C’était un dimanche grand beau où les français ont eu le plaisir de sentir, pour quasiment une première fois, la chaleur d’un soleil d’été chauffer une peau qui ne demandait que cela. Les terrasses étaient bombées, les dames avaient sorti leur beau chapeau, les décolletés resplendissaient, rires et groupes se formaient. On avait comme le sentiment de la fin d’une guerre.

Chacun était heureux d’avoir sa table, regardant de temps à autre la longue file d’attente, ne manquant pas de leur faire comprendre le bonheur qui les attends. Partager un moment convivial avec des amis, amies, connus et inconnus, sous un soleil d’été.

C’était le 30 mai 2021. C’était le jour de la Fête des Mères.

Au Groupama Stadium, stade bâti par le Président Aulas aux couleurs de l’Olympique Lyonnais, le sport féminin attendait un spectacle entre l’Olympique Lyonnais, -au palmarès plus long qu’un bras construit de 2007 à 2020- face au Paris Saint Germain, lancé en 2012, dans un projet devenu incroyable après les quatorze titres consécutifs gagnés par les “fenottes”. Une quête qui avait eu de plus en plus au fil des années, le goût de l’impossible : prendre le titre de championne de France.

Fin 2012, dès la première année, Philippe Boindrieux, directeur financier du club de la capitale, alors en charge du projet féminin au Paris Saint Germain, avait lâché ces quelques mots quand les joueuses de Farid Benstiti, s’étaient imposées à Juvisy pour un premier objectif : être second au championnat et prendre l’Europe au club de l’Essonne : “le seul problème de ce projet, c’est que nous avons l’Olympique Lyonnais dans notre championnat.” 

Les lyonnaises avaient déjà cinq titres, prenait le sixième. Huit saisons plus tard, elles en étaient à leur quatorzième. Un rouleau compresseur.

Ce dimanche, elles jouaient à domicile. L’avance d’un point du Paris Saint Germain était fragile. A une journée de la fin, une victoire et le 15e était en poche.

Les filles du Paris Saint Germain se sont battues comme des beaux diables pour que cela ne soit pas le cas. L’Olympique Lyonnais a mis son cœur sur le pitch pour que cela le soit.

Un combat physique

L’Olympique Lyonnais a joué la carte du combat dans un football féminin qui ne le fait quasiment jamais.

Il n’a pas fallu plus de 5” pour que le premier contact se fasse. Engagement de la jeune Macario, balle en retrait pour Amandine Henry, longue tranversale à destination de Delphine Cascarino plutôt connue pour sa vitesse que sa détente verticale. L’internationale lyonnaise doit aller chercher cette balle. Perle Morroni en face vient au combat. Les deux joueuses se percutent. La lyonnaise met son poids dans ce combat. La latérale restera au sol, sonnée. Il lui manque de la taille.

Cascarino ne viendra pas, dans un geste habituelle, toucher le corps de la joueuse, abandonnée au sol, alors que l’adversaire plante ses dents de douleurs dans la verte pelouse du football.

Delphine aura un haussement d’épaules. Juste un combat physique.

Accepté par l’arbitre, Stéphanie Frappart. Star du sifflet féminin, œuvrant dans le monde professionnel masculin.

L’image se répétera tout au long du match. Entre Carpenter (OL) et Baltimore (PSG), Marozsan (OL) et Paredes (PSG), Macario (OL) et Dudek (PSG) et que dire de l’envol de Sandy Baltimore sur un tacle de la canadienne Keidesha Buchanann.

D’une telle puissance qu’elle décolle de trois mètres pour aller percuter Olivier Echouafni, le coach parisien surpris, obligé à une roulade arrière inédite, pourtant calé dans sa zone technique. La Tom pouce parisienne a fait du Thomas Pesquet dans le ciel lyonnais.

Diani n’en revient pas. Une lyonnaise sur la parisienne en dehors de la ligne de touche. Limite rugby. photo PSG féminine.

En Europe, dans le football féminin, c’est du rarement vu. Voire du jamais. Une fois dans le match, “oui” mais tout au long d’un match, c’est plutôt “non”.

L’Olympique Lyonnais a imposé un combat physique auquel le Paris Saint Germain a répondu. Elles ont su subir et c’est la raison pour laquelle, 95′ après, elles sont toujours leader de la D1FArkema et à un match d’être championnes de France, si elles l’emportent contre Dijon.

Une intensité de feu dans le jeu lyonnais

Il y avait longtemps que nous n’avions pas vu les “fenottes” faire un match que font les joueuses de vingt ans. C’est parti de partout. A chaque fois, chaque joueuse du onze concocté par Sonia Bompastor, tenait ce ballon pour lui donner une impulsion incroyable en faisant les trois à cinq mètres qui font la différence.

Obligeant les parisiennes à faire des courses latérales pour les bloquer. Se mettre au niveau de leurs intentions. Espérant que sur la durée, elles craquent sur l’impact et l’intensité proposée, imposée, développée.

La deuxième carte ne fonctionnera pas. Si les parisiennes sont toujours leader après les 95′ de jeu ; c’est qu’elles avaient le physique pour subir cette intensité des ex-championnes d’Europe. Sept fois titrées.

Le Paris Saint Germain, aurait pû et dû gagner cette rencontre.

Le PSG, devant sur les occasions. Le Paris Saint Germain pique la défense lyonnaise. En première mi-temps, elle n’arrêtera pas de le faire. Les commentateurs appellerons cela : “des contres”.

