6 Octobre 2021. Paris Roubaix féminin – Les premières sont américaines ! Trek Segafredo sert un café allongé de 28.465 € à la gagnante du 1er Paris Roubaix.

Les murs tombent et avec, les pavés. Une des dernières épreuves exclusivement masculines, Paris Roubaix, plus que centenaire (125 ans) s’est ouverte aux cyclistes professionnelles féminines, samedi dernier.

Les féminines, en sont sorties, les larmes aux yeux d’avoir vécu cette sensation intense, maquillées à la boue du Nord, sous une pluie continuelle, heureuses de se relever quand la chute était là, de continuer, de s’entêter, pour se dire, que « oui ! », elles l’avaient fait.

De ce spectacle où les sportives et sportifs vont au bout de leur mental, tellement l’injustice est grande entre celui qui reste sur ses cales quand l’autre déraille ; il en est sorti la première vainqueure, l’anglaise Elizabeth Deignan en 2h56’07, membre de l’équipe Trek-Segafredo. A ses côtés sur le podium s’est trouvée sa coéquipière et italienne, Elisa Longo Borghini à 1’47s quand la seconde place revenait à Marianne Vos, du plat pays sous les couleurs de la Jumbo-Visma. La première française pointait à la 8e place, à seulement 2’10. Il s’agissait d’Audrey Cordon-Ragot de la même équipe.

Une controverse a commencé à poindre son nez sur les réseaux sociaux concernant la prime accordée à la première, 1.535 € quand le premier de la course du lendemain, l’italien Sonny Colbrelli, repartait avec 30.000 €.

Une belle différence qui pouvait s’expliquer économiquement avec l’éternelle différence entre les revenus encaissés par les organisateurs lors d’une épreuve féminine comparée à celle masculine. Un argument qui s’écoute pour un organisateur local. Sauf que l’organisateur est A.S.O, qui signe le Tour de France, Le Dakar, le Marathon de Paris, le Tour Voile, le Lacoste Ladies Open de France.

Cela fait vraiment office d’une décision de comptable du bureau 121.24, face à sa feuille Excel, entre entrées, dépenses et coefficient de marge. Sans intégration de la problématique de l’image et des valeurs en 2021.

Pour elle, reviendra une prime finale de 1 535 euros, sur un prize money total distribué par ASO, l’organisateur, de 7 005 euros. La deuxième de la course recevra 1 135 euros et 760 euros, à celle qui complètera le podium. Les vingt premières classées de ce Paris-Roubaix 2021 seront récompensées financièrement. Les hommes ont un prize money de 91.000 € à se partager.

En plus 1.535 €, c’est quasiment un SMIC brut (1.589€47). Seuil minimum de paiement mensuel en France pour un collaborateur salarié. Il y a des chiffres qui ont une image. Celui-là n’allait pas surtout dans un sport où le mot effort est au centre des débats !

Même si la prestation est ramenée à deux heures de performance pour les plus « machos », on ne peut pas contester qu’être sur le Paris Roubaix d’une course, cela demande un entraînement mensuel conséquent comblant bien les 151h67 d’un mois de travail salarié !

En termes d’image et de réalités, le contenu et la somme n’allaient pas ! Surprenant quand on sait que ASO est la filiale du Groupe Amaury ; lui-même propriétaire du leader sportif l’Equipe.

Laisser les filiales autonomes c’est bien ; avoir une transparence commune de valeurs, pour une holding, c’est certainement mieux.

C’est là où l’esprit américain intervient.

Ouest-France, à travers la restitution d’EurosportUK, annonce que l’équipe Trek-Segafredo, a décidé de combler cette différence entre les femmes et les hommes, en attribuant la différence de 28.465 € à sa cycliste anglaise. Le fabricant de cycle américain, Trek n’ayant pas mis trop longtemps à convaincre Segafredo, le fabricant italien de café bien connu.

Une décision qu’elle appliquera toute l’année, pour les hommes (29) et femmes (14) de son équipe professionnelle.

Les limites de l’esprit américain

On le sait, les américains aiment donner aux vainqueurs. D’un autre côté, On ne sait pas si l’égalité se continue pour les sportives primées (jusqu’à la 20e place) ? Là, la 3e et 8e de la course.

On rappelle que l’UCI a demandé que le salaire minimum attribué aux féminines soit de 20.000 € annuel, pour être de 30.000 au minimum en 2023. La moyenne masculine étant, à ce jour de 40.045 €.

La réalité 2021

Il a suffi de peu d’actions sur les réseaux sociaux. Mais peu sont maintenant suffisants pour faire bouger les lignes de l’égalité entre les hommes et les femmes pour le public. Cette rapidité éloigne le mot “tendance” pour le remplacer par “vague”.

Les vagues, mieux vaut surfer dessus que de les combattre.

Reste le souci de l’équilibre économique. Si le public veut cette égalité en valeurs, c’est sans trop regarder le sport féminin en réalité. D’où le problème économique.

William Commegrain Lesfeminines.fr