Source: Michael Gehrmann/SGS Essen

Paganelli n’a pas été que l’homme de terrain de Canal Plus. Il faut l’avoir vu joué pour les Verts de Saint-Etienne quand Lyon était un tout petit point sur la carte du football français. Il a 15 ans, 10 mois et 5 jours en 1978 et il remplace l’Ange Vert stéphanois, Dominique Rocheteau, 23 ans. Un vieux pour lui. Deux jeunes et deux talents pour le football français bien gris qui avait peur de l’Eire dans leurs qualifications européennes.

Un coup de jeunes avec des stéphanois “Espoirs de France” qui ont fait vibrer le coeur de la France, suivi des Daniel Bravo plein d’insouciance et de talents. La jeunesse prenait le pouvoir. Les gamins rêvaient football. Le jeu était un plaisir. Le grand rectangle vert se jouait comme dans une cour d’école. A celui qui serait le meilleur, balle au pied. Tête dans le guidon. Le jeu pour le jeu. Un rêve.

L’Allemagne a peut-être déniché sa Marie-Antoinette Katoto. A l’Allemande, comme un Kaiser. En six, la tête haute, le pied pas loin du ballon. Laissons Gerd nous raconter sa rencontre avec cette jeune Aigle Allemande.

A 17 ans depuis deux jours, convoquée chez les A !

Quand la France a joué son match contre les USA, l’Allemagne n’avait pas prévu un match, mais seulement un stage à Marbella en Espagne. La nouvelle sélectionneure, Mme Martina Voss-Tecklenburg a convoqué quatre débutantes en sélection pour participer au stage de janvier. La plus jeune s’appelle Lena Sophie Oberdorf. Quand elle a appris qu’elle était convoquée, elle venait de fêter ses 17 printemps deux jours avant ….

Jusqu’à l’Eté 2018, elle était encore la seule fille dans une équipe de garçons d’une petite ville au sud de la région de la Ruhr. Et quelques mois plus tard, le 16 décembre 2018 quand son équipe actuelle, le SGS Essen a réalisé la performance incroyable d’un match nul contre le VFL Wolfsburg – grand succès pour le club de la région de la Ruhr – elle n’avait encore 16 ans, et pourtant titulaire sur le terrain dans un championnat réputé sur le plan mondial.

Assez de faits intéressants pour laisser parler une joueuse prometteuse.

Jouer au foot – si logique pour Lena!

Comment ne pas parler de son enfance quand on a une joueuse aussi jeune en face de son micro ? Pour Lena, c‘était juste naturel de s’orienter vers le foot comme sport. «Mon frère joue au foot, mon papa joue au foot, ma mère a pratiqué l’athlétisme. De toute façon j’aurais fait du sport. Mon frère et mon papa ont toujours joué au foot dans notre jardin, et depuis que je sais marcher, je voulais jouer avec eux. C’est comme ça que je suis venu au foot.»

On imagine les joues rouges d’avoir couru après un ballon. On entend les challenges de chaque fin de journée, des week-ends. Entre frère et soeur, père et mère. Amis et amies. Elle est entrée dans le club où son frère jouait au foot, où sa soeur jouait au foot et où le père était dans la direction du club. Début dans le groupe des Bambini (les plus jeunes), elle y reste jusqu’à la fin de sa jeunesse D (11-13 ans). Prochain pas logique : elle change de club. Pourquoi ? Le frère a changé de club et la nouvelle équipe joue dans un championnat plus élevé. Alors elle suit. Elle évolue au TSG Sprockhövel jusqu’a la jeunesse B à l’orée de ses 16 ans. Jeunesse B étant la dernière équipe dans laquelle les filles pouvaient encore jouer ensemble avec les garçons.

Quand on lui demande à quel âge elle a été convoquée pour les U-15 nationale, elle dit en souriant : “dans l’article de Wikipedia que mon meilleur copain m‘a montré récemment – moi je me suis dit. Ah, je suis déjà dedans? -, on pouvait y lire que j’avais douze ans …”

«Oui, toutes les autres étaient plus âgées que moi. Plus grandes et j’ai commencé à voyager. Tout de suite un premier match en Écosse pour mon premier vol. Au début j’étais relativement tranquille, je ne parlais pas beaucoup, mais dès ma deuxième année, cela a changé !» Jeune, pleine de vie. Ce qui n’a pas changé ? elle est toujours restée la plus jeune dans toutes les sélections nationales des filles et jeunes femmes qu’elle a connue.

