La meilleure joueuse de la finale côté français a été son “esprit de groupe”.

Lors de la finale face à la Corée du Nord, l’équipe française m’a semblé asphyxié à compter de la trentième-cinquième minute, faisant face à des vagues coréennes qui ont mis toutes les joueuses françaises dans le rouge, se mettant alors en phase “commando”, prête à tout supporter. Ce qu’elles ont fait. Solidairement.

Tenir comme elles ont fait pendant près de quarante-cinq minutes sans prendre de buts (83′ 2-1), c’est juste extraordinaire. Ces filles françaises avaient vraiment envie de gagner le titre et surtout de ne pas le perdre. Elles sont allées au bout d’elles-mêmes comme rarement pour une équipe féminine “bleu, blanc, rouge” qui souvent domine le match avec la possession.

Inévitablement, toutes ont fait des erreurs qui ont pesé sur le score. Je ne voudrais pas revenir sur les deux premiers buts encaissés par la France, erreurs des latérales (débordements et placements). Quoi de plus normal après cinq matches en si peu de temps, et une dernière prolongation face au Japon où elles avaient été, comme leurs adversaires, dans le rouge.

Je revois encore Louise Fleury (attaquante) qui après deux dribbles pour se dégager donne son ballon en retrait, et surtout pas devant où inévitablement, elle aurait été sollicitée. Puis, quand le jeu se déplace sur la droite, elle a un geste que tous les joueurs connaissent quand on est à bout de souffle. Se baisser, toucher ses chaussettes, et souffler.

Il faut dire que les coréennes ont envoyé comme jamais. Il faisait 28° dans cette soirée. Un taux d’humidité de 68%. Un temps asiatique dans une partie du continent océanique dont elles connaissent les turbulences.

La seule qui a gardé toute sa capacité physique a été Delphine Cascarino qui a un coffre unique à cet âge, lui donnant, en plus de sa qualité technique intraseque, certainement l’opportunité d’être convoquée par Olivier Echouafni pour postuler à une place dans le groupe, voire dans l’équipe.

J’ai bien aimé le duo Hawa Cissoko et Estelle Cascarino qui ressemble fort au duo entre Griedge MBock et Aissatou Tounkara de la génération 2014. Avec ces quatre joueuses, la défense centrale française a de l’avenir mais il faudra qu’elles montent d’un cran pour justifier de deux places en équipe de France A.

Pour les récompenses, on voit à quel point elles sont aussi le jeu de stratégies continentales “égalitaires” dans le football féminin pour lesquelles la notoriété est l’élément moteur d’une récompense individuelle. Il reste que Delphine Cascarino (ballon de bronze) comme Mylène Chavas (Gant d’Or) méritent largement leur récompense. On aurait pu penser à mieux pour la capitaine lyonnaise.

Pour ma part, la fatigue de l’équipe de France a été trop prégnante et due à une condition physique coréenne rarement vue après deux prolongations. 

J’ai cependant une question qui m’interpelle. Comment se fait-il que les coréennes étaient dans un tel état de fraîcheur physique après avoir joué deux prolongations, l’une en quart (face à l’Espagne 3-2), l’autre en demi-finale (face aux USA 1-0) où elles sont allées au bout d’elles-mêmes ? Les françaises avaient fait une seule prolongation face aux japonaises et elles avaient joué la fin de la rencontre dans le rouge, comme leurs adversaires d’ailleurs.

Au lendemain de cette finale, je reste avec cette interrogation : comment une équipe puisse jouer physiquement comme les coréennes ont joué après deux prolongations et une telle intensité en finale ? Jamais vue auparavant.

L’Amérique descend graduellement des podiums.

Le seul mot des “Etats-Unis” dans le football féminin entraîne le respect des observateurs, l’inquiétude des coaches, et une extrême motivation des joueuses pour essayer de faire : “la performance d’une victoire”.

Gagner une fois semble être comme vaincre un sommet de l’Himalaya. On en parle pendant 20 ans, en sachant qu’on aura peu de chances de le refaire.

