Patrice Lair (55 ans, coach du Paris Saint Germain féminine depuis cette saison). On l’avait quitté vociférant sur le banc de touche de l’Olympique Lyonnais, toujours à la recherche de la performance et de l’exploit, auréolé de trois finales de Ligue des Champions dont deux titres européens (2011 et 2012). Puis, une période moins fastueuse et deux éliminations européennes précoces face à Potsdam et au PSG qui l’avait fait arrêter en 2014, considérant que sa performance n’était plus au RDV.

Le voici maintenant au Paris Saint Germain, à la suite de Farid Benstiti qu’il avait déjà remplacé à Lyon, mais repartant avec un groupe qui n’avait plus rien à voir, ne sachant pas pour le grand public, si c’était les joueuses qui étaient parties ou l’ex-coach parisien qui avait pris soin de bien nettoyer la maison avant son départ.

Quoi qu’il en soit, c’est avec des bouts de groupe que Patrice Lair a remis le puzzle en état de marche. Avec réussite.

D’un côté, les internationales étrangères (Erika, Cristiane, Kriedrzynek) associées aux joueuses d’expérience (Georges, Boulleau, Cruz, Delannoy) ; et de l’autre les jeunes (Katoto, Geyoro, Cissoko, Sarr, Morroni) complétées par l’arrivée de pointures (Véro Boquete et Irène Parèdès) comme de moins connues sur le plan international, avec les françaises Aminata Diallo, Sarah Palacin, Eve Perisset pour faire un groupe avec lequel le coach breton s’est mis au travail en venant avec son ancien préparateur physique de l’Olympique Lyonnais, Ota Toru.

Aujourd’hui, le Paris Saint Germain est premier ex-aequo avec le triple champion d’Europe et peut, à la faveur d’un match, passer premier au classement.

C’est une réelle performance et il parait évident que le Patrice Lair de 2016 n’est pas le même qui était sur le banc en 2014. D’où mon interview pour mieux comprendre le contexte de ce changement et de cette adaptation.

Lesfeminines.fr On a le sentiment d’un changement de management entre l’Olympique Lyonnais et le Paris Saint Germain. Comment a évolué ta perception du football féminin et la gestion d’un groupe de haut niveau pendant cette période d’inactivité ?

Patrice Lair. Je me suis toujours adapté par rapport au groupe que j’ai coaché. Le groupe lyonnais que j’ai eu pendant quatre ans (2010- 2014) est différent de celui que j’ai pu connaître en arrivant à Paris cette année (2016). Il a fallu essayer de trouver les bons ressorts, les bons leviers pour re-motiver tout de suite ce groupe qui était en mal de confiance. Cela a été compliqué car beaucoup de filles voulaient partir ou sont parties (Caroline Seger, Jessica Houara d’Hommeaux, Kenza Dali, Kheira Hamraoui) car elles avaient contractées avec d’autres clubs avant (Là, uniquement l’Olympique Lyonnais).

Il fallait redonner le goût à l’ambition et à la victoire avec ce groupe du PSG. Cela n’a pas été forcément évident et c’était à moi d’avoir un discours mieux adapté que celui de Lyon où j’avais un groupe de joueuses très performantes, de stars, qu’il fallait peut être garder dans une ligne plus autoritaire pour pouvoir être performant.

Là, il a fallu que je recrute d’une certaine façon. Que je garde certaines jeunes et que je sensibilise certaines cadres à rester au club. Il a fallu avoir un discours qui n’a pas été le même forcément qu’à Lyon.

Lesfeminines.fr On a le sentiment que tu as donné une place particulière aux jeunes, mais plus dans l’animation du groupe et dans le vestiaire, ce qui a donné un vent de jeunesse à des filles comme Sabrina Delannoy ou Laura Georges qui ont beaucoup d’expérience. J’ai l’impression que tu as utilisé ce levier là ?

Patrice Lair. Je connaissais certaines joueuses. Laura, je l’avais eu à Lyon. Cela avait été tendu à un certain moment mais je me suis servi de l’expérience de ces filles là qui ont un discours pour c’est vrai, laisser une part à la jeunesse d’intégrer ce groupe.

Avant de prendre mes fonctions au sein du PSG, je suis allé voir les moins de 19 ans et je me suis déplacé pour voir la finale face à l’Ol à Tarbes, suivi une séance d’entraînement. Je me suis aperçu qu’il y avait quelques jeunes intéressantes et c’était le moment de leur donner la possibilité de s’affirmer au plus haut niveau.

