En 2016, après les JO de Rio. Philippe Bergerôo, sélectionneur, membre du staff du groupe champion du monde de 1998, avait dit : « ces joueuses en Bleues n’arrivent jamais à revenir au score quand elles sont menées ou dominées » en conférence de presse. Terminant par un « J’arrête » quelques jours plus tard. Tout autant par sa volonté que par celle des joueuses, n’acceptant pas cette critique.
Pourtant, au fil des saisons qui s’effilochaient, rien de l’histoire des Bleues ne pouvait le contredire.
Joueuses identiques ou nouvelle signature, les Bleues, à un moment, avaient peur de ce qu’elles allaient faire quand elles étaient contestées par l’adversaire. J’ai encore en mémoire le 1/4 de 2019 face aux USA, perdu avant le match. Plus récemment, la demi-finale contre l’Allemagne de l’Euro 2022 avait tout de cela.
La dernière peur des Bleues : l’Espagne en décembre 2024
Pourtant en 2025, il y a un changement. Rapide retour au bilan des Bleues sur le site de la fédération rappelle que la dernière peur des françaises remonte à la défaite en amical face à l’Espagne (2-4) de décembre 2024 à Nice (amical).
Quatre buts de la sélection espagnoles (6′ 0-1, 23′ 0-2, 60′ 1-3 et 81’2-4) avec des noms qui ont un sens pour les suiveurs du football féminin : Aitana Bonmati (double ballon d’Or), Claudia Pina future candidate au ballon d’Or, meilleure buteuse de la Women’s Champions League, et Mariona Caldentey, candidate à celui de 2025 avec le titre de la Ligue des Champions féminines sous les couleurs d’Arsenal.
Seule Kadidiatou Diani avait pu, en fin de rencontre réduire le score (71′, 2-3) alors qu’un csc espagnol avait permis de réduire la différence au score (37′, 1-2, Maria Mendez).
Dans cette rencontre où Laurent Bonadei dirigeait son quatrième match de sélectionneur pour un bilan de deux victoires faciles (Jamaïque, Nigéria) pour deux défaites sévères (Suisse et espagnole) ; les joueuses avaient eu peur. Les intentions s’étaient censurées, elles doutaient.
Les Bleues n’ont plus peur de l’adversité
Sept mois plus tard, après un apprentissage de la douleur comme de la résurrection qui en découle, on peut écrire que les Bleues n’ont plus peur d’être menées, contestées voire dominées.
Pour avoir vu le match du 13 Juillet ce matin du quatorze, il est évident que les commentaires critiques sur le jeu défensif des françaises m’a semblé excessif.
Certes les hollandaises ont eu leurs occasions dès la 2′ sur un tir de la future buteuse Victoria Pelova, toujours amère d’être restée si longtemps sur le banc le jour de la finale européenne de la Ligue des Championnes mais rien de bien extraordinaire que de voir les hollandaises s’essayer à l’incroyable !

Comment marquer les trois buts nécessaires pour se qualifier autrement qu’en bousculant les françaises ? Comme le faire autrement qu’en luttant, épaule contre épaule, de la part de Kerstin Casparij contre la vitesse de Delphine Cascarino, dans les minutes qui suivirent, suivie d’un tacle à faire rougir d’envie un jeune défenseur de National. Une lutte d’athlètes de haut niveau.
Il est vrai que Pauline Perraud Magnin a du faire des arrêts réflexes, synonymes d’une équipe dominée. Qu’elle a réalisé, pour son plus grand plaisir d’être utilisée pour ses qualités sur la ligne, plutôt que critiquée pour ses relances au pied, souvent hasardeuses. Elle ne voit pas le football comme tout le monde l’attend. Par contre, elle sait superbement l’arrêter.
Il est vrai que la latérale de Sandy Baltimore, Lynn Wilms s’était faite expliquer, juste avant le match, qu’il fallait mettre son épaule dans la course de la française de Chelsea si tu voulais éviter de voir son maillot et ses sarabandes !

Le premier but français, un chef d’oeuvre collectif
Mais quand tu revoies, par deux fois, le mouvement collectif du but de Sandie Toletti, tu te dis que cette équipe, prise dans les cordes comme dans un ring de boxe, sait qu’elle ne peut s’en extirper, a accepté ce combat et garde à l’esprit, la lucidité des gestes d’entraînement, pour punir en cinq passes, l’adversaire !
Un but basé sur la protection de balle.
Baltimore, dos au jeu, reçoit un ballon qu’elle donne à Sakina Karchaoui qui sans contrôle lance Selma Bacha, partie dès la première passe sans que son adversaire, Jill Roord ne s’inquiète de cette préparation française.

