Il n’a pas fallu un choc si conséquent pour que l’ensemble du football anglais de l’élite se transforme radicalement en 2017.
D’abord les larmes d’une élimination au premier tour de l’Euro 2013 organisé en Suède par l’équipe nationale, classée 7e FIFA les renvoyant à la 11e place fut un premier symptôme, coutant la place à la coach du moment Hope Powell pour un Mark Sampson, coach de Bristol Academy.
Tout aurait pu continuer ainsi, Six ans auparavant, Arsenal avait gagné la récente compétition européenne (2007) laissant l’Angleterre au rayon des bons souvenirs face à un football masculin qui multipliait les milliards d’euros de droits TV.
Sauf que la FA en avait décidé autrement dans un environnement européen où, de nombreuses femmes prenaient une forme de pouvoir, créant une sororité qui a eu pour stratégie commune : insérer les clubs exclusivement féminins dans les structures professionnelles masculines.
Neuf années plus tard, on doit trouver moins de dix clubs exclusivement féminins dans les cinq championnats majeurs (France, Angleterre, Allemagne, Italie, Espagne) dont une grande partie dans le championnat espagnol à seize équipes.
Qu’est-ce qui a fait que l’Angleterre, habituellement traditionnaliste, ait fait un tel changement ?
Le succès des Lionesses et une concurrence européenne qui s’affirme
Une équipe nationale qui commence à briller quand les clubs anglais ne « traversent » pas la Manche face à des oppositions allemandes, françaises et que l’Espagne s’annonce dans cette mer de l’Europe du football féminin.
Le constat était assez simple mais il aura fallu des hommes de qualité pour que le changement se fasse et que la décision soit prise. Notamment un ensemble de clubs tous intéressés au changement, pour qu’en 2017, la FA transforme sa Women’s Super League en machine à gagner et à attirer les joueuses, les fans et les sponsors.
Sur le plan national, le fameux Mark Sampson (2013-2017) met les Lionesses à la 3e place mondiale lors de la Coupe du Monde 2015 au Canada.
Inattendu après le plongeon de l’Euro 2013, les anglaises sont reçues par le Prince William à Buckingham pour un thé royal.
Une performance validée ensuite en 2017 par une demi-finale à l’Euro suivant quand la France se bloque encore en quarts et que les Pays-Bas surprenantes, dans un jeu à la Cruyff, sont titré à la maison bien que 12e mondial, montrant des fans orange transformant un tableau humain de Van Gogh (peintre néerlandais) en champ de coquelicots, de rouge à orange !

Tout cela réconforte la FA sur le niveau des anglaises évoluant quasi exclusivement dans le championnat domestique, sur l’envie populaire et surtout leurs capacités à ne pas subir la réussite allemande en Europe (neuf titres européens) depuis 2000 comme française avec l’OL, fort de quatre titres à ce moment, (2011, 2012, 2016 et 2017), pour deux finales du PSG (2015 et 2017).
Se disant que le panorama du football féminin bouge avec un Barcelone commençant à pousser (une demi-finale en 2017) et un nouveau concurrent, des néerlandaises alors que les clubs anglais n’atteignent plus les finales (Birmingham en 2014 en demi, Manchester City en 2017 pour une autre demi, Chelsea éliminée en 1/8e).
L’intérêt général avant l’intérêt particulier
On l’a vu avec la seconde guerre mondiale. Les anglais savent s’oublier et former unité quand le « God Save The Queen » tonne.
Le changement est radical. De la saison d’été (avril-Octobre), le championnat se cale sur les saisons européennes (Septembre-mai) se mettant en phase avec le marché européen et leurs moments de performance. Une modification qui permet aujourd’hui d’avoir 40% des joueuses du championnat de nationalité étrangère, et qui a permis de combler, à l’époque, un déficit de qualité athlétique et technique due à un championnat semi-professionnel.
Un statut amateur qu’ils abandonnent pour devenir le premier championnat européen exclusivement professionnel avec une entrée par licence (franchise), sur un cahier des charges financiers volontairement bas (500.000 livres minimales) sachant que les moyens des clubs professionnels anglais leur permettraient très rapidement de monter au niveau des meilleurs clubs européens.
Pour cela,il faut des fans et l’équipe nationale continue de performer avec une 4e place au 8e mondial à Paris (2019) sous le coaching d’un joueur de l’équipe nationale anglaise Phil Neville, vainqueur la même année de la She Believe Cup américaine (2019).
En 2019-2020, tout bouge pour la Women Super League : Barclays sponsor, entrée significative des clubs professionnels masculins, 4e Coupe du monde 2019, SheBelievesCup, diffusion sur chaîne premium BBC en gratuit, arrivée massive des joueuses étrangères, signature de Sarina Wiegmann, nouvelle coach de la sélection, vainqueur de l’Euro 2017 pour les Pays-Bas.
