Farid Benstiti est une référence dans le milieu du football féminin international. Créateur de l’OL Féminin (2004-2010), sélectionneur de la Russie (2011-2012), bâtisseur du Paris Saint Germain féminin professionnel (2012-2016), coach à Dalian Quanjian (Chine, 2017-2019), et ensuite de l’OL Reign (2020-2021) pour prendre la sélection algérienne fin 2022.
D’origine Kabyle, il était intéressant de connaître son avis sur l’évolution du football féminin, la performance de l’Algérie (qualifiée pour la première fois en 1/4 après cinq participations) et la force des joueuses africaines dans le futur.
Bonjour Farid, un petit rappel bien que nous nous connaissons depuis longtemps. Comment es-tu devenu sélectionneur de l’Algérie ?
Après mon passage à l’OL Reign, avec des points positifs mais aussi négatifs, j’ai eu besoin de souffler bien que j’ai reçu une proposition de Bordeaux qui voulait que je signe tout de suite (démission de Pedro Martinez Losa, devenu sélectionneur de l’Ecosse). Cela faisait plus de vingt ans au haut niveau et j’en ai profité pour passer mon diplôme pro (BEPF) en VAE que j’ai obtenu.
Ensuite on m’a proposé la sélection algérienne que j’ai acceptée, pour aider en respectant toujours le même principe de raisonnement : voir le présent mais surtout évaluer les possibilités de développement et d’amélioration de l’équipe que je prends en charge. C’est ainsi que j’avais fait avec le Paris Saint Germain, après l’Olympique Lyonnais ou dans mes autres missions.
Une aventure commencée fin 2022, de deux ans pour l’instant, (qui serait renouvelée au moment de notre entretien NDLR).
L’Algérie est 83e FIFA, comment as-tu bâti ton groupe entre les joueuses locales et celles évoluant à l’étranger ?
J’ai toujours trois groupes distincts.
Le premier est fait de joueuses cadres, confirmées et expérimentée comme Chloé N’Gazi, élue meilleure gardienne de la phase de groupe de la CAN ; Morgane Belkhiter (AS Saint-Étienne, 29 ans) ; Inès Boutaleb (FC Metz) par exemple.
Le second est composé de joueuses qui ont le niveau de la sélection A mais qui, pour des raisons diverses, n’ont pas été prises par les anciens sélectionneurs ou dans le groupe A des Bleues. Dans ce groupe, je peux te citer des joueuses comme Lina Boussaha maintenant à Al-Ittihad Club, élue meilleure joueuse du championnat d’Arabie Saoudite en 2023-2024. Ghaoutia Karchouni (Servette FC) comme Marine Dafeur (FC Fleury 91) et d’autres. Toutes des joueuses qui ont le niveau des Espoirs françaises et qui ont choisi de coeur comme de raison, la sélection algérienne.
Enfin, le troisième groupe est fait de jeunes joueuses qui viennent animer le groupe pour prendre de l’apprentissage et pousser le groupe vers une meilleure concurrence.
Sur cette CAN 2024 (jouée en 2025), quel est ton ressenti quant au résultat de l’équipe algérienne, après une prolongation et les tirs au but en quart face au Ghana ?
J’étais convaincu que nous allions sortir de la phase de groupe et surtout que nous avions les armes pour aller, même, en finale.
Après un match nul face au Nigéria en phase de groupe (0-0), futur vainqueur – Tu es le spécialiste des matches serrés gagnés sur le fil (L’OL s’en souvient, le PSG de Farid Benstiti les ayant éliminé par deux fois de la WCL en 2015) – Je n’ai jamais eu le sentiment d’être inférieur à nos adversaires. Voire même de les dominer, particulièrement le Ghana (0-0, 3 tab à 2) qui est une équipe significative en Afrique, lors des prolongations des quarts de finale perdus aux tirs au but.
La CAN 2024 s’est jouée en 2025. La prochaine sera en 2026. Cela pourrait nous être favorable l’année prochaine. L’Algérie se qualifiera pour la CAN 2026, selon le résultat de sa rencontre face au Cameroun le 20 et 28 Octobre prochain.
Les tirs au but !
Quel est ton avis sur les tirs au but après l’Euro qui nous a montré les difficultés (Suède-Angleterre s’est terminé avec 9 tab de ratés sur 14 tentatives) ?
Il y a le mental qui est spécifique au moment de les tirer et qui peut difficilement se reproduire à l’entraînement mais il y a surtout l’aspect technique qu’il faut travailler.
Faut-il une routine comme l’Anglaise Chloe Kelly s’applique à le faire ?
Je vois deux choses différentes selon le type de joueuses. Il y a des joueuses qui ont la capacité de mettre la balle à l’opposé du choix du gardien en attendant le dernier instant et puis il y a les autres qui doivent alors, appliquer une routine et ne jamais s’en démarquer.
