Il y a des saisons où les coaches ont changé en D1F. La saison 2018-2019 avait vu Pascal Gouzènes (Paris FC), Dominique Carlier (Losc), Jean-Claude Daix (Fleury) et David Fanzel (Fc Metz) quitter leur banc en cours de saison. Quatre sur douze. Un record. La saison du Mondial en France avait mis le football féminin en fièvre. Le tout après une saison où six clubs s’étaient retrouvés à trois points de différence, tous jouant leur place en D1FArkema lors de la dernière journée. Albi Asptt, seul club à jouer dans les deux fédérations (FFF et Asptt) et l’OM étaient descendus. (lire ici)

Depuis tout était relativement calme à l’horizon des bancs féminins. La saison dernière, la Covid-19 avait éteint les montées de tension avec l’arrêt des compétitions en mars 2020. Metz (2 points) et Marseille (6 points) avaient appuyé sur le bouton de l’étage inférieur sans état d’âme. Tous deux étant déjà montés une première fois pour revenir, habitués à prendre l’ascenseur. Les deux clubs professionnels masculins ayant décidé que la section féminine vive sa vie, soit en D1F ou en D2F. Le coach marseillais, Christophe Parra devant certainement avoir le record de longévité à ce poste. Le même depuis la création de la section (2012).

2021. Les trois derniers changent de coaches.

Cette saison, sur le plan structurel, les premières à pousser ont été les charentaises de Soyaux. Un encadrement des salaires en 2020, une structure SASP créée avec de nouveaux associés en début de saison comme remède. Un projet européen plus qu’ambitieux pour se lever gaiement le matin et un entraîneur qui démissionne au 31 Octobre, Sébastien Joseph , faute de recrutement lui permettant de se battre pour le maintien. Une équipe dirigeante qui remet le couvert en changeant de têtes, directeur sportif et coach. Actuellement, 10e à égalité de points avec le GPSO 92 Issy, premier non relégable.

Janvier 2021. Les secondes ont été les nouvelles havraises, montées cette saison en D1FArkema. Thierry Uvenard, le coach des montées successives du club doyen du football masculin, avait été démis alors que ce dernier était en cours de construction. Ayant nommé l’ex-internationale et nouvelle consultante de football, Laure Lepailleur au poste de directrice sportive. Dernière de la D1F, les normandes avaient vu leur coach changer à la reprise de Janvier 2021, sans résultat actuellement (12è, 5 points) après la 14e journée. Avec un planning chargé, il reste néanmoins neuf journées aux normandes pour changer l’ordre des choses. Une performance possible à la condition de prendre des points là où ses trois adversaires (Reims, Soyaux, GPSO 92 Issy) n’en prendront pas.

Février 2021. Il reste 8 matches, à jouer et Issy se sépare de son coach, Yacine Guesmia, à la tête de l’équipe depuis cinq saisons. La seule question à se poser : pourquoi ?

Le GPSO Issy FF 92 a mis six années à revenir en D1FArkema (2015) après une première saison en 2013. Elles sont mêmes descendues en R1. Cela marque l’équipe dirigeante à l’évidence.

Remontés avec le coach, les “chouettes” sont actuellement à la limite. Première relégable (10 points), l’équipe est condamnée à faire plus de points que ses adversaires, le stade de Reims, Soyaux, le Havre. En effet, en cas d’égalité, avec la règle actuelle du goal average particulier, elle est éliminée et condamnée à la descente en D2F. Avec un bilan qui ferait mal au cœur : trois montées en D1F, trois descentes. De quoi se poser des questions !

Seul le Stade de Reims 9e, (11 points) à un point du premier relégable, ne bouge pas. Ils ont même renouvelé le contrat d’Amandine Miquel pour deux saisons. Elle, seule coache féminine en D1F qui travaille à l’obtention de diplôme supérieur avec le certificat de coach de football féminin crée par Elisabeth Loisel, lui donnant une première marche au BEPF.

