“Vous avez les cartes en mains”. Les jeunes de l’équipe de France adorent ce genre de phrase. Eve Perisset n’a que 19 matches en D1F pour les deux dernières saisons avec l’OL. Elle est face au Brésil. Quel match quand même !  

Les notes sont une appréciation. Suivant le regard que vous avez, le résultat sera différent. Je vois deux propositions : celles que vous trouvez ci-dessous, qui tient compte du jeu féminin. C’est à dire qu’elle prend en compte l’aspect positif des initiatives soit votre regard est celui du football masculin et alors, vous retenez les erreurs ou maladresses commises (retirez 1 point par proposition). 

Le public (8/10) : Le public toujours aussi familial et gentil qui se retrouve dans les matches de l’équipe de France, est un public éloigné de celui masculin. On est loin des aficionados du simple fait que les joueuses ne sont pas aussi identifiées que dans le football masculin. C’est un public de spectacle familial pas cher qui vient pour voir jouer la France. Il n’a jamais raté son match même s’il manque de piquant. Avec ce public, les compagnies de CRS sont tranquilles. 

La défense : rarement la défense française n’a été aussi sollicitée bas. D’habitude, les intrusions dans les trente mètres français dépassent rarement les cinq unités. Là, elles ont été bien plus nombreuses. Tant mieux, on a pu voir à l’ouvrage un système défensif soumis à la pression.

Et si on donnait sa chance à Méline Gérard ? 

Bouhaddi (6/10) : l’expérimentée gardienne française a sorti un superbe arrêt face à Débinha. Un vrai geste de gardien et de duel. Elle prend un but sur son jeu qui l’amène à sortir mais la qualité du lob de Marta lui aurait laissé peu de chances si elle était restée dans sa zone.

Gérard (6/10) : une très belle présence pour une entrée en seconde mi-temps. Elle avait déjà réussi cette performance dans un autre match de l’équipe de France. La seconde gardienne de l’OL est une garantie si Bouhaddi devait laisser sa place. Il reste à ce qu’on lui donne la possibilité d’être une garantie en démarrant le match. Même note car les deux ont été présentes.

Défense : Périsset 19 matches en D1 seulement et quel match en équipe de France !

Perisset (8/10) : excellente en défense. La jeune parisienne (ex-Ol) qui a très peu joué en D1 les deux saisons dernières, s’est mise immédiatement au niveau du match et surtout des adversaires. La jeune fille a de l’ambition et a réussi à produire un super match malgré la pression qu’Echouafni lui a donné (une convocation, une titularisation). Elle n’a pas raté la carte qui lui a été donnée. Mérite de mettre en concurrence Jessica Houara D’Hommeaux, actuellement blessée et qui vient de signer à l’OL. On comprend mieux la raison de l’arrêt international de Sabrina Delannoy.

Georges (9/10) : dans une défense sans repère habituel (3 joueuses nouvelles sur quatre) ou la parisienne était la seule habituée des matches internationaux ; face aux attaquantes brésiliennes dont la réputée Marta ; la joueuse la plus capée de l’équipe de France (169) après la sortie de Camille Abily a fait un match de « patronne » en allant chercher des ballons impossibles dans les pieds des attaquantes qui l’avaient passé. Elle a sûrement manqué pour les JO de Rio, notamment dès lors que la France a été défaite sur la plus petite des marques face au Canada (0-1).

Gadéa (4,5/10) : l’ex-montpelliéraine et maintenant marseillaise n’est jamais rentrée dans son match qu’elle a joué sur la pointe des pieds, se rendant compte que prenant la place de Wendie Renard (capitaine de la sélection sous Philippe Bergerôo), blessée inopinément, le costume était lourd à porter car inattendu. De plus face au Brésil. Elle n’a pas montré ses qualités sans pour autant, ensuite, être débordée. Echouafni parle de choix. Soit il applique la raisonnement des coachs de football masculin et alors la chance de Gadéa est passée notamment avec une forte concurrence au poste. Soit il applique le raisonnement féminin, et il laisse à la joueuse l’opportunité d’un autre rendez-vous prenant en compte que le costume était surprenant et inattendu à porter.

Soyer (4,5/10) : Julie Soyer (31 ans, 8 sélections), normalement à droite, est entrée en cours de match sur la gauche. Défensivement elle n’a pas apporté la vitesse et les interceptions qui l’imposeraient. A l’inverse, elle a joué avec son expérience assurant les transmissions dans des situations classiques de jeu. La concurrence (Majri, Karchaoui) et le niveau des intentions de l’équipe de France, axées sur « la coupe du monde 2019 » selon les commentaires télévisés lui laisse peu de chances sur ce côté.

Le milieu a eu du mal à posséder la balle. Il l’a partagé avec le Brésil. Les deux équipes jouant le jeu de la verticalité.

