Camille Abily connait bien les Pays-Bas. Elle a une histoire partagée avec les bataves.

Camille Abily (5 décembre 1984, 32 ans, 176 sélections) semble jouer sa dernière année internationale sous le maillot de l’équipe de France. Ironie du sort, là voilà qui retrouve les néerlandaises alors qu’elle commença, face à elles, sa carrière internationale, au plus jeune âge, 16 ans avec une victoire à l’extérieur (26 septembre 2001, 1-3), entrant à la 90′ en remplacement d’Elodie Woock.

Sourire du sort en rappelant à la joueuse lyonnaise qu’elle a été celle qui a réduit le score (39′) lors de la dernière défaite à domicile de l’équipe de France (1-2) que les néerlandaises avaient infligées aux Bleues à Jean Bouin en Novembre 2015. Et enfin, grand rire du sort, c’est face aux bataves, qu’elle connu son premier match nul (2005) après une série de 8 victoires pour 9 sélections. Les néerlandaises connaissent bien Camille Abily.

La joueuse de 32 ans qui jouera sa 177è sélection aura entendu des marseillaises au quatre coins de la planète, alignées toutes dans une ligne parfaite. Quinze ans et quelques mois après son premier maillot Bleue chez les A, de l’eau a coulé sous les crampons de la joueuse bretonne aux 176 sélections bien que ses résultats personnels face aux bataves laissent la porte grande ouverte à la concentration (3V, 3N, 4D).

Débutante en 2001 face aux Pays-Bas, c’est à son tour d’accompagner, en 2017, une Grace Geyoro (19 ans, 3 sélections) au milieu de terrain au quelle on peut souhaiter une telle longévité jusqu’en 2032 ..

Est-ce quelque chose aurait changé depuis 2001 dans le football féminin, au moment Camille Abily débutait ?

Elle aura vu un grand changement : d’un public clairsemé à un stade plein. 

La première réponse qui vient concerne l’importance du public. Seulement 177 spectateurs étaient présents face à la Norvège (pour sa 4è sélection en 2005 à 20 ans) au Portugal lors du tournoi de l’Algarve.

La France était pourtant face au leadeur avec leurs titres européens en 87 et 93 et leurs deux places de finalistes de 89 et 91 quand l’Euro se jouait tous les deux ans. La Norvège, c’était une équipe finaliste des mondiaux en 91 et des JO en 96. Un titre mondial en 95 et une médaille d’Or au JO de Sidney en 2000. Une sacré carte de visite. 177 spectateurs de comptés. Rien d’exceptionnel, aux Pays-Bas en 2001, c’est un total de 600 qui est indiqué sur le site de la fédération française.

En ce temps là, le football féminin, c’était cela même pour une équipe nationale.

La double victoire française face à la Norvège était totalement passée inaperçue. Un exploit pourtant, essentiellement restée dans le coeur des joueuses françaises.

Aujourd’hui, elle serait peu surprise d’un stade plein de 20.000 places alors que le record d’affluence de l’équipe de France à domicile est monté à 24.835 spectateurs lors du France Grèce au Roazhon Parc et que dire des 50.212 spectateurs bavarois de la finale de la ligue des Champions 2012 sans parler des audiences TV quand le France-Allemagne du 1/4 de finale du Mondial 2015 a réalisé des pointes à 6 millions de téléspectateurs alors qu’un programme qui dépasse le million est assuré du qualificatif de programme Super Star.

Le public n’est plus le même. Sans tomber dans les emphases des invitations données à “gauche comme à droite”. Les gens viennent plus nombreux au spectacle féminin qu’ils ne venaient dans la période 2001 – 2008.

C’est certainement la plus grande différence avec bien entendu, l’investissement des clubs professionnels vers le football féminin qui a permis à de nombreuses joueuses de trouver ou retrouver une sélection nationale. Comment Camille Abily a construit son parcours international pendant cette période ?

Bruno Bini, contacté, dit d’elle : “Elle a eu une progression constante. Elle a fait les bons choix de clubs et de structures aux bons moments. Elle vit football 24h/24 .. c’est une encyclopédie du football. Elle a eu la capacité de jumeler carrière de haut niveau et hautes études universitaires (Master II).”

Une longue période avec l’Equipe de France qui n’a commencé réellement qu’en 2005. 

