S’il y a des rêves, il n’aurait même pas été envisageable que l’ensemble du Paris FC fassent ceux-là tant ils étaient osés !
Voir le vendredi, le club du Paris FC monter en Ligue 1, après tant d’années en National (18 saisons) et Ligue 2 (14 saisons), chutant régulièrement au moment des Play-off (2019, 2021, 2022, 2024) et, trouver au bout des trente-trois matches de compétition, le droit à la qualification directe en Ligue 1, 46 années de disette après 1979, avec même l’espoir comptable d’être champion de France de Ligue 2 (66 points) à Ajaccio, devant un Lorient (68) qui pourrait caler à Martigues.
Pour que le samedi, le lendemain, à l’autre bout de la France, sur les terres jaunes et rouges de Calais, découvrir que son équipe féminine, finaliste de la Coupe de France, après 20 ans d’abstinence (2005), fasse mieux que ce premier exploit et l’emporte, en plus devant le Paris Saint Germain féminin, future source d’un derby épique et crédible, depuis l’arrivée de la famille Arnault au capital du club parisien.
Un rêve que même les fans et socios du Paris Saint Germain doivent intégrer, scandant “PARIS ! PARIS !” devant les 8.108 spectateurs oubliant que les deux sont soeurs d’armes du même nom, dans un stade à l’identité bien trouvée, celui de “l’épopée”.
Un match de duels entre le Paris FC et le Paris Saint Germain
L’Epopée il y en a eu, si forte et intense qu’elle transpirait dans cette zone mixte où n’apparut que Paulina Dudek pour le Paris Saint Germain.
Capitaine aux mâchoires serrées, n’arrivant pas à ingurgiter cette défaite que l’histoire passée rendait impossible mais que la réalité a scellé aux couleurs de Charlety. Gaetane Thiney, de son côté a rayonné, à croire qu’un Dieu du football a scénarisé sa fin de carrière, alors que le Président Pierre Ferracci l’a appelé “la Princesse” en se substituant à elle devant les micros tendus, après qu’elle nous ait dit son étonnement et plaisir d’un tel moment.
Je n’ai pas trop de mots, mais c’est comme dans un rêve ! On n’était pas favorite mais on a gagné quand même ! Le scénario est dingue. Quand je vois la tête de Katoto à la dernière seconde, je me dis « Bon.. » Celle-là, elle ne la rate jamais. Tout était aligné pour qu’on aille au bout (Gaetane Thiney en Zone mixte).
Une année sainte !
On se serait cru à la remise des Awards tellement, le Paris FC marchait sur l’eau à la fin de la rencontre. Le coach de la Ligue 2 Stéphane Gilli était présent, Antoine Arnault, Pierre Ferracci, Raï ambassadeur embrassait à qui voulait sur le terrain, Marie-Christine Terroni et ses enfants, toute les familles des joueuses. Seul le Président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi, attendait en Présidentielle, jamais trop verni quand il vient voir les filles en finale.
Sandrine Soubeyrand, la coach qui vient juste de perdre le record de sélections en Bleues (198) au profit d’Eugénie le Sommer (200), tout à son bonheur, ne voulait pas espérer au titre potentiel de Championne de France qui se jouera en play-off dimanche à venir pour les demis.
Je pensais qu’à la Coupe. Je vais profiter. Evidemment, je suis ambitieuse, j’aimerais vous dire que je vais gagner le championnat, mais je suis aussi très consciente des qualités que l’on a. Maintenant sur un match, … Sandrine Soubeyrand, conférence de presse d’après match.
Une possibilité que la performance de l’après-midi rend crédible, face à deux adversaires blessés et aux coaches discutés : le Paris Saint Germain du moment et l’Olympique Lyonnais, laminé à domicile par Arsenal en 1/2F de Coupe d’Europe. N’ayant jamais perdu cette année (quatre nuls) face à ces deux équipes.
Une victoire et un titre 2025 qui a demandé du combat.
Le Paris FC a gagné en imposant constamment des duels. Le Paris Saint Germain n’a pas été ridicule mais a oublié de jouer plus relâché, tombant dans le piège du combat. A ce jeu, les deux équipes étaient très proches. Trop proches pour se différencier.
Le score en est le reflet. (0-0). Pour les spécialistes du ballon rond, ces quelques mots sont clairs. Ils indiquent soit un match insipide soit un combat.