D’un championnat qui a démarré avec neuf équipes seulement, sans descente, pour arriver à douze équipes trois ans plus tard, lors de la saison 2019-2020 avec un seul club relégable en Championship garantissant une présence aux investisseurs. Un schéma qui a permis la montée directe sur dossier d’Everton (2018) de West Ham (2019) quand Manchester United (2018), Tottenham, Aston Villa, Leicester créent leur section en 2019 pour être maintenant dans la Women Super League de 2026.
Les raisons de l’intérêt des clubs ? Le championnat est visible gratuitement sur des plateformes comme sur la BBC depuis 2019. Vu et suffisamment vu du simple fait que les anglais sont d’abord fans des couleurs de leur club, que les matches soient masculins ou féminins et qu’ensuite, ils sont très consommateurs de football, habitués à aller au stade quelque soit le niveau.
Tout cela a crée le championnat le plus concurrentiel, en l’animant graduellement avec de grandes joueuses américaines (Alex Morgan, Tobin Heath, …) au début, dominé par un Chelsea continuellement champion (45 joueuses sous contrat) et avec très peu de différences entre ses poursuivants Arsenal, Manchester City et United, qui s’échangent les places de 2e, 3e, 4e (voir ci-dessous).

Aujourd’hui, les clubs anglais ont de très bonnes joueuses européennes, le championnat le plus homogène avec celui américain, jouent devant un public conséquent pour les grands matches dans de grands stades (17 février 2024, Arsenal Manchester United s’est joué devant 60.160 spectateurs à l’Emirate) et ont réussi à gagner la Coupe d’Europe 2025 avec Arsenal après une finale perdue par Chelsea en 2020.
Pour l’équipe nationale, elle a réussi la performance d’être en finale de la Coupe du Monde 2023, perdue face à l’Espagne et a gagné le titre de l’Euro en 2021 à la maison, pour le doubler en 2025 (Suisse).
L’évolution anglaise continue
Le championnat va monter de 12 à 14 équipes pour la saison 2026-2027 avec deux descentes en championship et deux montées obligatoires.
Un barrage se jouera entre le 3e de la division inférieure et le 11e de la Women Super League pour un éventuel troisième ticket. Pour faire le futur compte, le dernier de la WSL de la saison en cours n’est pas certain de descendre. Il disputera un barrage contre le 3e de la Championship.
Toutes ces évolutions ont été financièrement encadrées depuis 2019, avec le naming et sponsoring des deux championnats anglais par la Barclay’s pour un investissement de 30 millions de Livres, reconduit en 2024 jusqu’en 2028 à 45 millions, avec une condition essentielle : un sponsoring qui doit aller vers les amateurs autant que pour l’élite.
L’Allemagne s’est rendu compte de l’obligation d’évoluer en créant un championnat autonome la saison prochaine, sous la conduite des clubs concernés quand la France a toujours été bloqué par la volonté de l’Olympique Lyonnais à vouloir rester leader en France, ne laissant jamais la concurrence s’exprimer.
Peut-être que Michele Kang aura une autre vision bien qu’elle ait maintenant d’autres chevaux en course avec les Lionesses London en WSL (6e) et Washington Spirit, finaliste des plays-off de la NWSL en 2025. Elle a déjà beaucoup investi pour sauver l’OL masculin et elle ne sait pas si en ouvrant la porte, la concurrence française féminine se développera, habituée ou forcée à rester dans l’ombre ?
La France joue « mezzo-piano » et cela convient aux clubs, aux anciennes joueuses comme aux nouvelles. Peut-être que l’idée est de former des joueuses pour les céder ensuite aux marchés porteurs de moyens financiers. Une copie du modèle masculin. On en a eu une première idée avec Grace Geyoro, annoncée comme le plus important transfert du milieu féminin, partie du PSG pour les Lionesses London City avec plus d’un million d’euros de négocié.
En sachant que ce club anglais est celui de Michele Kang, intéressée peut-être à surévaluer les montants pour créer un marché et un capital. Jean-Michel Aulas a pratiqué ainsi avec l’OL Reign en NWSL. Acquit autour de 4 millions d’euros en 2019, Textor l’ayant revendu aux alentours de 50 millions avec les salaires très conséquent de ses stars dont Megan Rapinoe, ce qui donne une valeur plus importante au club.
Pour l’instant, les dernières modifications françaises sont de passer de 18 à 20 joueuses sur le banc, d’avoir un protocole commotion, d’avoir des numéros fixes pour les joueuses, une gestion des délais entre les matches internationaux et ceux du championnat. (source Première Ligue Reporter).
William Commegrain Lesfeminines.fr