Un match tendu, physique, mental. L’enjeu était réel : prendre une médaille d’Or dans un sport où l’Or a quasiment toujours été américain (1996, 2004, 2008, 2012) dans l’histoire récente du football féminin aux Jeux Olympiques.

Une rencontre CONCACAF contre l’UEFA, où les américaines ont vite montré que leur favori était sur le continent américain. Les canadiennes n’ayant pas de championnat professionnel, elles sont coéquipières et intimes des américaines.

Au final des 145′, il y aura de la joie canadienne avec l’Or, qui voulait changer la couleur de la médaille après Londres (2012) et Rio (2016) en Bronze. Il y aura une série de médailles incroyables pour la Suède : Argent à Rio en 2016, Bronze au Mondial 2019, Argent aux Jo 2020.

Avec toujours un regret. A chaque fois, elles ont été près de l’Or.

C’était l’occasion ou jamais pour les deux équipes

La Norvège avait pris l’Or en 2000 à Sydney ; mais 2000 c’est loin. Pour situer, l’année de la mise en place de l’Euro et le début de l’internet. Facebook n’existait pas encore. Vingt années se sont passées depuis.

En 2016, l’Allemagne a pris l’Or face à la Suède. Tout le reste est américain.

Nous sommes cinq ans plus tard, la Suède est une nouvelle fois en finale et, rien ne dit que la Suède sera une troisième fois, en finale des prochains jeux Olympiques. Même qualifiée. La sélection européenne se faisant au Mondial 2023, il faudra être dans les trois meilleures équipes européennes alors que l’UEFA pointe six équipe dans le Top 10 mondial.

Pour la Suède comme le Canada, c’était “l’occasion où jamais”. La formule est appropriée, à Paris 2024, elles sont loin d’être garantie d’être au niveau de la médaille d’Or et d’Argent.

Une finale qui ne pouvait donner que des larmes. Ce qu’elle a donné, avec le score (1-1, 3 tab à 2). Peut-on imaginer plus serré au niveau émotionnel.

La Suède, dominatrice

En marquant, Stina Blackstenius peut regarder le tableau d’affichage. Elles sont médaille d’Or depuis la 34′.

Dans cette première mi-temps, physiquement, techniquement, elles sont devant le Canada d’Ashley Lawrence. Cela a commencé par Fridolina Rölfo, récupérant un ballon d’un milieu de terrain canadien en difficulté, à l’image de Quinn – transfert des garçons vers les filles – qui montre ses limites à ce niveau. Son tir cadré du gauche oblige Stéphanie Labbé à une superbe horizontale (17′). Dans la foulée, Sofia Jakobsson, joueuse de vitesse, est montée sur Ashley Lawrence pour placer une rare tête que Stéphanie Labbé capte (29′).

En dehors de ces actions phares, le jaune suédois est dominateur dans ce premier acte. Avec le but de marqué, elles sont en Or.

La Suède pouvant d’autant plus y croire que le Canada n’arrivait pas à marquer dans le jeu. Des incursions, de la présence mais pas d’occasions.

Le Canada, sait lutter

Cela aurait été une autre équipe que la Canada, la Suède aurait marqué un second but et elles seraient reparties avec l’Or.

C’était le Canada, et le Canada aux Jo de Tokyo 2020 joué en 2021, c’est une défense de fer.

Le Canada s’est qualifié en quart face au Brésil aux tirs au but (0-0, 4-3) et un tir au but raté de Christine Sinclair, meilleure buteuse mondiale (187 buts). Elle n’en tirera plus un seul ensuite. En demi-finale, ce sera les USA sur un pénalty demandé par la VAR (1-0, 74′) transformé par Fleming qui craque. Dans les matches de groupe, elles feront deux matches nuls (Japon et Angleterre). Et donc les voilà avec une seule victoire dans le temps réglementaire et l’Or au cou.

A chaque fois, elles sont passées au mental.

Les canadiennes sont comme des boxeuses dans un ring. Elles prennent des coups en sachant qu’elles ne doivent pas en prendre plus d’un.

Le reste est du domaine de la statistique de football. Sur la durée, une équipe, même bousculée, a des occasions de buts à jouer. Il suffit d’en mettre un pour que le match s’équilibre, voir se renverse.

La VAR, meilleure amie du Canada

Il ne s’agit pas de limiter les qualités du Canada ou de réduire sa performance, future médaille d’Or de la compétition mais de rappeler des faits.

En demi-finale, il s’agit bien de la VAR qui glisse un mot à l’arbitre pour lui préciser, qu’à l’écran, une faute américaine est discutable même si en temps réel, elle est passée inaperçue. Une décision qui donnera le pénalty réussi de Fleming et la qualification en finale des canadiennes, en battant pour la première fois depuis vingt ans, son voisin américain.

En finale olympique, le scénario se répétera. Là encore l’arbitrage vidéo appelle l’arbitre pour une touchette de la future parisienne Ilestedt sur Christine Sinclair. Passée inaperçue en temps réel. Il faudra bien trois minutes pour que l’arbitre Anastasia Pustovoitova (Russie) se décide. Pénalty et Fleming le marque (66′). Pourtant, elle avait souvent laissé le jeu physique des deux équipes s’exprimer. Un pénalty pour une faute liée véritablement à l’application stricte de la règle.

Deux qualifications. Deux VAR. Deux pénaltys.

