Les idées ne valent qu’avec de l’argent. Le championnat américain féminin l’a institué. L’Angleterre l’a idéalisé grâce aux réussites des Lionesses en Coupe du Monde 2015 les amenant à casser leur modèle ancien pour en créer un, totalement nouveau quand l’Allemagne a réveillé ses structures du passé.  

Que prévoit la FFF pour la décennie à venir ?  Conférence nationale du football 2025 du 22 novembre 2025 à Clairefontaine : un plan historique pour le football amateur et féminin par Margaux Lacoste.     

La FFF a acté une augmentation significative de son budget dédié au football amateur et aux clubs, passant de 106,2 millions d’euros en 2024-2025 à 151 millions d’euros pour la saison 2028-2029. Une augmentation significative de 42,45% !

Ce plan s’inscrit dans une loi de programmation inédite, fruit d’une méthode de co-construction impliquant les ligues, les districts, ainsi que le comité consultatif des clubs amateurs.  

La réflexion a dégagé cinq enjeux majeurs :  (1) Développer la politique fédérale  (2) Renforcer et accompagner le projet associatif des clubs  (3) Faire du football féminin une priorité nationale  (4) Soutenir les clubs au quotidien  (5) une fédération solidaire  

Chacune de ces priorités a été présentée tour à tour lors de cette conférence et sont incarnées par 9 engagements concrets de la FFF.  

« Le football féminin est un des grands enjeux de développement. C’est un enjeu sportif mais c’est aussi un enjeu sociétal. Quelle place pour les femmes au sein d’une grande fédération de football ? »  

Philippe Diallo, Président de la FFF, lors de Conférence nationale du football 2025.  

Le développement du football féminin, ce troisième enjeu, est présenté par Philippe Diallo. S’il se félicite de la parité dans le Comex, il souhaite que celle-ci soit généralisée dans les Ligues, et rappelle l’importance de cette priorité dans la présentation de cette loi de programmation. Si la FFF annonce un objectif de 500 000 licenciées à l’horizon 2028, alors qu’aujourd’hui nous en sommes à la moitié, alors cette priorité doit se traduire comme une incitation dans tous les territoires et à chaque niveau (joueuses, arbitres, entraineuses, dirigeantes, …).

Pour accomplir cet objectif, la FFF met en place un soutien renforcé et dédié, une sorte d’action affirmative pour donner les moyens au développement de la pratique féminine à travers deux annonces principales.  

Joëlle Monlouis, Secrétaire Générale de la FFF, présente donc la mesure phare : un fléchage prioritaire vers le football féminin du Fonds d’Aide au Football Amateur (FAFA), dispositif financier de la FFF et outil majeur de la politique fédérale pour soutenir les clubs, districts et ligues.  

Si la convention a été ouverte avec une annonce importante pour le football amateur avec l’augmentation de son budget, celle-ci s’accompagne d’une mesure forte : 25 % du FAFA, soit 4,6 millions d’euros en 2026-2027, puis 6,6 millions en 2028-2029, sera réservé aux clubs investissant dans le football féminin.

Il s’agit ici de soutenir les projets structurants des clubs pour développer leur section féminine ou créer de nouvelles équipes. Les soutiens concerneront principalement les équipements (par exemple, des vestiaires pour mieux accueillir les joueuses, des mini-bus,….) et l’emploi et la formation pour encourager un écosystème d’encadrement qualifié.

Pour inciter à la création d’équipes féminines, une dotation exceptionnelle avec Nike, dont le partenariat a été renouvelé avec la FFF, a également fait l’objet d’une annonce.  

Joëlle Monlouis, lance un message clair aux clubs lors de cette conférence : « tout club qui investira dans le football féminin trouver un soutien renforcé de la fédération ».  

Le second axe annoncé ce matin s’inscrit directement dans le développement de la politique fédérale : les contrat d’objectifs territorial sont repensés. Désormais, 100 % des montants alloués aux ligues et districts seront garantis (contre 75 % auparavant), et, nouveauté, avec un bonus incitatif de 3 millions d’euros par an pour les territoires s’engageant dans les priorités de la Fédération avec 50 % de l’enveloppe exclusivement dédié au développement du football féminin.  

En conclusion de cette matinée, Philippe Diallo insiste sur l’adaptation aux spécificités de chaque territoire (rural, périurbain, urbain, ultramarin) : les 22 ligues régionales et 91 districts (dont 6 ligues ultramarines) sont concernés par ces mesures et rappelle son ambition de passer d’un soutien « prêt-à-porter » à un accompagnement « sur mesure », pour construire un football « très fort », reflétant la diversité des territoires français. Une deuxième phase de concertation est prévue en janvier 2026 pour affiner les indicateurs et finaliser les dispositifs avant leur entrée en vigueur le 1er juillet 2026.  

En matière de football féminin, l’Allemagne reste la référence absolue en Europe, avec 1,1 million de licenciées, soit près de 16 % des effectifs totaux de la DFB (Fédération allemande de football), et un maillage territorial dense avec plus de 9 100 équipes féminines. Cette avance s’explique par une structuration historique.

Si, comme dans de nombreux pays européens, la pratique féminine du football a été interdit par la DFB entre 1955 et 1970, un plan fédéral dédié dès les années 1990 a été mis en place pour développer la pratique féminine, avec des centres de formation et un soutien aux clubs. Par ailleurs, le championnat féminin allemand, la Frauen-Bundesliga, a été créé et est professionnel depuis 1990. Ainsi, dès 2008, l’Allemagne franchi le cap du million de licenciées.  

À l’inverse, l’Angleterre a connu elle une croissance fulgurante ces dernières années, portée par l’effet « Lionesses » et l’organisation victorieuse de l’Euro féminin 2022. Le nombre de licenciées y a plus que doublé depuis 2017, dépassant aujourd’hui les 300 000, tandis que la Women’s Super League (WSL), profesionnelle depuis la saison 2017-2018, bat des records d’affluence et d’audience, grâce à des investissements massifs et une médiatisation décuplée.  

La France, bien qu’en progression avec +12 % de licenciées en un an, pour un total de 253 176 en 2025, accuse encore un retard significatif. Avec ses 11,5 % de licenciées féminines sur les 2,5 millions, on ne peut pas dire que l’organisation de la Coupe du Monde en 2019 a créé un élan comme en Angleterre avec son Euro. Pourtant, depuis 2019, la FFF a engagé une dynamique volontariste, avec  la création d’une Ligue Féminine de Football Professionnel (LFFP) en 2024 et cet objectif ambitieux : atteindre 500 000 licenciées d’ici 2028, soit une multiplication par deux en trois ans.  

il parait pertinent de rappeler que cet enjeu sportif et sociétal s’inscrit étroitement en cohérence avec la stratégie Unstoppable de l’UEFA, qui vise à faire du football féminin le sport le plus pratiqué en Europe en investissant 1 milliard d’euros pour la période 2024-2030. 

La Fifa emboite le pas et parle aussi de milliard d’euros, revenu de diffusion attendu pour la prochaine Coupe du Monde 2027 au Brésil.

L’argent commence à aller vers le football féminin. Sans nul doute, les prochaines idées vont commencer à trouver les moyens pour se réaliser.

Margaux Lacoste pour les Féminines.fr.