Cette fin de championnat met les pieds dans le plat de la réalité du football féminin professionnel.
D’un côté les joueuses réclament une convention collective qui ne se signe pas depuis trois ans, malgré la présence de la Ligue de football féminin professionnel.
Face à cette demande médiatisée, les clubs employeurs rappellent que le foot féminin est déjà encadré par les lois du travail comme celle de la Convention collective du Sport et mettent sur la table, l’effort d’investissement déjà réalisé dans le passé et à continuer, pour une activité économique qui ne s’équilibre qu’avec le concours des revenus du football masculin, déjà en berne des droits TV pour la France.
Quel est l’intérêt d’une convention collective ? une convention collective, source d’engagement, contractuel, qui se révise, année par année et dont pour certaines, -à comparer les C.Coll. entre elles- donnent des droits conséquents quand d’autres encadrent encore plus sévèrement le vide obligatoire de la Loi, d’ordre général.
Elle permet par une règle collective, de protéger les plus faibles n’ayant pas les moyens de négocier individuellement auprès de leurs employeurs, en donnant des droits particuliers pour des situations spécifiques.
Les employeurs, clubs de football féminin, largués dans le passé par la masse salariale explosive de l’égalité entre les hommes et les femmes, ont réussi difficilement à passer ce cap pour donner à certaines, des salaires qui feraient rêver un footballeur masculin (de 30.000 à 100.000 euros mensuel). Cette évolution subie est certainement l’épine dans le pied qui en fait un frein pour un nouvel engagement.
L’équilibre devra se faire dans les efforts des unes et des autres. Un consensus pas si facile pour un sport devenu un métier, qui se doit, comme tout métier, d’être régulé par une CC.
Tout est une question de niveau de hauteur du consensus.
Pour Dijon, la moutarde est bien trop piquante. Souvent bien placée dans le championnat de l’élite, voilà que son Président annonce quasiment son futur retrait. Club de National chez les hommes, 1er à ce jour, à deux doigts de la L2, il confirme que le budget féminin pèse trop lourd dans les moyens bourguignons.
D’abord, on ne peut que constater cette situation et regretter que la décision soit annoncée comme une situation factuelle, à trois matches de la fin de saison, faisant peu cas des femmes concernées comme des hommes de l’équipe.
Maintenant dans un système libéral dont les joueuses profitent pour leur rémunération lié à la qualité de l’offre face à l’importance de la demande, il reste libre de son choix et arbitrage.
Cela s’impose à tous, sinon mettons de la régulation, c-a-d de l’étatique, dans le système.
Deux idées farfelues
A défaut d’une CC, il faudrait insérer un accord obligeant les clubs à assurer deux années d’existence -et non pas seulement la saison en cours-. Chaque nouvelle année, engageant la suivante. Le désengagement devant se signifier l’année précédente.
Une année supplémentaire laissant aux actrices joueuses, le temps de trouver une solution en cas de désengagement, tout en donnant la liberté à l’employeur, de continuer ou pas, voire de trouver repreneur, en améliorant certains points, à sa section professionnelle de football féminin.
La seconde possibilité, compte tenu des écarts excessifs de rémunération des joueuses de 2000 à 75.000 euros serait de demander à celles gagnant au-dessus d’un plafond (voir la déductibilité fiscale) – de verser à un fond solidaire une contribution qui, serait la base (apport) d’un futur prêt de soutien pour les clubs et joueuses d’Arkema PL en difficulté.
En contrepartie de quoi, elles auraient des offres de services et de reconversion qui leur seraient réservées, leur garantissant un niveau social, financier, médiatique ou organisationnelle, compte tenu de l’effort collectif qu’elles auraient apporté à la structuration du football féminin.
L’idée étant d’agir collectivement : Si les propres joueuses ne mettent pas en place un système collectif, difficile d’être crédible quand on demande à d’autres, présidents de club, de jouer collectif alors que le système économique n’en donne pas les fruits.
Les américaines l’ont compris et ont mis beaucoup de plafonds (salaire, joueuses internationales dans un club) pour créer la concurrence qui fait son succès actuel (nouvelles franchises qui viennent s’additionner au fil des saisons, de 8 à 18 now). Elles ont socialisé leur système.
L’Angleterre a fait de même en 2017 en imposant des règles collectives.
La France a pris « la thune » avec un leader unique. Au constat actuel, les fruits français produits s’appauvrissent.
Sinon, tel quel, sans effort collectif -ce qui me vient sur l’instant-, le football féminin en France ne pourra avancer comme le souhaite les joueuses, que le couteau sous la gorge des Présidents.
William Commegrain Lesfeminines.fr