La partie change de camp

Ce pénalty encaissé sera ressenti comme une faute personnelle par les joueuses suédoises. A ce moment du match, elles font le décompte des occasions ratées, des dominations stériles. Sans nul doute, la tête vient prendre sa place dans cette finale. Une tête basse du côté de la Suède. Une tête haute du côté canadien.

Ce sont elles qui prennent le jeu. Qui agressent, qui bousculent. Jessie Fleming, petite, prend vingt centimètres de taille et se bat sur tous les fronts. Rose, rentrée, fait du Viviane Asseyi, face à sa défenseuse. Le physique l’emporte. Le Canada est devant. Ashley Lawrence, montée, a une balle de but que son gauche centre trop, et trouve une Nathalie Björn, sur la ligne.

Pendant les quinze dernières minutes, le Canada pense à l’Or. La Suède subit.

La prolongation est intense.

Les joueuses sont remplacées. Le règlement en permet cinq, plus une, pendant les prolongations. La moitié d’une équipe. Peter Gerhardsson en changera trois dans les 90′ (6-Magdalena Eriksson (2-Jonna Andersson 75′) ; 16-Filippa Angeldal (5-Hanna Bennison 75′), ; 10-Sofia Jakobsson (8-Lina Hurtig 75′). Trois autres suivront pendant les prolongations (106′, 106′, 120′). L’anglaise Bev Priestman intégrera quatre joueuses dans son équipe. A la mi-temps ( 5-Rebecca Quinn (7-Julia Grosso 46′) ; 16-Janine Beckie (9-Adriana Leon 46′)) et une suivante à la 63′, Nichelle Prince (6-Deanne Rose 63′) plus l’entrée de Jordyn Huitema à la place de la capitaine Christine Sinclair blessée (83′). Deux autres suivront par 2-Allysha Chapman (8-Jayde Riviere 93′) ; 11-Desiree Scott (4-Shelina Zadorsky 120+2′)

Il y avait dix-huit joueuses de disponibles sur la feuille de match. Il ne restera que les deuxièmes gardiennes des deux camps sur le banc. Toutes les forces canadiennes et suédoises ont été utilisées.

Une occasion ratée est-elle un regret ? Dans ces conditions Lina Hurtig a mal dormi la nuit passée. Deux têtes lui échappent, dont une face au cadre. Jordyn Huitema a la sienne.

Les regrets restent les regrets. C’est fini. L’arbitre siffle la fin de la recontre. Les joueuses ont tout donné. Maintenant, c’est un duel face à des gardiennes.

La suède effondrée après les tirs au but. Crédit Fédération suédoise.

Les tirs au but

Un petit détail aura son histoire. La gardienne canadienne, Stéphanie Labbé, joue en Suède à Rosengard. L’Ol ou le PSG de la Suède. Là où joue la plupart des joueuses suédoises qui sont restées au pays.

  • Kosovare Asllani (Real Madrid) s’élance. Plat du pied. Labbé (Rosengard) est bien partie mais un peu tard. But ? Non, poteau ! Fleming (Chelsea) s’avance. Troisième pénalty. But ! (0-1)
  • Björn Nathalie (Everton), défenseur prend le deuxième tir. La suède alignée souffle. But ! Ashley Lawrence (PSG) gauchère s’élance mais tir du droit. Arrêt de Lindahl (Atletico Madrid) (1-1)
  • Schough (Djurgårdens IF Dam) prend le ballon. But ! Vanessa Gilles (Bordeaux), seconde française envoie une mine. Transversale ! (2-1). La Suède passe devant.
  • ANVEGARD Anna (Everton) doit valider. Tir. Stéphanie Labbé stoppe le tir ! La jeune LEON Adriana (West Ham) peut égaliser. Elle s’élance. Second arrêt de Lindahl. Toujours (2-1) pour la Suède
  • Si Caroline Seger, capitaine de la Suède marque, l’Or est pour la Suède. Seger a joué partout. Tout le monde la connait. Pour la France, elle a porté le maillot du PSG et de l’OL. Avec ses 36 ans, elle détient le record des sélections suédoises. La joueuse suédoise aime rire etchanter en dehors du terrain. Sur le terrain, elle est froide et insensible. Sur ce tir, il y a un détail. Elle joue à Rosengard et Spéthanie Labbé en sourit. Elle connait la joueuse. Sans nul doute, dans ce regard qu’elle adresse, elle lui envoie le message de la vérité. Amies. Caroline Seger ne la regarde pas. Elle s’élance. Plat du pied. Trop fort. Hors du cadre ! Rose s’élance pour le Canada. Elle place son tir. But (2-2) tout est à refaire.
  • Andersson vient au ballon. Deux joueuses suédoises viennent de rater leur tir dont la capitaine. Elle place un tir sans conviction. Labbé fait son deuxième arrêt. Tout bascule. C’est au Canada de rêver à l’Or. Grosso, entrée à la 46′, place sa balle. Elle a 20 ans, joue aux USA. Pour elle, il n’y a pas de pression à supporter. Elle veut l’Or. Tir placé. Lindahl touche la balle et la voit entrer !

Le Canada prend l’Or ; la Suède prend l’Argent comme à Rio.

Il y aura de la joie canadienne qui voulait changer la couleur de la médaille après Londres (2012) et Rio (2016) en Bronze. Il y aura une série de médailles incroyables pour la Suède : Argent à Rio en 2016, Bronze au Mondial 2019, Argent aux Jo 2020. avec toujours un regret. A chaque fois, elles ont été près de l’Or.

William Commegrain Lesfeminines.fr