Ada Hegerberg ne sera pas à la Coupe du Monde. Est-ce possible ? Quand tu vois une photo comme celle de l’UEFA utilisée en première page, comment est-ce possible si vous êtes Norvégienne ou Norvégien de savoir que vous n’aurez pas dans votre équipe Ada Hegerberg, sacrée meilleure joueuse UEFA en 2016 et qui devrait recevoir le trophée FIFA de meilleure joueuse 2018 en fin d’année !

Ada Hegerberg, un moteur de puissance. 

Une joueuse de 23 ans incroyable. A cet âge, plus de 250 buts au compteur, qui a réussi dans chaque club où elle est passée. De Topserien en Norvège en étant la plus jeune joueuse de l’histoire à réaliser un triplé à 16 ans. De Stabaek (Norvège), en terminant la saison comme meilleure buteuse avec 25 réalisations pour 18 matches. Pour finir par l’Olympique Lyonnais, couverte par Lotta Schelin la première année (2015) pour réaliser en 2016, le même nombre de buts en Women’s Champions League que Christiano Ronaldo (15 buts).

Comment pouvoir l’accepter pour une équipe qui vit avec son histoire de championne du Monde 1995 et championne Olympique à Sydney en 2000, après avoir réalisé l’exploit de se qualifier directement pour la Coupe du Monde 2019 en France au nez et à la barbe des Pays-bas, championne d’Europe en titre (2017).

Comment Ada Hegerberg va-t-elle le vivre ? Elle, joueuse en France depuis 2014, star de l’Olympique Lyonnais sous contrat jusqu’en 2021. Au pied du stade où se joueront les demi-finales de la Coupe du Monde et sa finale, le 7 Juillet ! Peut-être et certainement meilleure joueuse mondiale 2018.

Ada Hegerberg est une norvégienne lyonnaise et pas une lyonnaise norvégienne.

La photo de l’UEFA est pleine de vérités. L’ovation qu’elle a reçu des fans norvégiennes lorsqu’elle est venue jouer mercredi son match de WCL contre Avaldsnes n’a pu que lui montrer que norvégienne elle est, et que norvégienne elle est aimée. C’est une évidence.

Pourtant après l’Euro 2017 où la Norvège avait réalisé une prestation nulle, elle avait décidé de ne plus répondre aux convocations de l’équipe nationale.

Son constat 2017 était juste.

Placée dans les favoris à la suite de sa finale de l’Euro 2013, les norvégiennes avaient mangé trois fois la poussière devant les Pays-bas (0-1), la Belgique (0-2) et le Danemark (0-1). La bulle dans ce groupe et la dernière place pour médaille du souvenir. Trois matches où on avait vu Ada se battre comme jamais pour renverser la situation mais dans l’impossibilité de faire quelque chose. Son constat lors du match amical de préparation contre la France avait été juste : “si on ne développe pas un jeu offensif, on arrivera à rien”. 

La Norvège n’était arrivée à rien. Cette décision prise à 21 ans avait tout de celle que prenne les jeunes. Elle était au fond d’elle, s’imposait, pour ne pas faire vaciller la vérité qu’elle ressentait d’un jeu de vainqueur avec l’Olympique Lyonnais. La victoire, c’était autre chose et cette jeune joueuse était en train de s’apercevoir qu’elle était née pour gagner et beaucoup moins pour subir. D’autant que le coaching de la Norvège avait été donné à un jeune coach suédois, Martin Sjögren, au jeu défensif excessif, bien loin d’Even Pellerud, l’homme providentiel norvégien des titres de 1996 et 2000 et de la finale de 2013.

Les deux parties sont sur leurs positions.

Inévitablement après la qualification de la Norvège (2-1) sur les Pays-bas, la question est revenue. Martin Sjögren, a dit qu’il ne contactera pas la joueuse et que c’est à elle de le contacter. De son côté, en 2017, Ada Hegerberg a supprimé de son compte Facebook et Instagram des joueuses de l’équipe nationale, comme la capitaine Maren Mjelde et une joueuse d’enfance Reiten.

Visiblement, il y a du vent qui souffle entre les deux parties.

A l’évidence, Ada et Martin ne partiront pas en vacances ensemble. Mais là, il ne s’agit pas de vacances. Les norvégiens sont les suisses de l’Europe du Nord. Vérité et consensus. Consensus et vérité. Les vérités ont été dites, il serait temps de construire un consensus.

Et si le temps calme se fixait en Norvège ?

On a bien vu plus compliqué dans le football féminin, et s’il le faut qu’elle demande conseil aux plus anciennes de ce sport. Ada Hegerberg dit qu’elle lit souvent pour compenser son manque d’études. Pour se faire son idée du monde par la lecture du Monde des autres qui écrivent. Dans les livres, une histoire comme cela, elle ne serait même pas éditée, tellement elle correspond au commun des histoires du monde.

Elle dit qu’elle discute avec son ami, sa soeur et sa famille avant de décider. Et surtout, elle dit qu’elle fait un gros travail sur elle-même pour situer ses priorités, ce qui la rend heureuse et pleine de confiance.

Elle a raison.

Trois matches de la Coupe du Monde ne la rendront pas plus heureuse. Sept matches, beaucoup plus. Pourquoi ? Non pas pour aller au bout de la compétition, mais tout simplement car elle est norvégienne. Et se battre pour son pays, pour ces filles qui vont rêver d’elle pour essayer de faire comme elle. Cela ne peut que rendre heureuse, quelque soit le résultat.

Alors que regarder le maillot rouge à la TV, trois jours voire plus en Juin et Juillet 2019. Sans y être. Cela ne peut que rendre malheureuse.

Alors un français de France, pense qu’Ada Hegerberg, certainement meilleure joueuse FIFA 2018 et sa soeur Andrine, ce serait bien de les voir en Rouge et Bleu au Mondial 2019.

A moins que Martin Sjögren dit qu’il n’en ait pas besoin.

Il serait temps d’arrêter de copier. Tout le monde n’est pas Didier Deschamps.

William Commegrain lesféminines.fr