Tu as déjà connu des matches perdus aux tirs au but avec la finale de 2010 comme le but encaissé en toute fin de match face à Frankfurt FFC par la remplaçante Islacker ? Comment as-tu fait évoluer ton coaching ?
Sur cette épreuve de la CAN, je me suis contenté de demander aux joueuses de faire ce qu’elles ressentaient et j’ai préparé avec mon staff, une intervention volontairement souple et distante, pour ne pas trop impacter psychologiquement mes joueuses.
Mais c’est une particularité qu’il faut tout le temps travailler.
Comment gère-t-on cette frustration de l’échec qui transforme une équipe pour l’amener du Paradis vers l’Enfer ?
En fait, des fois perdre n’est pas tout perdre. Il y a des phases d’apprentissage ou la défaite est vecteur de développement et d’amélioration. Il faut prendre en compte cette dimension.
L’Afrique, apporteur de talents en Europe
On a un apport de joueuses africaines dans les championnats européens qui débutent, comme pour les pays de l’Est. Quel est ton sentiment à ce sujet ?
Les joueuses africaines ont des qualités que les européennes n’ont pas. Elles sont nécessaires et il faut développer l’aspect technique pour les mettre au niveau.
Ce serait une erreur que de recruter les joueuses africaines uniquement pour leur coût salarial moins onéreux que celles du marché européen d’autant que les joueuses, allant dans des clubs sérieux, perçoivent plus que ce qu’elles obtiennent en Afrique.
Quand j’étais au Paris Saint Germain, j’avais instauré un salary cap mais il faut que tu saches que les joueuses que j’ai eu, sont plus venues pour le projet de jeu que pour la rémunération : Annike Krahn, Linda Bresonik, Kosovare Asllani, Tobin Heath, Christiane, Fatmire Bajramaj, Shirley Cruz, etc …
Le projet doit être plus étoffé que celui de l’argent, dans lequel on doit intégrer l’évolution de la joueuse et son amélioration sur une durée plus longue comme, maintenant, respecter l’évolution de la femme dans sa globalité.
C’est pourquoi, prendre une joueuse africaine pour une durée de deux ans, est tout simplement une erreur.
Bâtisseur de rêves ? Ou transmetteur de compétences en football féminin ?
Lorsqu’on s’est rencontré au PSG pour la première fois (2012), je t’avais immédiatement surnommé le Bâtisseur lors de la présentation du nouveau PSG au Parc des princes. Que préfère-tu ? Bâtisseur de rêves ou transmetteur de compétences ?
Je me sens bien avec le mot bâtisseur. On construit pour l’avenir. D’ailleurs c’est un peu mon parcours, j’ai souvent travaillé pour que d’autres en tirent les bénéfices.
J’en ai retiré une grande fierté et cela m’a été reconnu sur tous les projets que j’ai animé comme une qualité. J’aime bien cette idée.
Si tu devais rêver en tant que coach ? Quel serait ton rêve ?
Si je devais me projeter, j’aimerais amener un club à un niveau inattendu comme une demi-finale ou une finale de Women’s Champions League. C’est quelque chose qui me plairait.
William Commegrain Lesfeminines.fr
Farid Benstiti, sélectionneur de l’équipe nationale féminine d’Algérie, a dévoilé sa liste de 26 joueuses pour la CAN 2024 (qui s’est déroulée du 5 au 26 juillet 2025 au Maroc).
Voici la liste des joueuses convoquées :
Gardiennes
- Chloé N’Gazi (Olympique de Marseille)
- Amina Haleyi (JS Kabylie)
- Amel Kheira Benabdallah (Afak Relizane)
Défenseures
- Morgane Belkhiter (AS Saint-Étienne)
- Léa Abadou (US Orléans)
- Sofia Guellati (En Avant Guingamp)
- Wassila Alouache (CF Akbou)
- Imane Chebel (Wellington Phoenix)
- Inès Belloumou (Malmö FF)
- Roselène Khezami (Olympique de Marseille)
- Hanna Boubezari (Team TG FF)
- Morgane Ikene (US Saint-Malo)
Milieux de terrain
- Lina Boussaha (Al-Nassr FC)
- Marine Dafeur (FC Fleury 91)
- Méline D’Oria (Le Mans FC)
- Ghaoutia Karchouni (Servette FC)
- Lina Khelif (Thonon Evian)
- Amira Ould Braham (FC Nantes)
- Emma Smaali (RC Lens)
- Melissa Bethi (FC Nantes)
- Wissem Bouzid (Le Mans FC)
Attaquantes
- Inès Boutaleb (FC Metz)
- Laura Taleb Muller (Thonon Evian)
- Nihad Naili (AS Cannes)
- Naïma Bouhenni Benziane (Afak Relizane)
- Aïcha Hamidèche (Abu Dhabi CC)
- Lamia Lounas (ASE Alger-Centre)