Trop de football tue le football ? Cette construction de phrase, facile, attribuée à tant d’hommes politiques qu’il est impossible d’en connaître le premier auteur, et qui a été le plus souvent utilisée pour toucher ce qui nous semble être prêt du coeur : notre portefeuille … avec la formule “trop d’impôts tue l’impôt”.

Après le Roumanie France du 8 avril 2016 (0-1), c’est un peu le sentiment qui m’habitait. Il me semblait que les françaises jouaient trop au football, dans une période de matches importants, et qu’elles n’avaient plus le dernier geste ou l’avant dernier qui sont maintenant nécessaires pour faire la différence au plus haut niveau.

Les joueuses, juste sorties d’un Juvisy-Ol avec des lyonnaises -souvent internationales- fatiguées, juste sorties d’un PSG-Barcelone avec des parisiennes qui avaient gagnées sur le fil ce quart de finale (0-0/1-0 à la 85′), juste sorties d’un tournoi international incroyable qui réunissait les USA, l’Allemagne et l’Angleterre (début mars) ; avec à l’esprit une future rencontre OL-PSG en Ligue des Champions (23 avril et 1er mai) pour une place en finale, seul objectif pour les deux clubs concernés, cette phrase me revenait sans cesse à l’esprit : “Les filles jouent trop au football de haut niveau.”

On pourra contester mon propos. On pourra le relativiser. On pourra le critiquer mais alors il faudrait donner une explication avec plusieurs arguments concordants qui puisse justifier que la 3ème nation FIFA, avec au moins un club en finale de Ligue des Champions, ne gagne que sur un but, (0-1), de plus octroyé sur pénalty grâce à l’expérience de Marie Laure Delie et à celle d’Elise Bussaglia (buteuse) face à la 39ème nation mondiale. Ce qui, dans la domaine du football féminin, est loin, très loin !

Si ce n’est pas de la fatigue psychologique, alors c’est inquiétant. La Roumanie est trop loin au classement FIFA pour justifier d’un score si serré et de si peu d’occasions.

Le résultat est là. La France est à deux doigts de se qualifier pour l’Euro 2017. 

Certes, il s’agit d’avoir pris trois points et d’être en tête du groupe 3 qualificatif pour l’Euro 2017 avec en ligne de mire, la qualification définitivement acquise face à l’Ukraine, au soir du 11 avril, si victoire il y a sur les terres de Valenciennes mais qui aurait douté de la qualification dans un groupe où la France (3è FIFA) a, entre 20 et 70 places de différences avec ses concurrents ? Ukraine (23è), Roumanie (39è), Grèce (65), Albanie (73è Fifa).

Le France-Ukraine demande une nouvelle version. 

Les statisticiens sont précis. La France ne marque plus dans le jeu depuis cinq matches. Remarquez, avec trois très gros morceaux (USA, Allemagne, Angleterre) et des matches au contenu de qualité.

Mais c’est en fait le véritable problème car c’est contre ses équipes qu’il faudra gagner pour justifier de la qualité du jeu français aux JO de Rio, sans parler de médailles qui se constatent plus qu’elles ne se réclament.

La France a une arme forte. C’est une excellente défense mais cette défense craque cependant sur au moins une occasion adverse. Le véritable problème, c’est qu’il n’y a pas de buts français pour compenser le risque d’avoir pris un but. Est-ce un problème d’animation ? Est-ce un problème de limites ? Est-ce un problèmes de malchances ? Est-ce les adversaires qu’il ne faudrait surtout ne pas oublier ?

Il n’empêche que c’est la réalité.

Deux écoles s’opposent : celle du jeu flamboyant avec ses inconnues, celle du jeu placé et ses qualités de répétition.

Ce qui est sûr et certain : la flamme du jeu féminin qui était de voir des initiatives originales est en train de disparaître du jeu féminin, tant au niveau de certains clubs que de sélections, ce qui oblige à une efficacité impériale. Pour moi, je l’ai souvent dit dès le début et je le répète : c’est trop tôt. Les féminines ne sont pas prêtes à cela.

Je ne sais pas si une équipe inférieure a gagné contre une équipe supérieure de cette manière ? Réduire le score, oui. Gagné ? je ne sais pas. Mais le grand perdant est quand même la notion de spectacle.

Maintenant, il ne faut présager de rien. C’est peut être voire certainement, la phase obligatoire à passer pour voir le résultat et un autre spectacle ? Les gens travaillent pour réussir. C’est une période difficile pour l’équipe de France. Elle a fait ses choix. Il faut lui souhaiter, dans la réalité et non dans les mots, qu’elle trouve le très bon équilibre à la réussite au mois d’Août.

Il y aura des adversaires coriaces. Mais même avec cet état d’esprit, il faudra de la flamme.

En fait, je ne vois pas le football féminin sans flamme.

William Commegrain lesfeminines.fr

Prochain match qualificatif : France-Ukraine. Lundi 11 avril. 21h00. En direct sur D17.