Attaquantes ! C’est la chevauchée fantastique des Walkyries de Richard Wagner !

Attaquer, c’est accepter de faire des erreurs. C’est aller au bout de soi dans une action, sans savoir ce qu’il adviendra.

Se mettre dans le rouge, sur le fil, à exploser de joie quand le résultat est favorable ou à se mordre les lèvres de dépit quand le but vide s’offrait et que la balle refuse d’y aller car d’un détail sur un geste, quelque fois un muscle trop sollicité, on lui a donné le chemin de la balle qui sort.

Une situation qui ne marque pas le sportif amateur, quelquefois tout heureux d’avoir failli faire l’impossible. A l’opposé, une sportive de haut niveau, dort, mange, joue avec l’exigence collée au corps. La sienne, celle de son coach, du public, de ses fans comme de ses ennemis.

Pour elle, cela peut être l’enfer de l’instant.

Le pire, ce ne sont pas les poteaux. Le numéro 13 des attaquantes est fait de trois centimètres trop à gauche, ou à droite, comme au-dessus de la barre transversale.

Le cœur a bondi. La tête y a cru. Le public a stoppé sa respiration. Puis la rumeur de la déception explose dans un stade fait pour donner de l’écho à une simple respiration.

Ce bruit, la chevauchée des Walkyries de Wagner n’est rien à côté.

Et rien. Le but n’y est pas. D’exceptionnelle, la sportive devient commune, voire une ennemie si les tentatives infructueuses ont été trop nombreuses.

Le bien s’est envolé. Le mal est là. Le truc, c’est que la sportive sait exactement pourquoi.

Elle ou la défense.

Attaquer, c’est aimer les duels

Attaquer, c’est aimer les duels. Ce moment rare du sport collectif où deux joueuses s’opposent pour que, celle qui subit, reconnaisse, sur le moment la domination de l’autre. Trouvant satisfaction à, d’un regard, d’une démarche, lui imposer sa victoire.

La joueuse qui attaque, se balade quand il existe une différence athlétique avec son adversaire direct pour, dans le cas contraire, se retrouver mentalement proche des rugbymen ou women, à batailler, se bagarrer pour espérer qu’un mince espace lui soit favorable et que son intention, devienne réalité.

Les mains, les bras, les maillots, les corps s’entrevêchent. Il faut passer. Si ce n’est pas maintenant, ce sera la prochaine fois. Mais il faut passer, doubler son adversaire pour réussir … la passe comme le débordement. Mieux, le but.

Savoir oublier le raté

Combien de balles les attaquantes comme les attaquants ratent, sans trouver l’objectif ?

Elles sont innombrables et les joueuses expérimentées sont grand aise d’oublier immédiatement l’échec pour se concentrer sur l’opportunité nouvelle qu’elles espèrent.

Et, quand elles marquent, elles rugissent de plaisir, laissant échapper physiquement et vocalement, de leurs esprits faits de pure exigence, la frustration de tous les ratés pour exploser de joie. Enfin, avoir la réussite souhaitée.

Souvent, elles continuent leurs courses, agissent encore avec l’énergie explosive qu’elles ont utilisé pour ensuite, comme un besoin d’oxygène, écouter le son du stade et partager, attendre la reconnaissance de ses partenaires qui lui disent, par une tape, un baiser, un hug « merci ».

Merci d’avoir marqué

Merci de quoi ? D’avoir marqué dans un sport qui n’est fait que de ratés pour que, une fois ou deux, voire trois pour les bons matches, les buts adverses tremblent.

Un but est rare. Un but demande un nombre incroyable d’efforts, de frustrations, de passes attendues et non reçues, pour qu’à un moment, un instant, ce soit l’attaquante qui finalise.

Quand vous marquez, c’est AUTANT votre esprit que les autres qui vous le disent. « Merci ! » Mille fois « merci ».

Une caresse intérieure, intime et extérieure. La reconnaissance des autres. La reconnaissance suprême. Celle attendue.

