Est-il possible d’être plus déçu du jeu des Bleues dans ce quart de finale de l’Euro contre notre éternel antagonisme : l’Allemagne ?
A écouter les anciennes Bleues, devenues commentatrices comme Laure Lepailleur et Camille Abily, « Cette défaite à dix contre onze est impardonnable ! » Il y a même de la colère.
A tête un peu plus reposée, vingt heures plus tard, je ne sais pas si les commentaires des Bleues, actrices du jeu, entendus en zone mixte et trouvés sur twitter « Elles n’ont rien proposé, ce n’est pas mérité ! On les a dominé de A à Z » de Selma Bacha comme Sakina Karchaoui « On a crée du jeu » ne sont pas plus impardonnables ?
On manque de QI football ! On attend trop d’un coach.

On a toujours dit et écrit que les Bleues manquaient de mental.
Je ne sais pas si le véritable manque n’est pas dans la connaissance des stratégies à adopter individuellement et collectivement quand les adversaires nous posent des problèmes sur nos qualités ? Dans tous les autres sports de haut niveau, on voit que les joueuses et joueurs s’adaptent aux positions adverses et modifient leurs comportements.
En football, on attend tout du coach, à la mi-temps. Il y a bien quelque fois des papiers qui circulent mais pour les Bleues, rien de tout cela.
Sur le match de ce soir, fallait-il partir dans de grandes chevauchées pour buter sur un mur qui faisait que, quand une allemande était passée, sa coéquipière prenait le risque de lâcher la joueuse ou l’espace qu’elle avait en charge, pour comme une seconde lame, couper l’élan français et très souvent récupérer la balle. Chacune étant, comme à l’ancienne, la « libéro » de l’autre.
Ne fallait-il pas plutôt laisser les allemandes avancer pour leur donner confiance et les obliger « à moins de jeu long » qui leur convenait physiquement, tactiquement et psychologiquement, pour les contrer avec nos attaquantes rapides qui n’arrivaient pas à passer individuellement dans des attaques placées ?
Ne faut-il pas, pour des sportives de haut niveau, grassement payées et entretenues dans des conditions idéales, qu’on développe chez elles, des cours de gestion tactique pour que dans le jeu, des choses apparaissent.
Sur ce plan, hier. On n’a rien vu. On a bien vu la difficulté d’analyse de Griedge MBock, Grace Geyoro, Pauline Peyraud Magnin, totalement sur l’émotion, au micro de TF1, à la fin de la rencontre. Elles ne savent pas expliquer pourquoi ?
Nos faiblesses techniques sont restées nos faiblesses techniques. Notre déficit physique n’a jamais été compensé par autre chose. La lecture des joueuses n’a pas dépassé ce qu’elles vivaient. Leurs combats, quand le match se regarde et s’analyse autrement.
Le coach français, dit, en conférence de presse, « qu’il ne fallait pas de contre-attaques pour qu’il n’y ait pas de corners ! » Mais comment croire que sur 90′ de jeu, il n’y aura pas de contres ? Mais comment penser que cela aurait pu être le cas à 11 contre 11.
Au contraire, il fallait leur faire croire qu’elles étaient à onze. Les jouer à onze. Pour que la réalité s’impose, en contre qu’il leur manquait bien une joueuse, de plus une défenseure. Elles auraient bien été dix.
Là, on a réduit le terrain où le jeu se produisait. A dix, elles ont pu combler les trous.
Les quarts de finale ont été négligés par les Bleues
Les françaises sont parties pour jouer un match international, face à une Allemagne mieux classée (3e FIFA) mais sans grand contenu dans la phase de groupe alors que les Bleues (10e FIFA) avaient dans leur bagage, trois victoires avec onze buts de marqués pour deux encaissés.
Sauf que c’est un quart de finale.

Un quart de finale, c’est le Bac des Bleues. Réussi, il ne sert à rien de plus sauf que l’étape est passée. Raté , c’est l’enfer.
C’est un bruit spécifique. Cinq millions de téléspectateurs sont restés devant leur téléviseur pour l’entendre. Des médias comme l’Equipe ou RMC se sont organisés pour qu’on ait envie de l’entendre. La diffusion est sur TF1, en prime time. Deux mille français ont été à Bâle, frais et dépenses à leur charge, pour que leurs coeurs et leurs oreilles les entendent.
