Dans le tournoi olympique qui par principe, ne se joue que tous les quatre ans. Dans son pays, le Japon, bien qu’elle vive en Floride depuis que ses parents ont quitté l’Ile. Alors qu’elle a eu l’honneur symbolique d’allumer la vasque olympique, Naomie Osaka  est sortie en huitième du tournoi de tennis par la Tchèque Marketa Vondrousova (6-1, 6-4).

Rapidement, trop rapidement avec son classement mondial féminin (3e mondial) ; encore plus quand tout l’environnement porte à une victoire de rêve : au Japon, un tournoi olympique, une image et une source d’inspiration pour une jeunesse en quête !

Tout cela tombe à l’eau. Le sac est top lourd à porter pour la joueuse de 23 ans. Un trop plein.

Qui pourra affirmer aujourd’hui qu’une sportive ou un sportif de haut niveau est intimement liée à son mental ?

Naomie Osaka, 1.82, élevée à l’idée de vaincre, dans son sport individuel qu’est le Tennis, a touché la première place mondiale pendant les six premiers mois de l’année 2019 (28 janvier-23 juin).

Un sport qui ne fait avancer l’athlète qu’avec la défaite de l’autre. Et donc, se résume à être une course à la victoire.

Cette course peut devenir si évidente, si courante qu’elle fait perdre à l’athlète le sens du danger, de l’émotion. Un piment absolument nécessaire pour ne pas ressentir une indigestion de victoires.

L’indigestion est le fait de manger à l’excès d’un seul plat.

Naomie Osaka semble vivre une période d’indigestion. Elle ne veut plus vaincre, la victoire ne lui apportant plus de réelles satisfactions.

On lui demandait des victoires. Elle a fait des victoires. Ses titres sont nombreux, deux fois l’US Open (2018 et 2020) et celui d’Australie (2019 et 2021).

On lui demandait d’être première, elle l’a été à l’idéal dans ce monde financier. Courant 2020, le magazine Forbes l’a déclaré sportive féminine la mieux payée au monde, dépassant Sérena Williams, avec un peu plus de 37 millions de $.

Naomie Osaka est autre chose qu’une machine à gagner

Née japonaise et Haïtienne, une double culture extrême. L’une faite de respect et d’obligation, l’autre, ouverte aux sens des choses de la nature. En harmonie et non pas en opposition.

Visiblement, cette jeune femme de 23 ans, voit son côté émotif exploser dans son comportement et attitude.

Trop longtemps canalisé.

Elle prend partie, de manière déterminée, au mouvement Black Live Matter, apparaissant avec un masque renvoyant ce message. Dans le monde feutré et individualiste du tennis, elle ne trouve ni preneuse ni suiveuse.

A Roland Garros, elle prend une position émotive surprenante en se disant trop touchée par les commentaires de presse, leur reprochant surtout de poser des questions identiques, sans intérêts. La règle lui vaut une pénalité de 12.000 € ; en réflexion par rapport à sa position, elle préfère abandonner le tournoi au second tour. Pour éviter les conflits.

Rien de bien dramatique sauf qu’elle sort des codes de la pratique. Révélant même l’hypocrisie de la situation. Comme toute jeune qui se rebelle face à une situation qui attaque ses valeurs. Une presse sans grand intérêt pour les sportifs, mais essentiel à la merchandisation du sport et à la réussite financière.

Dans un monde où elle est joueuse de tennis ; elle veut devenir Naomie Osaka.

L’image des sportifs, comme des Demi-dieu

Manuel Dupuis, psychologue sportif depuis maintenant vingt ans, analyse l’attente des autres, du sportif de haut niveau. Selon lui, “le sportif de haut niveau c’est un demi-dieu. C’est du moins l’image que l’on veut véhiculer, comme s’il n’était pas un véritable être humain”. Cette image, qui nous vient du sportif de la Grèce antique et de la mythologie, poursuit encore les athlètes d’aujourd’hui malgré une réalité tout autre.

Le monde entier suit à cette idée. Le père de Naomie Osaka, haïtien, a poussé ses deux filles dans le tennis professionnel, avec l’exigence qui va avec. A la manière du père des sœurs Williams, une forme de réussite à suivre. Une situation devenue excessive dès lors que la personnalité de la joueuse semble demander d’autres univers pour s’équilibrer

Aujourd’hui, la jeune femme vit un trop plein.

Avez-vous remarqué à quel point elle semble triste alors qu’elle a le privilège incroyable d’allumer la vasque olympique dans et pour son pays d’origine !? Son expression corporelle ne révèle aucun signe de bonheur, c’est une obligation au quelle elle répond.

Une « dépression » que beaucoup de sportifs et sportifs semblent avoir vécu. Sérena Williams, le confirmant en commentant la décision de Naomie lors du dernier Ronald Garros.

Aujourd’hui, un joueur comme Benoit Paire, critique, se sauve et se bat pour jouer et être, avec son tennis, entre les obligations et ses émotions.

Dans le sport de haut niveau, où l’exigence est extrême puisqu’il s’agit d’être les meilleurs, on ne peut grandir qu’en équilibrant les deux mondes : la raison de gagner et son humanité.

William Commegrain Lesfeminines.fr