Eugénie Le Sommer, née footballeuse

Eugénie Le Sommer est certainement la meilleure joueuse française en activité. Née dans un coin de France où le parfum est roi, c’est à l’autre bout de la France, en Bretagne, qu’on a l’habitude de la qualifier de Bretonne.

Des bretons, réputés têtus et obstinés, elle a le front. Large, franc, solide. Déterminée.

1m62 sous la toise, ce n’est pas grand pour une attaquante. On pourrait même dire qu’elle est petite. Personne ne sait par quel don de Dieu, quand elle se trouve sur un terrain de football, c’est une bombe qui s’exprime.

A-t-elle eu dans ses gênes et ADN, des ancêtres, investis au plus profond dans une action de telle manière qu’elle en ait la marque dans un chromosome ? Qu’est-ce qui fait qu’à cet âge, après un tel parcours de football fait de titres et reconnaissance, elle s’illumine encore de cette volonté d’être la meilleure dans ce sport. Un sport décidé au plus jeune âge, quand la maîtresse vous demande quel métier vous voulez faire et qu’appliquée, stylo en mains, vous écrivez de votre plus belle plume, les mots qui font votre rêve. “Footballeuse professionnelle”.

Elle devait avoir six ans. Un métier qui n’existait pas au féminin. Pourtant inscrit dans sa tête. Vingt-six ans plus tard, à trente deux ans, elle en vit plus que confortablement.

Elle le sait sans aucun doute. Si bien qu’elle participe à des actions de communication auprès des jeunes pour leur donner l’envie d’y rêver. Wikipedia nous le précise : “En septembre 2020, Eugénie Le Sommer devient marraine d’une collection de livres sur le football destinés aux enfants”.

Ce qu’il y a d’impressionnant dans cette joueuse, internationale aux cent soixante quinze sélections et quatre vingt six buts (record français), c’est sa réussite à ce nouveau challenge américain qu’elle a accepté. 

S’adapter à l’Amérique ! Opération réussie. 

Internationale reconnue, parcours commencée en 2009, elle connaît bien les Etats-Unis. Mariée depuis peu, installée en région lyonnaise depuis 2010, elle aurait pu continuer à utiliser ses miles réalisés avec les Bleues. A trente-deux ans, elle a accepté une remise en question comme une forme de challenge à réaliser, un obstacle à dépasser.

Elle a posé ses valises, certes dans la filiale américaine de l’OL, mais dans un monde inconnu, encore plus dans ce qu’il est dans son essence à elle : le football. Le football au quotidien avec un pays grand comme un continent qui compte plus de six heures de décalage horaire de Portland à Miami. Des rencontres espacées selon un calendrier désordonné. Une équipe qui s’investit dans son travail et se quitte sur le parking pour vivre, chacune, son aventure.

Elle aurait pu rater cette intégration. Pour une attaquante, le constat simpliste se focalise sur le nombre de buts. Aujourd’hui, le site de la NWSL indique cinq buts au compteur de la française quand la meilleure buteuse, de l’OL Reign d’ailleurs, en est à neuf.

Voyez d’ailleurs ce premier but !

Tout autant que les buts, en NWSL depuis mai 2021, elle a joué treize matches à compter de fin septembre, douze fois titulaires, réalisé dix sept tirs dont la moitié cadrés pour cinq buts. Elue meilleure joueuse de la dernière semaine. Un doublé récent face à Orlando. En comparaison Dzsenifer Marozsan, parties à trois avec Sarah Bouhaddi, n’a marqué aucune fois. Pourtant, élue trois fois meilleure joueuse de la D1F Arkema.

Un tempérament qui lui donne la qualité d’être la meilleure française en activité

A mon sens, aucune autre joueuse ne peut se permettre d’aligner un palmarès français et européen incroyable, associé à une excellente intégration aux USA. Sauf Amandine Henry.

Je ne suis pas sûr qu’elle connaisse beaucoup de mots anglais. Ce n’est pas un problème. La vérité américaine se juge sur le terrain, c’est exactement ce qui lui correspond.

Regardez le second but.

A chaque fois qu’elle a un obstacle, elle travaille pour le passer et le dépasser. Je suis quasiment certain qu’elle a en tête les occasions ratées, pour ne pas les renouveler.

Elle joue avec Megan Rapinoe, meilleure joueuse Coupe du Monde FIFA 2019, Ballon d’Or même année, double buteuse pour la médaille de bronze olympique de Tokyo ; la galloise Jessica Fishlock, 3e au classement des passes décisives, et Rose Lavelle, ballon de bronze au mondial 2019. Aucun doute pour ces joueuses d’expérience qu’elles ont la meilleure française du moment dans leur rang.

Cette fille est une championne. Mariée, épanouie, elle sait ce qu’elle fait au moment où elle le fait.

Pour les jeunes qui rêvent, elle est une inspiration.

Si vous réfléchissez, vous trouvez une des raisons à ce que l’Olympique Lyonnais ait eu autant de titres. Ce club a choisi des tempéraments leaders. Wendie Renard, Amandine Henry, Eugénie Le Sommer, Sarah Bouhaddi des joueuses leaders, à des échelles différentes, les faisant exister, par touches, en dehors du football féminin.

William Commegrain Lesfeminines.fr

l’OL Reign est positionnée, seconde du classement et qualifiée ou qualifiable pour les play-off à suivre.