A la veille d’une journée essentielle pour cinq clubs de la D1F, la performance lyonnaise en finale de la WCL 2018 avec ce double succès historique alors qu’elles étaient menées en prolongation (0-1) – peut-elle être source d’exemple et de vérités à utiliser pour Guingamp, Lille, Albi, Fleury et Rodez qui vont jouer le risque de la descente dans cette dernière journée ?

Comment ont-elles pu réaliser cette performance de finir avec un (4-1) définitif face à ce qui est à considérer comme la seconde équipe européenne ?

Et en plus, soumise à une incroyable pression lyonnaise à resituer en cas d’échec.

Rappelons que les lyonnaises, toutes internationales, avaient un objectif à obtenir lourd en terme de pression et d’enjeu : gagner la Coupe trois fois de suite ce qu’aucun club n’avait encore fait et la remporter pour la cinquième fois, pour une autre première tout autant historique.

L’échec et la défaite aurait tout ramené à zéro avec l’obligation de remporter encore deux Ligues des Champions féminines avant de pouvoir obtenir d’en gagner une troisième ! Soit reporter le challenge au mieux en 2021 ! Imaginez le nombre de matches à gagner et d’obstacles à passer en tenant compte de l’évolution des adversaires et des mouvements dans sa propre équipe, sans parler du contenu des matches à réaliser.

Même si l’homogénéité n’est pas la même que dans le domaine masculin, rien ne garantit de revenir en finale.

D’ailleurs cela a été exactement le cas pour les adversaires de l’OL (5 finales depuis 2010), qui ont changé d’années en années : Turbine Potsdam en 2010 et 2011, le FFC Frankfurt en 2012, Tyresö en 2013, Wolfsburg en 2013, 2014 et 2016, le Paris Saint Germain en 2015 et 2017. Sans compter que le FC Barcelone pointe tranquillement dans le dernier carré, accompagné des clubs anglais de Chelsea et Manchester City, sans oublier le Bayern de Munich qui, un jour, arrivera à ces demi-finales.

Alors qu’est-ce qui a fait que Lyon est passé de l’Enfer au Paradis en 30 minutes. 30 minutes supplémentaires jamais pratiqués en France dans les matches de Coupe qui se termine, après les 90 minutes, directement par la séance des tirs au but.

A retenir de cette performance.

Les deux équipes étaient de même niveau. Techniquement et tactiquement. La confiance était des deux côtés. Les deux clubs ont le même objectif de faire le triplé et de le réussir.

Si la motivation initiale était donc la même, les raisons aussi justifiées des deux côtés, il a fallu qu’il y ait des éléments détonateurs :

  • La conviction que la victoire est pour soi et pas pour les autres. Il faut des joueuses qui aient une envie particulière. Le besoin d’agir dans ce sens dès lors que le score n’avance pas. Le premier pour moi est la détermination de la gagne.  On retrouve d’ailleurs cette caractéristique chez les deux premières buteuses : Pernille Harder qui monte toute seule, direction la surface de réparation pour revenir sur un pied gauche faible qui ira chercher un but en coin qui n’a pu entrer qu’à la condition d’avoir été cadré ! Et on retrouve cette même détermination de faire pencher la balance de son côté avec l’intervention puissante d’Amandine Henry sur Léna Gossling (31 ans) pour envoyer “une praline” qui aura surtout l’avantage d’avoir été pensé, surtout pour être cadré ! Ces deux joueuses de 26 et 28 ans, avaient décidé que la Coupe d’Europe était à Elle.

La conclusion s’impose, sans détonateur, tu ne renverses pas une situation.

  • La seconde observation, on la trouve dans la prestation de Shanice Van de Sanden. Une qualité incroyable de vitesse qui s’est mise au service du collectif car la jeune néerlandaise n’a utilisé que sa qualité, sans chercher à devenir celle qui irait mettre la balle au fond. Elle sait qu’elle n’est pas une buteuse. Elle sait qu’elle aurait été reprise ou que son tir n’aurait pas abouti au fond des filets. Par contre, elle sait qu’elle avait la qualité pour faire jouer les autres au mieux. C’est parce qu’elle a fait parfaitement ce qu’elle sait faire, en ayant confiance dans la qualité de ses partenaires et en les servant à l’idéal qu’Ada Hegerberg, Eugènie Le Sommer et Camille Abily se sont appliquées avec leur intelligence, à faire ce qu’elles savaient mieux faire.

La conclusion s’impose, quand une équipe a une cohésion, et que chacun fait au mieux ce qu’il sait faire, alors on peut renverser les situations.

A mon sens, dans le courant d’un match, ce sont les deux éléments qu’il faut avoir pour gagner de grands matches féminins avec de la pression. Une cohésion d’équipe avec chacun au maximum de ce qu’il sait faire pour servir une partenaire dans la même intention et une ou deux détonatrices, avec l’envie de marquer qui fassent relever la tête des seize joueuses, alors l’équipe féminine gagnante marquera le match de son empreinte.

Et s’en souviendra.

Wolfsburg a été fort mais s’est désolidarisée sur la durée. Lyon l’a senti car Lyon a une mémoire de gagnante. C’est le troisième élément. Il faut l’avoir ou il ne faut pas que son adversaire l’ait. Le niveau de confiance et de puissance étaient hauts pour les deux équipes. Ces détails ont pour moi fait pencher la balance.

La phrase la plus forte entendue dans les commentaires d’après-match ? Celle de Wendie Renard : “Pour une fois, le football a été juste !”

“Faire que le football soit Juste”, voilà une belle motivation pour cette 22è et dernière journée.

William Commegrain lesfeminines.fr