Les joueuses au combat, le public à la déception.
S’il y a des interrogations sur la différence de perception entre les joueuses et les spectateurs d’un match, les propos de Sakina Karchaoui, retranscrit par l’Equipe, comme ceux de Paulo César sur le PSG féminin donneront du corps à vos arguments :
« je suis un peu mitigé. Ce que les filles ont montré sur ce match-là, cela m’a plu énormément. Les filles ont donné ce qu’elles pouvaient donner. Je suis très fier de ce qu’elles ont présenté sur le contenu du match … » Paulo César, sur PSG féminines.
D’un autre côté, une simple visite sur le compte « X » du Paris Saint Germain féminin montrait la déception des supporteurs parisiens espérant, à l’idéal, une fin d’aventure lyonnaise mais surtout, une bien meilleure opposition offensive de la part des joueuses de Paulo César.
Les statistiques sont assez parlantes, avec trois tentatives parisiennes au maximum pendant les quatre vingt dix minutes (44′ et 30′). Un constat assez logique pour une équipe construite pour défendre au milieu de terrain avec un (3-5-2) sans réelle attaquante. Marie-Antoinette Katoto se trouvant sur le banc (entrée à la 81′ avec deux ballons touchés au maximum), quand Leuchter (internationale Pays-Bas), limitée, ne trouvait jamais la vitesse et les choix qui font la différence face à Vanessa Gilles (internationale canadienne), soucieuse de partir en réalisant une performance avant d’aller au Bayern.
Korbin Albert (jeune internationale américaine), naviguait, comme une neuf et demi, sans joueuse décisive à gauche comme à droite. Merveille Kanjiga montrant un manque de continuité étonnant dans sa percussion, obligeant Sakina Karchaoui, beaucoup trop sollicitée dans le jeu, à construire une action face à un mur blanc lyonnais, vite regroupé, reprenant aisément le danger, et éteignant très rapidement la brindille qui s’annonçait, jamais transformée en la moindre flamme incandescente.
Une stratégie qui a rendu une copie quasiment vierge d’interventions pour la gardienne lyonnaise, Christiane Endler. Uniquement sollicitée sur les rares corners parisiens.
L’idée semblait être de ne pas prendre de buts et de limiter les occasions. Raté avec un (3-0) sans discussion.
Eugénie Le Sommer réalise un match parfait.
Un schéma difficile à réussir sur la durée des quatre vingt dix minutes du jeu, d’autant quand l’enjeu pour les lyonnaises, est de ne pas subir l’affront d’une saison sans titre en cas de défaite. Une contre performance jamais réalisée de mémoire humaine depuis 2007.
Un enjeu qu’Eugénie Le Sommer (430 matches, 15 ans à l’OL) n’a pas sollicité auprès de ses coéquipières mais s’est chargée d’en être une des actrices. Joe Montemurro, pour son dernier match à l’OL, la porte titulaire dans le jeu pour sa dernière réalisation, après plusieurs matches sur le banc. Elle n’a eu de cesse que de récupérer les ballons entre la défense et le milieu pour lancer ses coéquipières à l’assaut adverse, tentant même un ciseau à terre.
C’est d’ailleurs dans un mouvement d’école, Lindsey Heaps, Melchie Dumornay, Eugénie Le Sommer que les lyonnaises ouvrent le score (45’+2, 1-0), en jouant de deux qualités typiques du onze lyonnais. La juste passe de Lindsey Horan, d’un extérieur du droit et l’efficacité masculine de Melchie Dumornay à marquer dans ses duels face à la gardienne, laissant ses émotions au placard.
Comment croire à une remontada bien qu’il n’y ait aucune occasion.
Le jeu défensif a cette réalité.
On se bat, tout en ayant l’espoir « de quelque chose » qui vous transforme en « grand ». C’est un choix occasionnellement gagnant et peu payé face à l’OL Féminin. Un choix de comptable. Un choix que n’a pas fait le FC Barcelone. Un choix que n’a pas fait Olivier Echouafni, lors de prise de titre en 2021.
Un choix qui s’impose quand les meilleures attaquantes parisiennes basculent traditionnellement à l’OL depuis plusieurs saisons, comme Kadidiatou Diani en 2024, Tabitha Chawinga en 2025, et Marie-Antoinette Katoto pour 2026, par exemple.
A ce jeu, du « je subis », il y aura un KO.