De 2001 à 2004, elle disparait des radars de l’équipe de France, en raison de son jeune âge, des clubs qui l’accueillent pour se former (Stade Briochin et La Roche sur Yon) et de la concurrence sur le poste avec la très expérimentée Stéphanie Mugneret-Béghé (115 sélections).

Il lui faudra grandir et gagner des titres pour réapparaître en sélection.

Championne de France en 2004 avec Montpellier, c’est avec sa 4ème sélection en 2005 (19 février) qu’elle connait sa première titularisation (45′) avec une double victoire face à la Norvège sur le score de 0-2 au Tournoi de la Manga, préparatoire à l’Euro 2005 qu’elle jouera comme “débutante” dans cet univers internationale qu’elle découvre.

Il lui faudra seulement trois matches pour qu’Elisabeth Loisel, à compter de son retour, la fasse jouer 90′ au Tournoi de l’Algarve face aux Etats-Unis, ce qui sera d’ailleurs sa première défaite (0-1, 9 mars 2005)  opposée à la jeune Abby Wambach, aujourd’hui retraitée et sa capitaine emblématique Lilly.

Sandrine Soubeyrand en était déjà à sa 88è sélection, Marinette Pichon la suivait de près (87) et c’était Corinne Diacre qui portait le capitanat, doyenne de l’équipe (111). On assistait au début de Louisa Necib (1 selection). La coach adjoint d’Olivier Echouafni, Peggy Prevost signait sa 66è cape et Elise Bussaglia (169 actuellement), sur le banc, allait porter son compteur à 13 sélections alors que Laura Georges (176 sélections actuellement), titulaire, en était déjà à sa 27è sélection.

Elisabeth Loisel, contactée, dit d’elle : “Camille est une battante dont la force est de ne jamais rien lâcher. Ses qualités techniques, son activité au coeur du jeu, et sa capacité de travail lui ont permis de faire une longue carrière de haut-niveau, mais sa principale qualité a été sa force mentale pour se construire, progresser, durer, gagner et … réussir brillamment en clubs et en équipe de France. Camille est assurément une des plus grandes joueuses du football français et une femme bien.”

Malgré cette défaite prévisible opposée aux américaines, numéro 1 mondial, mettant fin à un excellent départ après 8 victoires (Suède, Finlande, Danemark, Norvège (2), Pologne, Ukraine, Pays-Bas) ce sont les Pays-Bas qui lui feront connaître dans la foulée son premier match nul (2005, 0-0) à l’occasion d’ailleurs des débuts de Laure Boulleau.

En quinze ans, Camille Abily, c’est un regard sur le football féminin.

En 2017, elle aura connu sous le maillot bleu 117 victoires, 30 matches nuls et 29 défaites en ayant joué ou cotoyé toutes les grandes joueuses françaises (Corinne Diacre, Stéphanie Mugneret-Béghé, Sandrine Soubeyrand) comme étrangères. De l’ancienne comme de la nouvelle génération,

Elle a un background qui lui donne un regard que peu de joueuses peuvent avoir.et elle a connu les quatre sélectionneurs qui font l’Histoire du football féminin : 32 sélections sous Elisabeth Loisel, 89 avec Bruno Bini, 49 quand Philippe Bergerôo avait en mains la sélection française et maintenant 6 avec Olivier Echouafi.

Calée au milieu de terrain, elle a cette capacité à donner comme à terminer et Marinette Pichon, consultante sur France 4, dit d’elle : “elle a vécu de multiples compétitions. Sait se placer dans la surface et être dangereuse. Capable de jouer en soutien et en appui, elle est autant buteuse qu’elle n’est passeuse décisive. Et surtout, elle a une grande qualité sur les coups francs. Son expérience lui permet d’avoir une vision tactique juste sur le moment.”

Sept compétitions internationales à son palmarès et une huitième à venir.

Elle a été de toutes les campagnes françaises avec 3 Euros (2005, 2009 et 2013) se préparant à vivre son 4è aux Pays-Bas, deux Coupes du Monde (2011 et 2015) et, dès lors que la performance française dans les mondiaux est bonne (être dans les trois premiers pays UEFA), a obtenu le droit de jouer deux olympiades (2012 et 2016). Cela fait des compétitions et des déplacements avec 32 nations visitées sans compter les tournois de Chypre, de la Manga, de l’Algarve et maintenant du SheBelievesCup américain.