Comprenant trop tard l’espace libre que la joueuse lyonnaise trouve devant elle. Un espace, qu’habituellement, elle consomme jusqu’à la ligne et que là, source d’entraînement, s’arrête à moitié de chemin pour servir Marie-Antoinette Katoto.
Marquée, à l’ancienne. C’est à dire derrière, oubliant que les dribbles se font dos au but maintenant. L’ex-parisienne fait un pas de deux, un devant, un derrière, se retourne et trouve Sandie Toletti, seule aux seize mètres.
La consigne des coaches est claire. les françaises l’ont montré dans ce match. Ne contrôlez pas. Tirez !
La milieu madrilène, trente ans aujourd’hui, capitaine de l’équipe de France saura dire à ses enfants et petits-enfants, le plaisir qu’elle a eu de marquer cette demi-volée, sans consistance autre, que d’aller dans la direction qu’il faut au moment qu’il faut.
(0-1, 26′) les françaises disent aux hollandaises, ex-vainqueur de l’Euro et vice-championne du monde en 2019, « Même pas peur ! ».
Et toute la partie sera sur le même ton. « Même pas peur ! ». Dominées, bousculées, elles savent qu’elles auront leur chance.
Il faut juste un but de plus que l’adversaire. Tout cela se terminera par un (5-2) pour les françaises dont un csc pour les hollandaises.
Après l’Islande en Ligue des Nations de février 2025, menant (2-0) et voyant à chaque fois les islandaises revenir au score avec un (2-1), pour finir par un (3-2) français ; après le Brésil de Juin 2025, menée (0-2) pour gagner (3-2) ; après l’Angleterre dans ce premier match de groupe, bousculée pendant dix minutes, quasiment menée pour finir par un (2-1) et un orage anglais dans les dix dernières minutes ; les françaises n’ont plus peur du déroulé du match.
Cela ne veut pas dire qu’elles sont imbattables.
Juste, si elles sont dominées, les adversaires doivent savoir que dans la partie, elles reviendront.
Dans un groupe où la dernière journée a comptabilisé quatorze buts avec l’Angleterre, autrice d’un 6-1 contre le pays de Galles dans l’après-midi, les françaises peuvent dire même pas peur des scores espagnols et anglais. L’Angleterre rencontrera la Suède en quart quand la France sera opposée à une Allemagne blessée. Gros match en perspective.
William Commegrain Lesfeminines.fr
Le dimanche 13 juillet 2025 à Bâle (Parc Saint-Jacques).
Championnat d’Europe de l’UEFA 2025 en Suisse – 1er tour – 3e journée – Groupe D.
PAYS-BAS – FRANCE : 2-5 (2-1)
Arbitre : Ivana Martincic (Croatie)
Buts : Pelova (26e), Bacha (41e csc) pour les Pays-Bas ; Toletti (22e), Katoto (61e), Cascarino (64e, 67e), Karchaoui (90e+2, s.pen.) pour la France.
Avertissements : Pelova (35e), Groenen (45e+2) aux Pays-Bas.
PAYS-BAS : Van Domselaar – Wilms, Spitse (cap.) puis Dijkstra (84e), Janssen, Casparij – Van de Donk Egurrola (84e), Roord puis Kaptein (68e), Groenen, Pelova ouis R. Jansen (90e) – Grant puis Brugts (68e), Beerensteyn.
Remplaçantes : Kop (g), De Jong (g), Leuchter, Buurman, Snoeijs, Van der Zanden, Miedema.
Sélectionneur : Andries Jonker
FRANCE : Peyraud-Magnin – De Almeida, Samoura, Sombath puis N’Dongala (79e), Bacha puis Bogaert (71e) – Jean-François, Toletti (cap.) puis Geyoro (59e), Karchaoui – D. Cascarino puis Diani (71e), Katoto puis Mateo (71e), Baltimore.
Remplaçantes : Lerond (g), Picaud (g), Lakrar, Malard, Majri, Mbock Bathy, Gago.
Sélectionneur : Laurent Bonadei.