Garçon ou Fille, peu importe. Léna joue en 6.

Dans ses deux premiers clubs, Lena Oberdorf a joué “le foot des garçons” et dans les sélections juniors du DFB elle a connu “le foot des filles”. Du haut de ses 17 ans, la D’Artagnan du football allemande, dit avec un certain sourire: «En principe il s’agit de la même chose, on a un ballon, on joue avec deux buts.» mais elle poursuit avec son analyse «Mais sur le plan tactique, c’est bien sûr toujours différent. Avec les garçons c’était le pressing en attaque et avec les filles plutôt le pressing au milieu, puis on avait d’autres consignes sur le terrain avec lesquelles nous avons fait notre jeu. Mais au fond la différence n’était pas vraiment si grande. Cela dépend de l’entraîneur, la formation qu’il a eue comme entraîneur et de ce qu’il favorise. Il y a un grand nombre d’entraîneurs qui préfèrent un jeu combatif, alors nous faisons beaucoup de courses dans la préparation, des duels dans l’entraînement. Et puis il y a en d’autres qui veulent qu’on joue avec vitesse, en deux contacts. Tout cela dépend des entraîneurs et pas tellement de la différence entre hommes et femmes. »

A l’été 2018, la sélectionneure Maren Meinert l’a emmenée à la Coupe du Monde U-20 en Bretagne, bien qu’elle n’avait que 16 ans. À Vannes, l’équipe de l’Allemagne a été sortie de la compétition en quart de finale par les Japonaises, qui plus tard ont vaincue l’Espagne en finale de la Coupe du Monde. Lena: «Il faut clairement dire, que ce jour-là les japonaises étaient mieux que nous. Nous nous sommes bien défendues et nous avons aussi eu nos occasions, mais cela n’a pas suffi ce jour là.»

Les médailles, les prix et mentions elle en a rassemblé comme par exemple: un prix du DFB pour les talents de la jeunesse: la Fritz-Walter-Médaille en Bronze en 2018 et Joueuse en Or par l’UEFA en 2017 (en 2013 Ewa Pajor et en 2008 Alexandra Popp étaient les Joueuses en Or). Pour le Mondial U17 en Jordanie (2016), on l’avait emmenée quand elle n’avait que 14 ans. Entrée en jeu dans la 71ère minute – match contre le Cameroun – Après seulement 49 secondes, elle marque – le but le plus rapide d’une joueuse entrée en jeu.

Si on lui demande si les trophées et médailles décorent les murs de sa chambre: «Non, dans ma chambre il y a les photos de mes copains et copines. Bien sûr ces distinctions et mentions me plaisent, mais on ne peut pas se reposer sur cela. Et je ne suis pas le type qui dit: Regardez, je suis devenue Joueuse en Or.» Comme tous ceux qui ont du Talent, elle court pour plus et mieux. Le talent suprême. Un mondial et son titre.

Le foot est un plaisir. Elle veut rester près de ses ami.es.

En 2017 quand elle jouait encore avec les garçons, la jeune joueuse cherche un club de foot où elle pourra continuer de jouer sur son niveau. Elle décide de ne pas partir loin de sa ville natale et de pas non plus aller dans un internat sportif. «À cause de l’entraînement j’ai peu de temps de loisir et aussi peu de temps pour mes amis, c’est pour cela que j’ai décidé de rester, je veux les rencontrer à l’école.»

SGS Essen, club de la Frauen-Bundesliga, l’a vite convaincue «J’ai beaucoup apprécié comment Essen a procédé. Ce n’était pas seulement un coup de téléphone viens, joue chez nous. mais le club m’a tout expliqué, sa philosophie de jeu. Je peux complètement m’identifier avec cette philosophie, c’était une ambiance très agréable et puis c’était relativement rapide qu’on a signé le contrat.»

En novembre 2017 Lena signe un contrat pour la saison 2018/19 et évoluera à Essen jusque juin 2021. Mais il y a des différences qu’elle remarque très vite : «la tactique, dans la préparation nous avons essayé différentes formations et cela, nous ne l’avons pas fait quand j’étais chez les garçons, nous avions un système stable que nous avions toujours à l’entraînement. Ici on doit connaître différentes choses : comment on court quand on joue 4-3-3, comment on court quand on joue 4-4-2, c’est une grande différence de mentalité.»