Je leur ai tout de suite dit qu’elles appartenaient au groupe et qu’elles allaient avoir leur chance. Que c’était à elles de prouver notamment dans la préparation à Saint Malo qui a été une grosse source de motivation. Elles savaient qu’elles jouaient une carte importante dans cet avant-saison et poi derrière, forcément j’ai sensibilisé les joueuses cadres avec un peu plus d’expérience internationale.

Je pense que cette responsabilité que je leur ai donné leur a donné une certaine confiance et les a libéré d’une certaine chose où elles avaient pu se sentir brimer la saison précédente.

Comment peux tu expliquer cette qualité de diagnostic que tu as pu avoir pour te trouver dans la situation de passer devant l’Olympique Lyonnais si vous gagnez samedi (11è journée de championnat) ? 

Patrice Lair. On reste les pieds sur terre. Franchement, je suis le premier surpris (à l’écoute, le ton le confirme) que l’on ait été aussi performant. Je me rappelle en stage à Ploufragan (Côte d’Armor), c’est vrai que je me posais des questions quand même.

Ce qui m’a rassuré c’est l’état d’esprit.

On a travaillé très durement, les filles s’accrochaient aux principes physique et tactique avec une grosse écoute. J’ai vraiment pensé qu’il y avait quelque chose à faire. Le test, cela a été les premiers matches. Lorsque je vois que l’on a eu du mal à battre Saint Malo qui reste une équipe très respectable au niveau de la D2, alors que l’on on veut rivaliser avec les équipes costauds du championnat français comme Montpellier et l’OL, Juvisy, c’était quand même inquiétant même pour des matches de préparation.

C’est venu petit à petit avec la confiance. Le travail. Toutes se sont accrochées comme Eve Perisset, Aminata Diallo, Sarah Palaçin et elles ont amené cette envie de s’imposer au Paris Saint Germain et cela a tiré le groupe vers le haut.

Aujourd’hui, cela se passe pas mal mais arriver au niveau de l’Olympique Lyonnais, cela va être compliqué quand même car on a un groupe très restreint. J’ai perdu quelques joueuses sur blessures mais dans notre tête, on est fort et on fera un gros match, je pense Samedi.

Lesfeminines.fr L’apport de Véronica Boquete est important car sur le match face à Juvisy, elle a été extraordinaire.

Cela, ce sont les bons choix. J’ai une personne qui a été très importante dans mon effectif, c’est Shirley Cruz. Cela faisait un moment qu’elle me demandait de venir à Paris et je sais que sur les sud-américaines comme Erika et Cristiane, elle a fait beaucoup pour qu’elles restent au Paris Saint Germain.

Après, il fallait cibler un bon recrutement étranger et cela a été Véro qui est arrivée avec son expérience et sa maitrise technique et Parèdès. Ce sont deux très bonnes pioches et elles sont très bien entrées dans ce groupe. Elles sont là, elles rassurent et surtout elles sont incontestables sur le terrain. Irène, derrière fait de très bonnes choses. C’est un ensemble. La mayonnaise a bien pris et c’est tant mieux, pour moi, pour le PSG et pour le groupe.

Aujourd’hui, on est un groupe et il n’y a pas tellement d’individualités. Il y a des joueuses qui sont capables de faire la différence sur un match de Ligue des Champions mais il y a un état d’esprit, tout le monde s’est mis dedans et c’est très agréable à entraîner. Car le football, un jour c’est super et autre jour, c’est un peu plus compliqué !

1/2 (suite de l’interview demain sur les chances du PSG en WCL)

William Commegrain : Je pense que Patrice Lair a raison de prendre de la distance par rapport au championnat de France car il sait que s’il gagne samedi, il va avoir une sacré gestion de stress à prendre en charge, tant sur le plan collectif que personnel. Et, le groupe qu’il a, ne peut pas donner de garanties quant à cette situation.

Mais d’un autre côté, Patrice Lair ne vit que pour la performance.

Alors, ce qui lui fera “peur” dans l’instant, sera exactement ce qu’il ne voudra pas lâcher le reste de la saison. Et dans ce registre “du tenir sans rien lâcher”, le coach parisien a toutes les qualités pour garantir que cela soit possible. Il emmènera avec lui toutes les parisiennes. Peu importe le prix. Une seule condition : tenir.

Remarquez, quel prix ! La course en tête pour le titre ?