Un moment unique, broyant dans l’instant tout ce qui n’a pas marché. L’envoyant au fin fond de la mémoire émotive pour que resplendisse le bonheur du moment. Un immense bonheur. Gratuit. Pur. Sportif. Juste.

Qui explique le saut d’un mètre de Clara Matéo pour le but qu’elle a marqué. Frustrée d’avoir regardée sur le banc son équipe pendant deux matches. Entrée à la 85′ et trente secondes plus tard, buteuse d’un (0-2) qui envoie définitivement la France en final Four de la Ligue des Nations, rejoignant la performance de l’Equipe de France masculine.

Sandy Baltimore est différente (double buteuse sur les deux rencontres). Elle ne montre rien. Elle marque, se disant, qu’elle le fait évidemment, avec évidence. Marie Antoinette Katoto rugit comme une lionne. Kadidiatou Diani rayonne de bonheur. Eugénie Le Sommer et Delphine Cascarino courent et pensent immédiatement à l’après. Au nouveau but de possible. Elles mettent de côté, épargnent et comptabilisent le moment pour qu’il en génère un autre. Melvine Malard et Kelly Gago, plus débutantes en Equipe de France, attendent et espèrent la reconnaissance de leurs partenaires. Pour être intégrées, utiles, reconnues avec leurs qualités pour ce qu’elles apportent.

Aimer le risque du moment. Une attaquante est une boule d’émotions.

Il faut être un peu fou pour être attaquante.

Gaetane Thiney, attaquante.

J’ai choisi une photo expressive de Gaetane Thiney (Paris FC).

Elle l’a dit, tranquillement. C’est sa dernière saison à 39 ans. Son dernier Olympique Lyonnais – Paris FC qui se joue Samedi soir sur Canal+ que je regarderais.

Dans une récente interview, elle a précisé que certaines fois, « elles avaient été très proches de leur meilleur ennemi », ignorant volontairement le Paris Saint Germain dont elle(s) n’ont jamais voulu accepter le fait qu’elles soient devenues meilleures.

Elle avait raison. Elles ont été très proches. A l’évidence, de mauvaises décisions ont été prises. C’est certainement un regret pour ces filles mais cela ne sera pas un remord. Elles ont voulu gagner autre chose.

Elle a marqué un nombre incroyable de buts (188 en championnats, 20 en D2, 37 en Coupe de France, 9 en Coupe d’Europe et 58 en EDF et 1 en U20 soit 313 buts -source footofeminin et ma calculette). Toutes compétitions confondues.

Etait-elle une attaquante ? Au milieu, personne n’avait son coup de reins et cette volonté du duel gagné autant qu’elle. Personne au niveau mondial. Beaucoup de milieux défensives ne peuvent que s’en souvenir. Elle poussait la balle quatre mètres devant, uniquement pour avoir cette sensation de duel et le remporter. Elle avait l’état d’esprit des attaquantes.

J’ai en mémoire, à l’écriture, son but contre les USA aux JO 2012 à Londres amenant l’Equipe de France de Bini à mener (2-0) face aux meilleures joueuses du monde. Départ aile gauche, coup de reins face à une athlète américaine. Vitesse, lui prend trois mètres. Tir excentré, finit légèrement extérieur. Hope Solo s’étend. Milieu du petit filet. But. La France mène (2-0) face aux USA en moins de quinze minutes.

Il y a des milieux passeuses comme Camille Abily. Thiney Gaetane était une milieu attaquante. Dans ce double registre. Pendant un bon moment. Certainement la meilleure.

A mon sens, la plus belle photo d’un but français, pour ce qu’il a apporté est celui d’Amandine Henry en 1/8e de finale de la Coupe du monde 2019, face au Brésil, en prolongation. Au stade Océane (Le Havre). Record d’audience.

En deux phases. Elle vient de marquer.

Amandine Henry marquant le but de la victoire face au Brésil en Coupe du Monde 2019 (2-1), aux prolongations.

En dessous, vous avez Amandine Henry.

Un amas de joueuses sur Amandine Henry. France Bresil Coupe du Monde 2019. Dans le bas, vous avez Amandine Henry.