Une Espagne colérique et flamboyante
Pour qui se souvient de la montée espagnole dans le jeu international, il suffit de remonter à la Coupe du Monde 2019 où, sous les coups de butoir de Jennifer Hermoso (9′ après un doublé en phase de groupe), les ibériques avaient surpris les USA, ne sortant des 1/8e de finale que pour deux pénaltys généreusement accordés aux américaines et transformés par la reine du moment, Megane Rapinoe (7′ et 75′).
C’était un jeu flamboyant qu’elles ont renouvelé, quatre ans plus tard, en Coupe du Monde 2023 organisé en Australie et Nouvelle-Zélande pour finir par le titre final pour une équipe qui avait du caractère comme le féminisme ancrés au coeur, manifesté par plusieurs grèves et débats violents avec leur fédération et coach.
En septembre 2022, un groupe de 15 joueuses internationales a envoyé un email à la Fédération espagnole de football (RFEF) pour signifier qu’elles ne souhaitaient plus être sélectionnées tant que certains changements structurels n’étaient pas mis en place. Décision actée pour certaines quand d’autres ont rempli leur cabas pour ce Mondial.
C’est donc dans la surprise générale que l’Espagne s’est vu attribuer le titre. Après la victoire historique de l’Espagne à la Coupe du Monde 2023, un autre incident a éclipsé la célébration : le baiser forcé de Luis Rubiales, alors président de la RFEF, sur les lèvres de la joueuse Jennifer Hermoso lors de la remise des médailles. Un grand nombre de joueuses, y compris les championnes du monde, ont annoncé qu’elles ne joueraient plus pour la sélection tant que Luis Rubiales n’aurait pas démissionné.

Tout cela a généré la démission du coach Jorge Vilda et de son Président, Luis Rubiales. La nomination au poste de son adjointe Montsé Tomé au poste de sélectionneur a failli connaître le même sort. Une adjointe pouvant reconduire ce que le prédécesseur avait mis en place .. Certaines joueuses ne sont plus revenues en sélection. Volontairement ou le subissant.
C’était un temps où l’Espagne signait son identité sous le mot : colérique !
En 2025, l’Espagne est devenue patiente !

Deux saisons plus tard, après quatre Ballons d’Or attribués à leurs deux stars barcelonaises, Alexia Putellas (2021, 2022) et Aitana Bonmati (2023, 2024), la réussite du FC Barcelone en Women’s Champions League avec quatre titres, l’intégration d’une coache contestée au début et maintenant digérée, l’Espagne nous montre ce qu’est la patience en football.
Les joueuses savent que leur jeu de passes courtes faites dans des triangles qui donneraient le tournis au cerveau d’Einstein s’il était encore en vie, fait qu’elles sont attendues et que les équipes adverses ont décidé de monter, à chaque action, un mur si fortifié que celui historique du Mur de Berlin parait être du gruyère à la comparaison.
Hormis un match facile face au Portugal pour la première rencontre (5-0) au lendemain du décès dramatique de leur compatriote, la Belgique (20e FIFA) a réussi à tenir les championnes du monde sur le premier acte (1-1) à la 24′ pour craquer au second (6-2). Il avait fallu 84 attaques face à 10 belges pour que le résultat se fasse. Patience.
L’Italie, 13e FIFA, a même mené dès la 10′ dans la dernière rencontre, pour se fendre à la 49′ (1-2) et craquer en fin de match (1-3, 90’+1). Face à une Italie très offensive, l’UEFA avait cependant noté que l’Espagne avait construit 70 attaques à 22 pour construire son résultat mais ne finir que par deux buts, si on exclut la fin de match. Patience.
En quart contre les extraordinaires suisses (23e FIFA), elles buteront contre le mur helvète tissé par Pia Sundhage et la volonté des joueuses de la Nati.
La présence fut si intense que les statistiques de la FIFA ont indiqué 73 attaques espagnoles pour 12 suisses ! Pourtant le score n’a été que de (2-0). Des buts qui sont entrés quatre minutes après la sortie d’une milieue suisse (Ivelj) pour l’entrée d’une attaquante (Pilgrim, 62′) permettant qu’Athénea du Real Madrid (66′, 1-0) trouve la place dans la surface et ouvre le score suivie par Claudia Pina qui l’aggravera d’une superbe lucarne (2-0, 71′). Là encore, Patience.
Hier face à l’Allemagne, la patience espagnole a été encore plus marquée. 60% de possession, 68 attaques selon l’UEFA, rien au score jusqu’à la 113′ et le but en coin d’ Aitana Bonmati, pas loin de voir dans ces filets allemands, le prochain Ballon d’Or que France Football lui décernera.
L’Espagne est une équipe dominatrice qui a su développer une qualité qui n’était pas la sienne : la patience.
William Commegrain Lesfeminines.fr
Championnat d’Europe féminin de l’UEFA – Suisse 2025 – Demi-finale
Mercredi 23 juillet 2025 – 21h00 (Diffusé sur TF1)
ALLEMAGNE – ESPAGNE : 0-1 a.p. (0-0, 0-0)
Zürich (Stadion Letzigrund) – 22 432 spectateurs
Temps légèrement couvert (24°C) – Terrain excellent
Arbitres : Edina Alves Batista (Brésil) assistée de Neuza Back (Brésil) et Fabrini Bevilaqua (Brésil). 4e arbitre : Tess Olofsson (Suède). Arbitres VAR : Tiago Martins (Portugal) assisté de Fedayi San (Suisse) et Willy Delajod (France)
But
0-1 Aitana BONMATI 113′
Avertissements : Sara Däbritz 17′ pour l’Allemagne ; Esther González 20′, Patri Guijarro 107′, Salma Paralluelo 111′ pour l’Espagne
Allemagne
1-Ann-Katrin Berger ; 5-Carlotta Wamser, 23-Sophia Kleinherne (8-Sydney Lohmann 97′), 6-Janina Minge (cap.), 4-Rebecca Knaak, 17-Franziska Kett ; 22-Jule Brand, 20-Elisa Senß (11-Lea Schüller 114′), 13-Sara Däbritz (16-Linda Dallmann 64′), 19-Klara Bühl ; 18-Giovanna Hoffmann (15-Selina Cerci 86′). Entr.: Christian Wück
Non utilisées : 12-Stina Johannes (G), 21-Ena Mahmutovic (G), 2-Sarai Linder, 7-Giulia Gwinn, 10-Laura Freigang, 14-Cora Zicai
Espagne
13-Catalina Coll ; 2-Ona Batlle, 5-María Méndez, 2-Irene Paredes (cap.), 7-Olga Carmona ; 6-Aitana Bonmatí, 12-Patri Guijarro, 11-Alexia Putellas ; 8-Mariona Caldentey (16-Cristina Martin-Prieto 103′), 9-Esther González (18-Salma Paralluelo 68′), 20-Clàudia Pina (10-Athenea del Castillo 77′). Entr.: Montserrat Tomé
Non utilisées : 1-Esther Sullastres (G), 23-Adriana Nanclares (G), 3-Jana Fernández, 15-Leila Ouahabi, 17-Lucía García, 19-Vicky López, 21-Alba Redondo, 22-Maite Zubieta