Nous sommes à la 4′, Baltimore perce sur son côté gauche. Elle arrive aux limites du terrain, suivie par Carpenter et Renard mais toujours avec la balle. Subtile louche qui lobe Bouhaddi, la gardienne lyonnaise. Elle vient de trouver Kadidiatou Diani, quasiment seule dans la surface. Précipitation de l’attaquante parisienne. Son tir n’est pas un tir. Bouhaddi l’attrapera dans la foulée. Plongeon, balle assurée qui reste dans ses mains.

Nous sommes à la 11′. Un mouvement vertical s’est fait à gauche. Perle Morroni, pas plus qu’un mètre soixante, a mis du kérosène dans la mobylette. Elle traverse le terrain lyonnais comme si elle se promenait sur les Champs. Une infiltration en diagonale. Une passe qui trouve Baltimore. La Tom pouce de la partie, face à Wendie Renard, une des plus grandes joueuses du football féminin international prend sa décision dans l’instant. Tir, cadré. Correct, Sarah Bouhaddi est présente. Balle captée dans ses gants.

Dix minutes seulement se sont passées et déjà deux occasions parisiennes.

Si le stade avait été rempli du souffle des fans lyonnais. On aurait perçu leur manque d’oxygène. Le besoin d’air. Normalement, c’est le contraire avec l’OL.

On en est qu’au début. Les cages offertes sont refusées aux parisiennes. 23′, Diani est lancée. Bacha est en retard. La meilleure joueuse de la D1FArkema a l’avance pour que les battements de notre cœur explose. Tir, défendu. La balle revient à Däbritz ou Bachmann, un gauche. Balle contrée. 38′, Diani est encore trouvée en profondeur. Peu inspirée en efficacité après plus de quinze jours d’arrêt. La parisienne la joue collectif. Bachmann attend le ballon. Bouhaddi anticipe le centre. Dans ses gants. 45′, Baltimore, passée à droite, centre pour Bachmann. Sur son gauche. tentative de reprise. Dans les airs des gradins vides du Goupama.

Et il en est de même en seconde mi-temps. Bruun, future lyonnaise, ne sera pas heureuse dans cette rencontre. à la 63′, elle aura une balle de break. Extérieur. Le PSG aurait pu et du gagner cette rencontre.

Bruun aura une belle occasion à la 63′.

L’Olympique Lyonnais se contentera d’une belle tête d’Henry sur un centre de Macario. Endler sera à la parade. Dans ses gants. Karchaoui aura aussi sa chance à la 40′. Tir trop enlevé. Extérieur. Les occasions lyonnaises se termineront sur une tentative hors surface de Majri. Tir écrasé. Endler, future lyonnaise, se couche tranquillement dessus.

Il restera la tension de la 93′. Endler se couche sur un mouvement qui abouti à une balle dans la surface où Majri à le temps d’avance pour la taper face au cadre. Endler se couche, au combat. Elle s’impose. L’occasion restera une émotion.

Paris Saint germain aurait pu gagner la rencontre. Les lyonnaises reconnaitront leur très bonne saison.

En 2021, le PSG a été meilleur que l’Olympique Lyonnais.

Rien n’est pour autant terminé.

Le PSG mérite ce titre. Il va falloir comptablement l’obtenir.

Il lui restera à faire un gros match en recevant Dijon. Ce ne sera pas un match facile. Il a même tout du match piège.

On l’a vu. Endler et Bruun, ont signé à Lyon pour la saison prochaine. Elles ont fait un point d’honneur à faire le match pour défendre les couleurs du PSG.

Dijon n’acceptera pas d’être le dindon de cette rencontre. Elles joueront leur match.

Affaire de filles. Affaire d’orgueil.

Division 1 Arkema – 16e journée (match en retard)
Dimanche 31 mai 2021 – 21h00
OLYMPIQUE LYONNAIS – PARIS SAINT-GERMAIN : 0-0
Décines-Charpieu (Groupama Stadium)
Match joué à huis clos
Temps dégagé (21°C) – Terrain excellent
Arbitres : Stéphanie Frappart assistée de Manuela Nicolosi et Elodie Coppola. 4e arbitre : Maïka Vanderstichel

Avertissements : Sandy Baltimore 35′, Irene Paredes 57′, Ashley Lawrence 67′ pour le PSG

Lyon : 16-Sarah Bouhaddi ; 12-Ellie Carpenter (23-Janice Cayman 78′), 21-Kadeisha Buchanan, 3-Wendie Renard (cap.), 4-Selma Bacha ; 10-Dzsenifer Marozsán, 6-Amandine Henry, 7-Amel Majri ; 20-Delphine Cascarino (28-Melvine Malard 70′), 13-Catarina Macário, 26-Sakina Karchaoui (5-Saki Kumagai 70′). Entr.: Sonia Bompastor
Non utilisées : 1-Dolores Gallardo, 17-Nikita Parris, 18-Alice Sombath, 24-Jodie Taylor

PSG : 16-Christiane Endler ; 12-Ashley Lawrence, 14-Irene Paredes (cap.), 4-Paulina Dudek (5-Alana Cook 74′), 20-Perle Morroni ; 11-Kadidiatou Diani, 8-Grace Geyoro, 13-Sara Däbritz, 21-Sandy Baltimore ; 22-Signe Bruun (23-Jordyn Huitema 65′), 7-Ramona Bachmann (10-Nadia Nadim 81′). Entr.: Olivier Echouafni
Non utilisées : 1-Charlotte Voll, 18-Laurina Fazer, 28-Jade Le Guilly, 33-Océane Hurtré