Il se peut bien que cette manière de voir les américaines fasse prochainement partie du passé.

Les “Stars and Stripes” commencent une courbe descendante qui se comprend d’autant plus que la place de numéro 1 ne peut qu’être maintien ou descente.

Il y avait déjà eu un coup de semonce avec le quart de finale des USA au Mondial U20 de 2014, vite récupérée par le titre mondial de 2015 pour les A.

Mais depuis, on a vu un tournoi en Mars 2016 “shebelievesCup” où les résultats se sont acquits au “fil du rasoir” face à des équipes qui n’avaient pas le temps d’absorber les difficultés du voyage (France, Allemagne, Angleterre).

Les Jeux Olympiques de Rio de 2016, terres de conquêtes privilégiées des américaines, ont montré une équipe “stars and stripes” sans grande différence, subissant le jeu construit et déterminé des suédoises, les éliminant en quart de finale.

Et, ce mondial U20 de Novembre 2016 a montré une équipe ordinaire, bousculée par les françaises lors de la première rencontre, ne tenant qu’avec le talent d’une jeune joueuse, Mallory Pugh et obtenant la quatrième place du tournoi, craquant face à deux équipes asiatiques : la Corée du Nord en demi-finale et le Japon pour le bronze.

Sans parler du Canada qui est partie de ce mondial avec des scores dantesques : Trois défaites sur trois matches. 1 seul but de marqué et 13 buts d’encaissés ! La performance de l’équipe de John Herdmann (Bronze JO 2012 et 2016) devenant encore plus prégnante.

A mon sens, il n’est pas aussi évident que les équipes américaines puissent trouver suffisamment de jeunes pour maintenir au plus haut niveau, leurs équipes.

L’Asie relève la tête.

Le Japon avait surpris tout le monde en mars 2016 en finissant troisième du tournoi qualificatif aux JO de Rio qu’elle organisait. Personne ne pouvait s’y attendre après un titre mondial en 2011, une finale Olympique en 2012, un titre d’Asie en 2014 et une finale mondiale en 2015.

La Chine de Bruno Bini lui avait joué un sacré tour, prenant avec l’Australie les deux places qualificatives.

L’Asie relève la tête avec une excellente équipe japonaise dans ce mondial des U20 qui finit sur la troisième place en battant les USA et dont Hina Sugita a terminé Ballon d’Or du championnat des U20, après avoir été sacrée meilleure joueuse U17 et meilleure buteuse au championnat du monde U17 de 2014 quand Mami Ueno, a terminé Soulier d’Or, avec deux autres joueuses à 5 buts chacune.

La Corée du Nord, en prenant le titre ne fait pas oublier qu’elle est dans le top 10 mondial depuis un certain temps, là classée 9è avec sa non qualification aux JO de Rio 2016, mais qui devrait ne pas rester à ce rang, d’autant plus si l’explication de sa victoire incroyable face à la France se trouve dans les qualités mentales liées au mot “revanche”.

J’ai rarement vu une équipe avoir un tel volume de jeu à 20 ans après tant de matches, notamment avec des prolongations, en si peu de temps ?

Quand on voit que dans la zone Asie se trouve, en plus,  l’Australie et la Chine. On peut en conclure que la zone Asie relève la tête en football féminin.

L’Europe, la France pour un leadeurship ?

Souvent, en France, on pense que le seul titre à obtenir est un titre mondial. D’autant plus avec l’organisation de la Coupe du Monde en 2019. C’est quasiment de l’obsession et peut-être de l’aveuglement. A défaut, le football féminin n’aurait plus d’oxygène.

Il se pourrait que la marche européenne soit la marche idéale pour la France. Souvent excellente dans les premiers matches et qui perd un peu pied plus les matches avancent, non pas spécialement au regard des conditions physiques ou mentales, mais car elles sont armées de si peu d’histoires, qu’elles n’auraient alors aucun esprit de revanche à formuler.