Et ils ont vu une France dépassée par l’engagement allemand. Qui aurait pu gagner la rencontre si Pauline Peyraud Magnin n’avait pas stoppé celui obtenu pour une erreur incroyable de Selma Bacha, pourtant expérimentée avec 50 sélections ce soir.
La France a joué un match international avec ses aléas en oubliant que la rencontre d’hier soir était un 1/4 de finale. Pour la France, c’est l’Everest des échecs (neuf échecs à ce stade ou sept).
La France aurait dû jouer son quart comme on joue une finale. La réalité, elle vient de rater sept fois ou neuf fois selon les décomptes, le bac.
Ce n’est plus « passe ton bac d’ailleurs ! », c’est « passe ton 1/4 d’abord !«
Le déficit physique et mental des françaises.
J’ai en mémoire, un tampon allemand où la joueuse française s’est relevée, ne comprenant pas pourquoi l’arbitre avait arrêté le jeu. C’est celui de Clara Matéo face à une défenseure. Pourtant Clara Matéo a un vrai déficit physique face à ces joueuses qui la limite contre les meilleures nations. Elle n’a rien réclamé et d’ailleurs le ballon a été redonné aux allemandes.

Sinon, il est fini le temps où les joueuses se relevaient en football féminin. A la moindre touche, la joueuse tombe, se tord de douleurs, roule, et roule et réclame à l’arbitre, la sanction d’un jaune pour son adversaire.
Et les Bleues n’ont pas arrêté de tomber dans cette rencontre, de rouler et de réclamer. De trop ! Beaucoup trop. Ce faisant, tu donnes le sentiment à l’adversaire de sa force et de son impact, comme de ta limite.
Pourtant Hoffmann a pris. Elle a donné aussi. Il faudrait faire le décompte, mais je n’ai pas souvenirs de joueuses allemandes réclamant mais surtout, j’ai le souvenir de joueuses allemandes donnant ou se donnant.
L’arbitrage et ses règles
La VAR a été introduite pour la Coupe du Monde 2019 en France.
Michelle Kang (propriétaire de l’OL Lyonnes et PDG de l’OL) investit dans tout ce qui peut améliorer le football féminin. Je vais aller la voir et lui montrer la dernière innovation qui se construit dans des usines secrètes de l’imagination humaine ! Des bouts de chaussures et des maillots indétectables à la VAR. Problème réglé.
Je vais mettre à la VAR des robots chinois qui auront un oeil aussi éveillé et exigeant en début de rencontre qu’à la fin.
Je vais me réveiller en me disant : « l’Allemagne a pris un pénalty sur un tirage de cheveux dans la surface et une exclusion pour la joueuse », pour me retrouver dans les années 80-2000. Heureusement, tranquillement, affectueusement. Prêt à mettre un coup de coude dans le foie de celui qui se sera amusé à me retenir par le maillot ou par les cheveux. Amicalement.
Voire même pas, tellement le geste est ridicule. Condamné même par ses partenaires. Comment en début de match ne pas avoir la force de suivre son attaquante ? Un geste inutile qui ne mérite même pas qu’on s’y arrête, sauf si comme le gendarme, on examine avec attention si les deux feux stops fonctionnent. Tout cela, pour les statistiques.
La force collective allemande luttant contre les événements contraires.
La force, tu en parles. La force tu la sens. C’est très différent.

Elle passe de joueuse en joueuse. Traverse les distances. Même la gardienne, la force collective, elle la sent.
L’arrêt extraordinaire de Ann-Katrin Berger en est l’exemple. Même le commentateur Bixente Lizarazu, joueur du Bayern de 1997 à 2006, avec six championnats, cinq coupes, une ligue des Champions, avait de l’émotion dans la voix pour ce combat allemand et cette force collective qui se dégageait.
Pour les Bleues, il n’y a rien eu sur ce plan.
Il a manqué, à l’évidence, la force de la compétition de Wendie Renard et celle d’Eugénie Le Sommer.
A écouter les joueuses, elles veulent que cela continue comme cela. Est-ce que cette force dans la compétition s’acquiert avec le temps et alors, les Bleues pourront penser à une finale. Est-ce que c’est caractériel et alors elle ne se trouve pas dans Sakina Karchaoui ni dans Grace Geyoro. Non plus chez Marie-Antoinette Katoto comme Delphine Cascarino. Idem pour Kadidiatou Diani.
Des joueuses qui sont fortes quand les adversaires sont faibles mais qui n’arrivent pas à être fortes quand les adversaires sont plus fortes.
