce côté là.  

Je suis parti, je ne le regrette pas du tout. 

Déjà Mexico ! Paris c’est un village à côté !! 26 millions d’habitants. C’est un trafic énorme. Quand on va sur Mexico, on met deux à trois heures en bus pour arriver à l’aéroport. Pourtant, c’est à 60 kms. 

On est à 2800 mètres d’altitude. (Toluca. Cela en fait l’une des villes les plus hautes du Mexique, et même d’Amérique du Nord). Ce qui est bien, c’est qu’on n’a pas à partir en stage comme avec Lyon quand on allait à Tignes. Mon préparateur physique Romain Segui me le dit.  C’est un avantage par rapport à certaines équipes lorsqu’elles viennent jouer chez nous et qu’elles sont un petit peu asphyxié. 

Il fait beau. Pas si chaud que cela. C’est tempéré.

Nous, on a un peu d’air. On a été joué à FC Juarez, ce week-end sous 35° ! (Résultat 0-0, deuxième match nul des Diablesses, pour cinq victoires et aucune défaite au moment de l’interview).  

Les gens d’ici ont des valeurs de travail. Les valeurs de travail, je les cherchais en France. C’est une mentalité qui me va très bien. La ville est ouvrière. Ce n’est pas la plus belle ville du Mexique mais les gens aiment le travail et cela se répercute sur le terrain aussi. 

Les installations et le centre pour se préparer sont top. Il n’y a rien d’extraordinaire mais c’est très fonctionnel. Je suis surpris de la qualité mexicaine des terrains. Ils ont très peu de matériels et on joue sur des galettes. Les joueuses mexicaines ont une très bonne mentalité, de travail et de courage. Tu le sais, moi je suis plutôt un entraîneur qui aime que les filles s’accrochent.

C’est très bien, la mentalité mexicaine me va très bien. 

Il y a dix huit équipes avec deux tournois. Un premier tournoi jusqu’à fin octobre et un second qui débutera juste après Noël. La saison dernière, elles ont fini 11e. Notre objet est d’être dans les huit premières pour faire les play-offs avec les grosses équipes mexicaines.  

Pour l’instant, ce n’est pas trop mal parti.  

On est passé deuxième (2 nuls et 5 victoires). On a joué contre les Tigresses (nul 1-1) et les grosses équipes. On a une série qui arrive avec des équipes à notre portée. J’espère qu’on va prendre les sept, huit points qui nous manquent pour les play-offs. On a 17 points, avec vingt-quatre, vingt-cinq points on fait les play-offs. 

Tous les gros clubs comme América, les tigresses, ont un gros public.  

Les gens ont une forte identité avec leur club. Il y a des gens riches mais aussi des gens très pauvres et si on peut leur donner un peu de couleurs, c’est bien.

J’ai eu la chance d’arriver plus tôt avec la  victoire en championnat de Toluca chez les hommes. Il y a de l’ambiance. Ce sont des passionnés. Ils aiment le spectacle. L’ambiance est différente qu’en France. Ils vendent de la bière, plein de choses. Ils mangent dans le stade, il y a de la musique pendant les matches. C’est très coloré. 

C’est bien et si nous les joueurs et les joueuses, on peut mettre cela au diapason. Tout donner pour ses couleurs, et pour les joueuses de rencontrer les fans à la fin du match.  

J’ai ressenti avec force tout cela et malheureusement, en France, que ce soit au masculin comme au féminin, on a perdu beaucoup de ces choses. 

J’aime cette ambiance-là, j’aime ces voyages. Pour aller à Juarez, c’est le bus, c’est l’avion. Ce n’est pas facile. On n’est pas comme les garçons. On n’a pas d’avions privés. C’est long le voyage quand on va à l’opposé. 

Franchement, Amandine (Henry) et Eugénie (Le Sommer), c’est exceptionnel. Faustine (Robert), c’est pareil. Elles ne lâchent rien sur le terrain. Elles apportent leurs discours, leurs sourires. Leurs adaptations. La facilité à apprendre leur langue. Elles ne se prennent pas pour d’autres. C’est top pour un entraîneur.  

Elles sont exemplaires.  La fois dernière, elles font match nul. Elles vont boire un pot ensemble. Elles vivent avec les mexicaines. Il y a un respect dingue. C’est leur force et naturellement leur talent.  

Eugénie, elle retrouve le sourire. Elle a marqué des buts importants (5, meilleure buteuse du club et pas loin du championnat mené avec 7 buts) pour qu’on prenne des points et retrouver le sourire. Il y a longtemps qu’elle n’a pas aligné des matches comme maintenant. Ce n’est pas toujours facile car les équipes sont agressives. Elles sont repérables sur le terrain. Elles sont blondes.  

Au niveau du club, elles sont top avec tout le monde. Amandine est adorée au niveau du club.  

Aurélie Kaci (Juarez, ex-America) que j’ai connu à Lyon et qui a joué à Paris, cela fait un moment qu’elle est là et elle est heureuse ! Quand tu vois cela, c’est extraordinaire surtout que c’était une fille qui disait tous les jours qu’elle allait arrêter. Elle a fait une carrière extraordinaire à l’étranger. 

La vie est agréable.

Prendre un plaisir énorme. Jouer un rôle d’ambassadrice par rapport à ce football qui est en développement. Aider ces jeunes joueuses à progresser. Il y a beaucoup de travail à faire. Je dirais même à certains éducateurs de venir travailler ici. Je pense que chez les jeunes, il y a du travail à faire.  

Je prends un énorme plaisir à aller au stade le matin. Ce que j’avais perdu en France. Tu arrives, tout le monde fait la gueule. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Soit la fille ne gagne pas assez d’argent, soit les conditions ne sont pas assez bonnes. Malheureusement, c’est pénible à la longue. 

Aujourd’hui, j’ai un âge où je peux faire ce que je veux. Je n’ai pas dit non à une autre expérience. Peut-être un autre club mexicain, où un pays proche. J’aime bien cette mentalité mexicaine.  

J’ai encore cette passion là. J’ai encore la santé pour le faire. Le jour où je serais fatigué, je dirais stop. 

Patrice Lair s’est réoxygèné au Mexique avec un environnement qui lui convient. Déçu de l’évolution française comme du changement de dénomination entre l’Ol et les Lyonnes, il ne serait pas contre, à s’investir dans un football féminin bordelais.

Pour rappel : Patrice Lair est double champion d’Europe avec l’Ol (2011 et 2012), 3 fois champion de France (OL) et 4 Coupe de France (Ol et Montpellier). Il a été finaliste de la Ligue des Championnes avec le PSG (2017). Il fait partie des rares entraîneurs, avec Corinne Diacre, à avoir évolué chez les feminines et les professionnels masculins, en Ligue 2 (Niort, Guingamp et Châteauroux)