Dans le concert mondial, seul le Japon est passé directement d’une place dans le top 10 mondial à un titre mondial sans avoir de titres continentaux. Sinon, la plupart des équipes titrées ont d’abord reçu la consécration continentale : Etats-Unis (Championne du Monde 1991, 1999 et 2015, Gold Cup 7 fois), Brésil (finaliste JO et Mondial, Subamérica 6 fois), Allemagne (double championne du monde, 8 fois vainqueurs de l’Euro), Norvège (Championne du Monde en 1995 et euro en 87 et 93), Suède (finaliste JO 2016, finaliste 2003 et Euro 84).

La place européenne de 2017 est ouverte. 

L’équipe de France U19 a remporté quatre fois l’épreuve européenne (2003, 2010, 2013 et 2016). Seconde nation devant l’Allemagne (6). La dernière fois pour la Mannschaft s’est réalisée en 2011. Depuis, La Suède l’a gagné deux fois avec la France, les Pays-Bas, prochain organisateur de l’Euro des A en 2017, s’y insérant en 2014.

Toujours dans cette catégorie d’âge qui a le mérite de donner une lecture, année par année, quand celui des A ne donne rendez-vous que tous les quatre ans, l’Espagne a fait quatre finales (2012, 2014, 2015, 2016), l’Angleterre s’insérant en 2013.

Quand on se rappelle comment l’Allemagne a gagné son titre en 2013 face à la Norvège (1-0) avec deux penalties arrêtés par Nadine Angerer ce qui lui a valu les louanges mondiales et européennes avec, première mondiale pour une gardienne, le titre de meilleure joueuse mondiale 2013 et de concert, celui européen ;

On peut se dire que, l’ascenseur des générations faisant monter des joueuses pour en sortir d’autres, la place européenne de 2017 est ouverte.

Beaucoup d’équipes pourront obtenir le titre en 2017. L’Angleterre avec le bronze mondial de 2015, sans avoir pu participer aux JO de 2016 faute d’entente dans les composantes olympiques du Royaume-Uni. Laissant d’ailleurs sa place à la Suède, qui est revenue avec l’Argent Olympique en jouant un jeu très masculin, qui peut postuler après son bronze 2013. Comme l’Espagne qui bute en U19 depuis trop longtemps (quatre fois) pour ne pas avoir de qualités à exprimer en A, et que l’on a pu entrevoir avec des défaites courtes face à l’Angleterre (1-2) et la France (1-0) ; sans parler de la France qui n’a pas encore pu trouver la même qualité de talents offensifs que la génération 2010 a fait éclore (Gaetane Thiney, Louisa Necib, Eugénie Le Sommer, Marie-Laure Delie et ELodie Thomis). On ne peut pas terminer une presentation des outsiders europeens sans parler de la Norvège, vice championne d’Europe avec une Ada Hergerberg, pas loin d être la meilleure attaquante mondiale.

La propriétaire est pour l’instant l’Allemagne. Une carte importante reste dans les mains allemandes. L’habitude de compétitions très serrées en championnat (Wolfsburg est actuellement 5è, finaliste de la Women’s Champions League en 2016, double vainqueur en 2013 et 2014).

Rappelez-vous la finale européenne de 2016 entre l’Olympique Lyonnais et Wolfsburg. Les Louves allemandes avaient été totalement dominées. Pourtant, le match s’était terminé (1-1) avec un but à la 87′ d’Alexandra Popp et le gain de l’Ol pour son triplé s’était joué aux tirs au but (5-4).

Mon bilan est le suivant : sans tomber dans l’angélisme “Vive la France” que les jeunes joueuses aiment bien et que nombre d’acteurs du football féminin veulent très directement privilégier, la marche accessible pour la France me semble être la marche européenne bien avant celle mondiale.

Avec un état d’esprit de groupe qui fait sa force. Bien plus que sa technique. Les U20 nous l’ont montré. Je n’ai jamais vu une équipe de France aller aussi loin dans la souffrance que celle de ce Mondial U20. Il y avait comme “du France-Angleterre” de 2011 dans cette compétition.

Pour moi, la meilleure joueuse de l’équipe de France, cela a été “son esprit de groupe”. 

William Commegrain lesfeminines.fr