L’Allemagne a fait un match collectif exceptionnel, dopé par l’exclusion et le pénalty de la 15′ auquel se rajoute la blessure de leur capitaine, défenseure le premier match et l’exclusion de son autre défenseure sur le deuxième. Elle mérite sa qualification.
Les Bleues ont été décevantes pour 5 millions de téléspectateurs et un peu plus de 2000 fans au stade mais elles sont normalement éliminées, en tant que 10e FIFA.
Avec elles, il est déconseillé de rêver.
William Commegrain Lesfeminines.fr
Championnat d’Europe féminin de l’UEFA – Suisse 2025 – Quart de finale
Samedi 19 juillet 2025 – 21h00 (Diffusé sur TF1)
FRANCE – ALLEMAGNE : 1-1 a.p. (1-1, 1-1) puis 5 tirs au but à 6
Bâle (St. Jakob-Park) – 34 128 spectateurs
Temps nuageux (23°C) – Terrain excellent
Arbitres : Tess Olofsson (Suède) assistée de Almira Spahić (Suède) et Monica Lokkeberg (Norvège). 4e arbitre : Ivana Martinčić (Croatie). Arbitres VAR : Jarred Gillett (Australie) assisté de Sian Massey-Ellis (Angleterre) et Dennis Higler (Pays-Bas)
Buts
1-0 Grace GEYORO 15′ (Hendrich tire les cheveux de Mbock. Penalty tiré par Geyoro du droit légèrement sur la droite de Berger à mi-hauteur. La gardienne touche le ballon de la main droite mais il finit dans le but)
1-1 Sjoeke NÜSKEN 25′ (Corner tiré sortant côté gauche par Bühl qui arrive à l’angle des 5,5m au premier poteau où Nüsken s’est détachée du marquage de De Almeida et décroise sa reprise de la tête sous la barre)
Avertissements : Kadidiatou Diani 19′, Maëlle Lakrar 115′ pour la France ; Christian Wück (entr.) 16′, Jule Brand 52′, Sjoeke Nüsken 75′, Franziska Kett 101′ pour l’Allemagne
Expulsion : Kathrin Hendrich 13′ pour l’Allemagne
Notes
57′ – But de Geyoro refusé par la VAR suite à un hors-jeu actif de Lakrar au préalable
69′ – Penalty concédé par Bacha pour un tacle sur Brand. Peyraud-Magnin part bien sur sa droite et repousse.
La France a évolué en supériorité numérique durant 127 minutes (temps effectif)
Tirs au but
Minge (0-1), Majri (arrêté), Dallmann (0-2), Karchaoui (1-2), Knaak (1-3), Malard (2-3), Däbritz (barre), Baltimore (3-3), Berger (3-4), Jean-François (4-4), Bühl (4-5), N’Dongala (5-5), Nüsken (5-6), Sombath (arrêté)
France
16-Pauline Peyraud-Magnin ; 5-Elisa De Almeida (22-Melween N’Dongala 112′), 19-Griedge Mbock Bathy (cap.) (4-Alice Sombath 85′), 2-Maëlle Lakrar, 13-Selma Bacha ; 8-Grace Geyoro (cap., 85’) (10-Amel Majri 112′), 18-Oriane Jean-François, 7-Sakina Karchaoui (cap., 112’) ; 20-Delphine Cascarino (9-Melvine Malard 76′), 12-Marie-Antoinette Katoto (14-Clara Matéo 76′), 11-Kadidiatou Diani (17-Sandy Baltimore 67′). Entr. : Laurent Bonadei
Non utilisées : 1-Justine Lerond (G), 21-Constance Picaud (G), 3-Thiniba Samoura, 6-Sandie Toletti, 15-Kelly Gago, 23-Lou Bogaert
Allemagne
1-Ann-Katrin Berger ; 2-Sarai Linder (23-Sophie Kleinherne 20′), 3-Kathrin Hendrich, 6-Janina Minge ©, 4-Rebecca Knaak, 17-Franziska Kett (15-Selina Cerci 114′) ; 20-Elisa Senß (13-Sara Däbritz 120+1′), 9-Sjöke Nüsken ; 22-Jule Brand (16-Linda Dallmann 120+1′), 19-Klara Bühl ; 18-Giovanna Hoffmann (11-Lea Schüller 98′). Entr. : Christian Wück
Non utilisées : 12-Stine Johannes (G), 21-Ena Mahmutovic (G), 7-Giulia Gwinn, 8-Sydney Lohmann, 10-Laura Freigang, 14-Cora Zicai