L’entraîneur du SGS Essen, Daniel Kraus, lui donne sa confiance déjà dans son premier match de Bundesliga, contre le MSV Duisburg, rival de la région de la Ruhr. Elle est titulaire et marque à la 33ème minute. Elle en rajoute encore un deuxième but et est remplacée en 68ème. Plein de respect, le public applaudit cette jeune joueuse prometteuse quand elle quitte le terrain. Elle n’attendait pas d’avoir autant de temps de jeu avec son nouveau club ! Mais cela continue, elle est titulaire, elle marque, elle donne des passes décisives, elle devient une joueuse très importante de l’équipe d’Essen, 3e du classement avant la trêve. Le poursuivant Turbine Potsdam a un match en moins.

Les joues rouges, du plaisir de courir.

Lena explique pourquoi elle accepte d’avoir des jours bien remplis – cours d’école, aller à Essen, entraînement, devoirs scolaires, tout cela signifie aussi de renoncer à certaines choses: «Oui, on renonce aussi à certaines choses, mais tous les sportifs pro le font, nous faisons des sacrifices pour l’entraînement, ce n’est pas seulement l’entraînement en équipe, il y a encore d’autre choses, nous courons pendant les vacances quand nous avons du temps libre , nous faisons la musculation etc. C’est un renoncement, mais nous aimons le faire, sur le terrain avec toutes les filles c’est un plaisir, la joie quand on gagne un match ou quand on arrive à faire un point contre une équipe comme Wolfsburg. Ce sont les moments pour lesquels on fait tout cela.»

À Essen Lena joue milieu de terrain, mais on peut l’utiliser sur différentes positions. «J’ai déjà joué sur toutes les positions, en Jeunesse D (11-13 ans), j‘ai même été gardienne pour peu de temps parce que le gardien s’était blessé. Puis j’étais six, à Essen j’ai joué en attaque avec Lea [Schüller] pendant les derniers matches et avec les garçons j’étais défenseure latérale. En U-20 j’ai joué en attaque à gauche.» Lesfeminines: Y-a-t-il une position que vous préférez? «Oui, six!»

Le PSG masculin cherche un 6. Voilà un poste qui reprend de la couleur. Tempérament de marathonien, technique totalement maitrisé, plaisir de la récupération et surtout de la passe qui fait mal et déclenche le but. Un 6. Généreux, observateur et très technique. Souvent un 10 avec plus de coeur.

L’Allemagne la prépare tranquillement à l’humilité dans la performance

Lena Sophie Oberdorf a été une des 30 joueuses que la nouvelle sélectionneure, Martina Voss-Tecklenburg, a convoquées pour son tout premier stage au mois de janvier. Suivront pour la Mannschaft féminine des matches contre la France, la Suède et le Japon comme préparation à la Coupe du Monde. On dirait que le mondial en France vient trop tôt pour Lena Oberdorf, mais on ne sait jamais.

Britta Carlson, entraîneure adjointe, s’exprime ainsi: «Être dans la sélection n’est pas une question d’âge, si on regarde l’histoire, il y a avaient des joueuses jeunes comme Birgit Prinz, Lira Alushi ou Dszenifer Maroszan qui avaient des facultés spéciales. Si elle a le physique et remplit les conditions techniques et tactiques, c’est bien possible. Mais avoir participé à un stage ne qualifie pas encore une joueuse comme internationale.»

Cela vaut la peine d’observer le chemin de ce jeune talent du foot féminin allemand.

Laissez, à la fin, Lena nous expliquer ce qu’elle donnerait comme conseil aux jeunes filles qui ont intérêt à jouer au foot:

“Le plus important est que ce soit un plaisir de jouer au foot, autrement on ne ferait pas tout cela. Si cela me ne donnait pas de la joie, je ne le ferais pas, faire tous ces kilomètres, en passant des heures dans les transports et puis l’entraînement. Je crois que c’est le plaisir qui est le plus important et cela compte avant toute autre chose.”

La jeunesse pleine de talent. Le plaisir d’abord, le reste on verra.

Gerd Weidemann pour lesfeminines avec CW.

Photos : (Source: Michael Gehrmann/SGS Essen)