Avec deux buts refusés sur hors jeu (Thiney, 28′ et Leuchter 67′), un de chaque côté, il est clair que c’est le COMBAT qui a été au coeur de cette rencontre. A l’image de Calais, au fin fond du Nord de la France, là où dans le passé, bien des hommes ont livré combat et dans un passé récent, bien d’autres y laissent encore leur peau, dans les eaux froides de la Manche, cherchant leur rêve à eux : l’Angleterre.
Au retour, l’idée m’est venue que cette finale ne restera pas lettre morte. En apercevant Sabrina Delannoy (ex capitaine du PSG), je me suis souvenu de sa joie de gagner Juvisy à Maquin (2012) quand Benstiti a lancé le PSG féminin. Ces victoires ont été une lutte. Je ne la vois pas accepter, en tant que directrice sportive, que le Paris Fc reprenne le flambeau qu’elles ont ardemment conquis dans le passé avec Laure Boulleau.
Un duel intense dans ce qui sera un futur derby à haute intensité.
De mes yeux, j’ai rarement vu un match récent de football féminin où durant les 90′ de la rencontre, faisant fi de la perte d’énergie physique que le jeu impose, les joueuses se battent autant, certaines fois au centimètre, pour un ballon qui allait d’un pied à l’autre, dans un toro aux couleurs de matches et dont chacune, qu’elle soit du Paris Fc ou du Paris Saint Germain, avait l’envie d’avoir, non par crainte d’une sanction, mais dans l’idée de l’avoir pour faire mal à l’adversaire et s’envoler dans un espace qui fasse rugir le stade et les faire reculer.
A ce jeu, le Paris Fc se montrait plus concluant et Clara Mateo a livré une partie incroyable d’énergie et de volonté, obligeant Fabrice Abriel, au retour des vestiaires, à demander à Paulina Dudek, d’aller la chercher physiquement pour l’empêcher de retourner le jeu, accélérer et mettre les attaquantes du Paris FC, très vives et rapides, dans le sens de l’offensif, à l’image de Kessya Bussy, dont la vitesse contrôlée, obligerait un policier à croire que la machine humaine a été, par la motivation, « débridée » !
C’est pourtant la plus petite et réservée, Maelle Garbino (28 ans) qui aura la meilleure situation en obligeant Katarzyna Kiedrzynek, à une parade essentielle (56′).
Le Paris SG a eu sa chance. La règle lui a été défavorable
Du côté du Paris Saint Germain, subissant les allants du Paris FC, il fallut attendre les quinze premières minutes pour qu’elles instaurent un peu de possession que les joueuses de Sandrine Soubeyrand n’ont pas voulu, chassant chaque ballon pour qu’il devienne le leur.
Cela n’a pas empêché de comprendre les inquiétudes exprimées par les deux expérimentées Thiney et Soubeyrand face à la qualité internationale de leurs adversaires…
Korbin Albert, servie par Dunn, sa compatriote championne du monde et Or olympique, impressionnante de puissance et d’envie dans son jeu, se retrouve dans la surface des Bleus du Paris FC, évite Chiamaka Nnadozie, la gardienne. Se trouve trop excentrée sur son gauche, se retourne pour un droit dans des buts qui s’ouvrent à sa vue, pour envoler sa tentative, trop surprise de voir la gardienne nigériane, perdre ses appuis et s’affaisser au sol (34′).
Leuchter (35′), des Pays-Bas, placée au centre au lieu et place de Marie-Antoinette Katoto, subit les invectives de Grace Geyoro, servie idéalement par cette dernière, cherchant un droit ou un gauche qui ne viendra pas, trop lente pour une défense Bleue, Ould Hocine et Déjà Davis, qui sera remarquable dans sa complémentarité.
Rien ne sépare les deux équipes, le Paris FC est au niveau du PSG
Aux trois coups de sifflet de la mi-temps, chacune des deux camps rentre pressée, certaine d’avoir, dans les yeux et le vécu du moment, le droit et l’envie de prendre ce titre. Seul un souffle sépare les deux équipes. Le Paris Fc est bien meilleur au combat. Le Paris Saint Germain a la qualité pour basculer ce match.
