Que demander au Père Noël pour les fans du football féminin qui ne cesse de lire ou d’entendre des comparaisons négatives avec les championnats anglais d’abord, espagnols et allemands ensuite ?

Si on accepte l’idée que les clubs sont les acteurs de l’intérêt du football féminin français, et après avoir constaté l’intégration des clubs masculins dans le championnat féminin français mais aussi européen, le tableau ci-dessous nous montre :

  • (1) Depuis quatre saisons, la répétition des trois premières places aux mêmes clubs et avec la même hiérarchie de position depuis 2022 limite l’intérêt compétitif (OL Lyonnes, Paris SG, Paris FC). Une réalité qui n’a pas été améliorée avec le système des play-offs institué en 2023. L’Olympique Lyonnais n’ayant aucun concurrent pour obtenir le titre après une saison régulière où elles sont, tout le temps, arrivées aussi première.
    • 2025-2026 – avec les deux nuls répétés du Paris FC pour les deux dernières rencontres, les empêchant de prendre la place sur le terrain du Paris SG ; on ne peut compter que sur des retraits de points éventuels du PSG (-9) pour voir la hiérarchie se modifier.
  • En fait, le championnat français est très concurrentiel à partir de la 4e place qui change tout le temps. Peut-être trop d’ailleurs, quand on note la durée courte des clubs à rester au plus haut niveau
  • (2) la difficulté pour les clubs de rester plus de dix ans au plus haut niveau et donc d’avoir le temps de s’associer comme d’associer ses supporteurs masculins aux performances féminines.
  • (3) l’inconnue était bien plus présent auparavant, comme le montre les saisons 2017 à 2021, avec un Montpellier second (2017) et un OM Les Marseillaises, surprenantes 4e. En 2019, Montpellier (4e) prend la place du Paris FC (5e) quand Bordeaux s’impose à la 4e place alors que la saison précédente, elles ont réussi à se maintenir sur un match nul face au PSG pour la dernière journée. En 2020, Bordeaux monte d’un cran (3e), le Paris FC termine à la 5e place.
  • (4) Enfin, pour les spécialistes, le championnat d’élite est fait, en majorité, de clubs professionnels ayant crée ou fait évoluer leurs sections depuis plus de dix ans (OL Lyonnes, Paris Saint Germain, FC Nantes, Strasbourg, OM Les Marseillaises, Le Havre, Dijon, Montpellier, Saint-Etienne) avec seulement deux nouveaux propriétaires : OL Lyonnes avec Michele Kang et Montpellier vendu à Crux et avec quelques clubs qui se sont montrés vendeurs (Le Havre et Dijon).

A noter le club de Soyaux, créateur quasiment du football féminin français de l’élite, disparu et transformé en club amateur. Idem pour Issy-les Moulineaux, ayant changé de nom en Paris SO Coeur après avoir été appelé GPSO Issy 92 et surtout la fin de Bordeaux (anciennement Blanquefort), pas loin de créer un Top 5 avec l’OL Lyonnes, PSG, Paris FC, Montpellier, voir un Top 6 (quasiment la moitié du championnat), présentes sur trois saisons avec une 4e place (2019) et deux troisième place (2020 et 2021). Ayant d’ailleurs joué une excellente campagne européenne.

Le championnat français lutte du fait que les clubs masculins, ses mentors, sont à court de moyens (faute d’avoir reçu des droits TV).

Cette dépendance financière n’existe pas pour les clubs américains qui ont crée un modèle autonome, avec sponsors et fans féminins. En créant un salary cap d’un million de dollars et en venant de voter son déplafonnement, la NWSL nous montre qu’elle bouge dans l’intérêt collectif permettant un intérêt individuel, faisant le bonheur de Michele Kang, propriétaire des Washington Spirit et de la fille de Rodman (Trinity)

Une réussite qui a motivé l’autonomie d’un championnat allemand pour 2026 sur le même concept.

En France, Michele Kang n’arrive pas à trouver les partenaires pour créer un championnat autonome et les trois premiers ont les moyens d’investir quatre fois plus que le reste du championnat pour rester européen, le seul intérêt stratégique du championnat français pour les clubs professionnels masculins. Les raisons pour lesquelles les clubs se vendent sont à l’évidence, l’impossibilité volontaire ou subite de lutter pour une place européenne.

Cependant, les championnats féminins deviennent des acteurs stratégiques, car l’évolution sociétale le demande.

Pour les trois premières équipes, l’enjeu d’aujourd’hui sont les fans. Pour les autres, le maintien.

C’est une structure que l’on retrouve dans les autres championnats de football féminin européen, comme dans d’autres sports collectifs féminins comme le volley-ball, le hand-ball, le basket-ball sauf que dans le football, les trois premiers le sont depuis le début et peut-être jusqu’à la fin, ce qui n’a pas été le cas dans les autres sports collectifs féminins français.

Comme dans le monde libéral, ce sont ceux qui ont le plus de moyens qui ont le droit d’agir, sauf qu’à l’inverse de la théorie d’Adam Smith, « l’intérêt individuel n’est pas la main de Dieu ». Il ne fait pas l’intérêt collectif et les titres passés de l’Olympique Lyonnais (18) nous l’ont bien montré, en comparaison de la prestation des Bleues sur le plan international ou des équipes françaises en Europe. Le PSG étant le seul à l’avoir affronté, mais plus rien depuis 2017 sur le plan européen et 2021 en France.

La compétition la plus concurrentielle est la Coupe de France.