Bussaglia (6/10) : la joueuse de Wolfsburg a fait un travail de pression sur la porteuse qui a été utile lorsque le Brésil était en phase de construction, mais la récupération a été moins efficace. Les adversaires étant au niveau de l’opposition que proposait la française. Elle a couru bien plus de terrain que d’habitude compte tenu que le jeu a été partagé et s’est souvent trouvé dans la partie française. A ce titre, elle a été plus dans un rôle de relayeuse et a moins participé à la construction offensive. 

Henry (5,5/10) : la capitaine de l’équipe de France a fait un match correct, au service de la collectivité. D’abord en se plaçant sur le côté gauche et en assurant. Ensuite, en revenant dans l’entre jeu. Elle n’a jamais impacté le jeu comme elle le faisait auparavant. On commence à voir ce que seront les matches d’Amandine Henry dans les périodes sans compétition avec toute la problématique du trajet « Paris-Portland » qui est nouveau pour elle et assez différent d’un Paris-Lyon. Titulaire indiscutable dans l’équipe, la joueuse joue ses matches avec cette certitude. On verra l’apport de son expérience américaine en compétition.

Abily (P noté) : Camille Abily a besoin de plus de temps pour donner de l’impact au jeu français. Après son choc avec Thiesa qui a mis son genou en avant, la lyonnaise a quitté le terrain très rapidement (35’). On n’a pas pu voir son influence dans le jeu français avec sa lecture stratégique sur le terrain.

Thiney (7,5/10) : la joueuse juvisienne qui faisait son retour en équipe de France a appliqué avec méthodologie les phases qui avaient été décidé. Elles ont été parfaitement réussi et elle a fait briller Diani. A l’inverse, elle n’a pas pu faire de différences individuelles sur le match même si elle s’est gardée de vouloir le faire. Les rares fois où l’initiative a été prise, elle n’a pas pu donner le coup de reins qui faisait sa marque de fabrique. Son apport auprès de l’équipe de France est donc maintenant différent dans le jeu. Ses réalisations défensives ont été couronnées de succès.

Diani (8,5/10) : Diani a fait mordre la poussière à son adversaire. Servie idéalement par Gaetane Thiney, elle a utilisé sa vitesse et sa jeunesse pour mettre à mal tout le côté gauche brésilien. Auteur de l’action qui donne le but à Claire Lavogez, elle s’est éteinte en deuxième mi-temps en commettant des maladresses de centre, comme toutes les joueuses, puis en étant moins bien servie. Elle a réalisé un super match défensif. La joueuse de Juvisy pourrait être indispensable si elle arrivait à imposer sa présence, sans dépendre du jeu de son milieu de terrain.

Lavogez (6,5/10) : Portée à gauche, la lyonnaise n’a pas été servie avec le jeu de ses latérales. Il lui a été impossible de faire des dédoublements qui auraient crée des brêches dans lesquelles elles auraient pu s’infiltrer pour créer le danger. Dans ce cadre, elle a joué intérieur et s’est trouvé comme Diani en 2ème mi-temps, dans l’attente d’une action à finaliser. Ce qu’elle a très bien fait à la 2’. Encore trop attirée par le beau geste, elle aurait pu refuser sa reprise de volée acrobatique pour tenter un contrôle dès lors que les cages étaient vides. 

Le Sommer (7,5/10) : Elle n’a jamais réussi à se mettre en duel comme elle l’aime le faire pour finaliser une action. Sauf une fois, où Monica a superbement contrée son initiative. C’est dans ses percées face au but qu’elle montre son niveau mondial. Présente lors de la réception des centres, elle a été soumise à la qualité de l’arrière garde brésilienne qui m’a semblé du niveau olympique. Cependant elle reste une présence dangereuse et continuelle qui oblige la défense adverse à être au maximum de sa concentration. N’a pas marqué en raison du niveau du match fait par ses adversaires.

Sont entrées Marie Laure Delie et Kenza Dali (30 minutes). Marie-Laure Delie a été servie sans pouvoir faire la différence et Kenza Dali a essayé d’impacter le jeu pour manifester sa présence. Clarisse Le Bihan entrée à la 88′, n’a pas eu le temps de jeu pour mettre ses capacités au service de l’équipe bien que, elle a vite et bien utilisée les ballons qui lui étaient proposés.

Le Brésil a fait un excellent match amical. Avec une colonne vertébrale du niveau d’un match olympique. Une très bonne opposition. Le jeu de l’équipe de France est en reconstruction. Les deux ruptures de contrat ont eu un effet mental fort. C’est une nouvelle équipe qui se trouve sur le terrain. Il va falloir qu’elle soit à un niveau incroyable d’attente. Cela demandera du temps.

Un prochain match plus simple face à l’Albanie, dernier match qualificatif pour l’Euro où la France est déjà qualifiée.

William Commegrain lesfeminines.fr