Le second but sera celui du Knock-out. Celui qui vous met un genou à terre pour avoir été le vingtième d’une série de coups reçus, d’attaques encaissés, subies, sans avoir la capacité offensive d’y répondre. C’est un peu ce qui est arrivé au jeu parisien dans le second acte, à la bagarre, à l’opposition, mais sans capacité d’inquiéter le score lyonnais. Un PSG, quasiment jamais venu dans la surface, en souffrance de cette fameuse dernière passe de construction jouée à partir de la 60′, quand les corps et les esprits commencent à être entamés, qui fait la grande différence entre les deux équipes.
Une balle récupérée par Kadidiatou Diani dans la surface, qui cherche son angle et après deux ou trois contacts, réalise une frappe sèche, détournée par Paulina Dudek, dans le coin opposé à Mary Earps (2-0, 80′).
Une gardienne internationale anglaise qui potentiellement ne peut rien sur les deux buts encaissés mais dont on pourrait lui reprocher de n’avoir jamais rien fait pour nous faire croire qu’elle pourrait faire quelque chose. Une forme de déception ou de réalité pour cette joueuse mature de 32 ans, élue « The Best » Fifa en 2022 et 2023.
La différence sportive et mentale se fera sur la « Panenka » croisée de Wendie Renard. Un chef d’oeuvre technique et psychologique à cet instant du match, envoyant Earps à sa droite quand le ballon sera croisée à gauche. (3-0, 90’+4). Un but de dominatrice sur une équipe dominée.
Plus qu’un score, un état d’esprit
Au final, le (3-0) est la réalité de la différence entre les deux équipes. Le PSG repart comme challenger, l’OL comme Championne pour son 18è titre, assurant ainsi la crédibilité de l’aspirateur de joueuses crée entre les deux clubs, avec un message clair : « joueuse parisienne qui désire être titrée, venez à l’OL si vous voulez vivre cette réalité« .
La grande différence est cependant ailleurs.
Avec la cérémonie d’adieu des joueuses qui quittent l’Olympique Lyonnais (Dabritz, Marozsan, Gilles, Van de Donk, Benkarth, Huerta, Le Sommer) et Majri annoncée en Arabie Saoudite, toutes avec la larme à l’oeil, heureuses de vivre ce moment, de le partager et de l’inscrire dans sa bibliothèque émotive. Le bonheur de Michele Kang, nouvelle propriétaire, à vivre cette victoire et à faire exister cette émotion.
A comparer avec toutes les tensions vécues au Paris Saint Germain depuis … plusieurs saisons.
Il sera difficile d’être meilleures sur le terrain que peut l’être l’Olympique Lyonnais pour le Paris Saint Germain. 18 titres quasiment consécutif (sauf 2021), deux play-offs en deux saisons de joués et deux victoires dans un système crée pour les lui retirer. Le Football féminin en France, c’est l’Olympique Lyonnais.
Un peu comme en Espagne avec le FC Barcelone (2012 à 2015 et 2021 à 2025), comme en Allemagne avec le Bayern de Munich (… 2023, 2024, 2025) et comme en Angleterre avec Chelsea FC Women (…, 2020, 2021, 2022, 2023, 2024, 2025)
Pour le PSG, à l’évidence, le chantier est plutôt en interne, à créer un groupe uni, sans tension, et porté vers la performance. Ce club a été, dernièrement, plus un club appartenant à des joueuses qu’à une institution centrée sur un objectif de performance.
Peut-être très ou trop concentré sur les hommes ?
William Commegrain Lesfeminines.fr
Feuille de match
Au Groupama Stadium
Arkema PL (Finale) : Olympique Lyonnais – Paris Saint-Germain 3-0
Arbitre : Alexandra Collin
Buts : Melchie Dumornay (45+2′), Kadidiatou Diani (80′), Wendie Renard (90+4′) pour l’OL.
Avertissement : Océane Hurtré (81′) pour le PSG.
OL : Endler – Bacha (Svava 85′), Renard (C), Gilles, Carpenter – Egurrola, van de Donk (Däbritz 35′), Heaps (Marozsan 86′) – Le Sommer D. (Chawinga 72′), Dumornay, Diani (Hegerberg 86′). Entr. : Joe Montemurro.
PSG : Earps – Dudek (C), Mbock, De Almeida – Karchaoui, Kanjinga (Echegini 72′), Groenen (Frazer 83′), Geyoro, Dunn (Hurtré 67′) – Leutcher, Albert (Katoto 84′). Entr. : Paulo Parente.