Au retour, l’envie a la couleur du Paris FC. C’est une évidence et les quinze premières minutes du second acte sont des points de vie gagnés par le PARIS FC qui s’additionnent dans la tête des Bleus. Kessya Bussy (46′), Mateo (54′), Garbino (56′), et même Corboz tentent leur chance. Contrée, bousculée, tenue, peu importe comment, la balle est dans le camp adverse du PSG, de celles qui sont titulaires de la Coupe de France (2024) mais pas vraiment prêtes à gagner ce cinquième titre qui demande, à leurs yeux, un nouveau propriétaire !
Il faudra les entrées de Karchaoui (60′) à la place de Kanjinga Merveille, muselée par Lou Bogaert, justifiant ses appels en équipe de France et celle de Marie-Antoinette Katoto, au lieu et place de la latérale Tara Elimbi, permettant à Crystal Dunn de descendre d’un cran et amenant Leuchter à mieux s’exprimer en tenant le couloir gauche, pour voir un PSG plus équilibré.
Grace Geyoro (65′, PSG) trouvera les appuis qu’elle veut et dans la foulée, l’internationale française jouera un face à face avec Chiamaka Nnadozie, qu’elle sera à deux doigts de gagner, sauf que la gardienne des Bleus, future héros des tirs aux buts avec deux arrêts, n’accepta pas cette défaite qui s’annonçait, trouva la force de quelques doigts pour écarter la course de la française, l’obligeant à se retourner, et envoyer un missile hors sol que la VAR, bien présente ce soir, ne comptabilisera pas, pour un hors jeu qui sera un des acteurs de cette rencontre serrée.
Une VAR qui refusera le but du PSG par Leuchter (67′), sur la passe de Geyoro et se manifestera de la même manière pour un débordement hors jeu de Sakina Karchaoui (71′), qui se retrouvera néanmoins bien taclée par la gardienne, allongée au sol, les deux bras en croix, trouvant là, les ingrédients de sa montée en puissance.
Le reste du match sera plus une gestion physique du combat où chacune est présente, la balle allant de l’une à l’autre, pour se récupérer dans le duel et l’envie. Les changements sont nombreux et les capitanats changent. Gaetane Thiney sort (76′) après un excellent match où elle aura joué de sa finesse et motivation, quasi buteuse à la 28′ (but refusé par la VAR) et Clara Mateo prend le brassard. Paulina Dudek (72′) sort et Kiedrzynek prend celui du PSG.
La tête aux tirs au but
Les spectateurs suivent l’affichage du chrono quand les joueuses, habituées à la notion de temps, n’ont baissé de pied que dans les quatre dernières minutes, la tête aux tirs au but. Une épreuve qui demande d’avoir encore de la ressource pour lutter contre la pression du tir à venir.
On a des statistiques. On en tire très souvent à l’entraînement et en match. On peut savoir qui a le plus de réussites. Celle qui a le meilleur taux de réussite n’était pas sur le terrain. Malheureusement, il y a le match. Il faut respirer, prendre son temps. Être sur de soi. Même si c’est un exercice travaillé, il y a le contexte qui joue. Fabrice Abriel, coach du PSG, conférence d’après match.
Les coachs ont déjà les tireuses, les changements ont été faits pour cela. Réussie pour le Paris FC, les trois joueuses entrantes réussissant leurs tentatives. Moins pour le PSG. Jade Le Guilly entrée à la 72′, verra son sixième tir arrêté.
90′ Tout est terminé. On vous dit que tout est terminé sauf que les joueuses ont encore ce sursaut d’énergie ! La jeune Ndongalaa Melween, dribbleuse à souhait ou à l’excès, envoie son missile trop au niveau de Kiedrzynek (90′) quand Marie-Antoinette Katoto, reprend à revers une tête qui passe à quelques centimètres du but du Paris FC, trop surprise par la sortie ratée de Nnadozie (90′). L’occasion du match.
Les remplaçantes du Paris FC donnent des points de vie à la banque du bonheur du Paris FC
Tout est terminé pour le Paris FC quand le stade se remplit du « Bong » du tir de Clara Mateo qui s’écrase sur la transversale parisienne ! C’est la seconde tireuse, Greboval, entrée à la 82′, passé avant, a marqué et du côté du PSG, les sourires s’éclairent avec la réussite de Leuchter et Katoto. Le score est implacable (1-2) et trois tirs à réaliser.