Une statistique surprenante : elle a été buteuse sur le tard

Les buts sont nombreux en football féminin et pourtant il a fallu attendre sa 32è sélection pour qu’elle trouve le chemin des filets lors du premier match de Bruno Bini à Bordeaux face à la Chine (28 février 2007 2-0) avec l’ouverture du score faite par Gaetane Thiney pour sa 1ère cape.

Quand on connait l’importance de Camille Abily dans le jeu offensif, noter qu’elle n’a marqué que le 55è d’un match international auquel elle a participé reste surprenant.

Il faut croire qu’il suffisait d’une fois pour que tout s’enclenche puisque cette année fût celle de son record en sélection (8) pour 11 matches de joués quand en 2012 (21 matches) et 2013 (15 matches), elle n’aura scoré qu’une seule fois.

Si Camille Abily a réalisé 35 buts pour l’équipe de France, elle est surtout identifiée pour marquer des buts importants et notamment de superbes coups francs.

Pour ce qui est de l’importance, tout le monde se souvient de celui en demi-finale face à Wolfsburg (mars 2017, 0-2), reconnu comme involontaire par la lyonnaise, mais pourtant essentiel à la qualification. Alors que dire du but à l’Abbé Deschamps face au Canada en préparatoire aux JO de Rio où la patte de la lyonnaise avait permis une victoire quand les Canacks, future bronze olympique, étaient en droit de prétendre au match nul, voire mieux.

En football féminin, la règle est souvent claire. Il faut jouer dans les clubs de l’élite pour être sélectionnée. Camille Abily, a joué à Montpellier puis pour l’Olympique Lyonnais (10è saison) avant de faire 3 piges. Une pour le PSG en 2010, et deux autres pour le soleil californien de Los Angeles comme de Santa Clara en 2009-2010 avec la réouverture du championnat professionnel américain pour remporter les deux titres de 2009 (Los Angeles) et 2010 (Santa Clara).

Aujourd’hui, elle a un palmarès de 11 titres français dont 9 avec l’OL, 2 américains et 7 Coupes de France dont 6 avec l’OL et 3 Coupes d’Europe.

Que fera-t-elle après le football ? Bruno Bini ajoute ces quelques mots : “Elle est en train de passer des diplômes d’entraîneurs .. Quand elle entraînera au plus haut niveau, si elle entraîne un jour, elle verra que c’est pas aussi facile qu’on peut s’imaginer lorsqu’on est joueuse.. Pour le reste, sa carte de visite parle pour Elle.” 

En Equipe de France, le palmarès est vierge lors des compétitions officielles (UEFA et FIFA).

Les compétitions sont plus rares (tous les quatre ans pour le Mondial, les JO et l’Euro). La qualification n’est quasiment acquise que depuis 2009 et les équipes nationales sont bien plus homogènes ce qui fait que les médaillés de chaque compétition se trouvent de la 1ère à la 10è place mondiale (Norvège, vice championne d’Europe. Angleterre, médaille de bronze au Mondial. Suède, vice-championne Olympique. Canada, médaille de bronze olympique. Japon, championne du Monde 2011).

La France cherche à dépasser les deux meilleurs résultats de son histoire : 4ème au mondial 2011 et 4ème au JO 2012 dans l’optique de recevoir la Coupe du Monde en 2019.

A la maison, et la prendre dans les mains.

Elles sont quelques joueuses à avoir plus de dix années de sélections internationales et à être entre 130 et 175 sélections individuelles.

Avec cet objectif en tête. Camille Abily aimerait certainement bien que cela passe et commence avec l’Euro 2017.

William Commegrain lesfeminines.fr

  • 2017 : 4 matches (2 buts).
  • 2016 : 15 matches (3 buts)
  • 2015 : 19 matches (2 buts)
  • 2014 : 14 matches (4 buts)
  • 2013 : 15 matches (1 but)
  • 2012 : 21 matches (1 but)
  • 2011 : 20 matches (6 buts)
  • 2010 : 9 matches (2 buts)
  • 2009 : 11 matches (6 buts)
  • 2008 : 6 matches
  • 2007 : 11 matches (8 buts)
  • 2006 : 14 matches
  • 2005 : 14 matches (20 ans)
  • 2004 : 1 match
  • 2001 : 2 matches (16 ans).