Alors pourquoi ce changement de dernière minute ? On pourrait se poser la question de l’influence négative de la durée dans une collaboration entre un coach et son équipe. Le fameux cycle de vie. Thierry Uvenard avait crée le développement du HAC au féminin. Yacine Guesmia était à la tête du renouveau d’Issy FF depuis cinq saisons. Sébastien Joseph, pourtant jeune, était le coach ayant le plus d’expérience de la D1F parmi les douze en poste quand il est parti de Soyaux …

Est-ce la raison ? C’est une question légitime bien que le renouvellement d’Amandine Miquel en attenue l’intérêt. En fait, c’est plutôt la liaison entre le directeur sportif et le coach qui est en tension dans cette construction du football féminin. Soyaux avait un récent directeur sportif, le HAC et Issy FF aussi. Peut-être qu’il faut qu’ils fassent leur place, voire qu’ils apprennent à la faire.

Le rôle de directeur sportif.

Comme les autres clubs de football féminin, le club des Hauts de seine a crée un poste de directeur sportif en 2020. Pour une raison qui resterait à préciser, le poste revient toujours à un ex-footballeur, ayant une carte d’identité médiatique mais dont on cherche les compétences (savoir-faire et savoir être). Pour Issy, il a été choisi Alexandre Barbier (41 ans), ex-pro de Créteil et du Stade de Reims quand le club était en L2, ayant occupé la fonction (2017) quelques temps dans le club champenois. Pour l’anecdote, il me semble l’avoir vu jouer latéral droit sur un match d’avant-saison entre Créteil et Reims au stade d’entraînement qui jouxte Duvauchelle.

Si un buteur se voit par ses buts. Si un gardien se voit par ses arrêts. Si un coach s’évalue en raison de ses victoires; du contenu et du message. Un directeur sportif intervient pour améliorer la situation quand elle devient difficile.

Pour le GPSO 92 Issy, comme beaucoup, à l’annonce, je n’ai pas compris cette décision inattendue.

Puis, en reprenant l’analyse des dernières positions que j’avais faite (lire ici), montrant la situation négative d’Issy en cas d’égalité pour avoir perdu face à tous ses adversaires directs au maintien. En incorporant le traumatisme d’une troisième descente consécutive. Sans oublier d’ajouter les aspects financiers d’un maintien en D1FArkema (80.000 € et un peu moins de 500.000 €) quand la D2F ne donnerait rien à Issy ; je comprends le besoin de s’interroger. D’autant si le coach ne voit pas de solutions meilleures pour assurer le maintien, connaissant son groupe.

C’est le rôle du directeur sportif que de prendre une décision et on l’attend à ce stade. Camillo Vaz a été nommé. il officiera pour le match face au PSG de Samedi à venir.

La grève d’entraînement des joueuses est un droit ; le temps viendra où ces dernières comprendront qu’elles sont devenues professionnelles. Avec ses avantages et aussi ses inconvénients. Le message ne peut être que clair : “si on descend, fini les rémunérations. Pour la plupart, vous devrez chercher un autre club.” Pas si facile, quand pour la plupart des joueuses, elles concilient leur vie sportive avec une vie professionnelle parisienne. Les clubs ne sont pas si nombreux et avec peu de moyens.

Quelles conséquences ?

S’il a été une raison du changement, l’argent et son utilité dans la vie quotidienne peut être le levier de la motivation. Elles perdront une âme mais deviendront professionnelles. Elles distingueront l’approche affective de celle professionnelle.

Mais le GPSO d’Issy FF 92 devra assumer ses décisions et passer au niveau supérieur. D’abord, il est évident que Yacine Guesmia est en droit de faire valoir ses droits devant un Conseil des Prud’hommes si aucune négociation n’aboutirait à une demande de dommages et intérêts légitimes. Il a tout intérêt à le faire. Ensuite, si la décision de changement ne produit pas ses effets au classement de la D1FArkema, Alexandre Barbier, directeur sportif, devra certainement aussi faire ses valises. Ce serait là, une décision moins surprenante. Le niveau financier de la D2F ne permettant pas la charge d’un directeur sportif pour un club amateur comme Issy FF. Enfin, la présidence serait contestée et contestable. A moins que le club soit dans la dynamique de l’OM et de Metz. Entre D1F et D2F. Mais alors, la décision de changer de coach à huit journées de la fin est plus que discutable.

Pour l’instant, il reste la gestion du terrain. Là, c’est l’affaire de Camillo Vaz.

William Commegrain Lesfeminines.fr

Crédit photo Patrick Vielcanet