Une histoire qui s’annonce mal pour le Paris FC. Sept série de tirs aux but de perdus ! Jamais gagné depuis 2011.
Sauf que … les joueuses du Paris FC sont animées d’une motivation qu’elles ont rarement eu. Elles ne s’écroulent pas et continuent à pousser le PSG dans ses retranchements. Korosec, toujours efficace, marque. Karchaoui suit. Kessya Bussy marque. Il suffit d’un arrêt et c’est là, ou Chiamara décide d’envoyer ses mensurations au nouveau propriétaire du Paris FC, la famille Arnault pour qu’il prépare la statue, devant le centre du Paris FC !
Elle fait un premier arrêt à droite face à Korbin Albert qui déclenche une explosion de soulagement et autant d’espoir. Un bonheur que les Bleus exultent face au PSG mesure le prix à payer : la confiance est revenue à l’équilibre ! Egalité (3-3). Et si, et si … Le Moal, entrée à la 72′, marque ! Et si Et si, …. Griedge MBock égalise. (4-4).
Fin de série. Début du rêve pour les unes et du cauchemar pour les autres.
Teninsoum Cissoko, entrée en fin de rencontre à la 82′, marque. Le Paris FC mène (5-4)
Jade Le Guilly, place un droit un peu lent au pied du poteau gauche et Nnadonzie la sort d’une main ferme, voyant toutes ses partenaires, exulter de bonheur et se demandant si son corps, arrivera à supporter les kilos de bonheur qui arrivent pour l’encenser !
Le stade explose des cris de joie du Paris FC. C’est plus qu’un cri, peut-être une naissance que l’on voit ?
Le Paris FC gagne la Coupe de France 2025. Une ligne dans l’Histoire mais un coeur incroyable dans la mémoire de ce club.
William Commegrain Lesfeminines.fr
Coupe de France – Finale
Samedi 3 mai 2025 – 15h00 (Diffusé sur France 3 et beINSPORTS 1)
PARIS FC – PARIS SAINT-GERMAIN : 0-0 (tab 5-4)
Calais (Stade de l’Épopée) – 8 108 spectateurs
Temps légèrement couvert puis ensoleillé (17°C) – Terrain en bon état
Arbitres : Audrey Gerbel assistée de Clémentine Dubreil et Siham Boudina. 4e arbitre : Romy Fournier. Arbitres VAR : Willy Delajod assisté de Élisa Daupeux
Tirs au but : Greboval (1-0), Leuchter (1-1), Mateo (barre), Katoto (1-2), Korošec (2-2), Karchaoui (2-3), Bussy (3-3), Albert (arrêté), Le Mouël (4-3), Mbock (4-4), Sissoko (5-4), Le Guilly (arrêté)
Avertissement : Tara Elimbi Gilbert 32′ au PSG
Paris FC
16-Chiamaka Nnadozie ; 18-Melween N’Dongala, 2-Celina Ould Hocine (23-Teninsoun Sissoko 89′), 29-Deja Davis, 3-Lou Bogaert ; 8-Daphne Corboz (15-Margaux Le Mouël 72′), 4-Kaja Korošec ; 21-Maëlle Garbino (19-Théa Greboval 89′), 17-Gaëtane Thiney (cap.) (31-Kenza Roche Dufour 76′), 22-Kessya Bussy ; 10-Clara Mateo. Entr.: Sandrine Soubeyrand
Non utilisées : 1-Inès Marques (G), 5-Sarah Hunter, 33-Manon Germinal
PSG
1-Katarzyna Kiedrzynek ; 5-Elisa De Almeida, 29-Griedge Mbock, 4-Paulina Dudek (cap.) (28-Jade Le Guilly 72′), 20-Tara Elimbi Gilbert (9-Marie-Antoinette Katoto 61′) ; 8-Grace Geyoro (6-Jennifer Echegini 90+2′), 14-Jackie Groenen, 10-Korbin Albert ; 3-Crystal Dunn-Soubrier, 17-Romee Leuchter, 30-Merveille Kanjinga (7-Sakina Karchaoui 60′). Entr.: Fabrice Abriel
Non utilisées : 27-Mary Earps (G), 19-Eva Gaetino, 95-Laurina Fazer