Le concours d’éloquence : une belle initiative !

Dans le silence des médias mais dans l’importance des mots, des joueuses de la D1F Arkema se sont affrontées, au siège de la fédération, pour défendre un point de vue : un concours d’éloquences.

Plus que des mots, l’éloquence est l’art de convaincre ceux qui partagent son point de vue, en les rassurant sur leurs arguments. Une pointe d’émotions dans un univers de raisonnement. Une question qui sait toucher la sensibilité de l’auditoire et les arguments s’alignent les uns après les autres pour que l’orateur, dans sa conclusion, ne conclut pas autre chose que ce que sont venus à penser ceux qui l’écoutaient.

Et il y aussi l’éloquence en convainquant ceux qui ne le voulaient pas. Bousculés, triturés, entre leur raisonnement et vos mots, une porte s’ouvre, s’agrandit et la raison de l’autre abandonne, change, s’adoucit, se transforme, laissant la place à l’idée nouvelle. Reconnaissant sa défaite. Intégrant la nouvelle idée, se demandant s’il la fera sienne. Lui laissant le temps de l’intégration.

Les éloquences de l’Histoire, de cette dimension, j’en vois deux : Robert Badinter qui fait voter par l’Assemblée Nationale la loi contre la peine de mort alors que les électeurs des mêmes députés étaient en majorité contre. Dans la même veine, Simone Veil renversant la même assemblée en faisant passer le droit à l’IVG pour les femmes.

L’éloquence, il faut en avoir envie. Il y a une part de soi dans le message que l’on veut transmettre, mais pas que ; sinon l’autre ne se projette pas. Il faut prendre le risque d’aller vers les autres, d’utiliser leurs pensées, de jouer avec, pour les amener à soi. A soi qui n’est pas soi puisque c’est une opinion à partager. L’humilité est l’ultime arme dans ce combat. Laissez la place à l’idée quand c’est soi qui lui donne ce corps de rêve que l’esprit des autres s’accaparent.

La bonne éloquence finit en point d’interrogation. Elle laisse les autres partir avec cette sensation qui fait, que, un peu, beaucoup, le regard de l’autre va changer.

Au mieux, il modifiera son comportement. Là, on est au graal du résultat. C’est comme gagner une coupe du monde. Aussi difficile, personne n’aime avoir tort et changer son comportement voire son attitude. Dans la réalité, une lumière s’est allumée. Et déjà, c’est énorme.

Ecoutez-les sur ce lien you tube. Elles ont fait quelque chose de bien.

 

Le grand oral du bac : un parallèle intéressant

J’ai d’autant apprécié cette prestation des joueuses que la réforme du baccalauréat oblige les jeunes de 17-18 ans, à s’exercer à argumenter une opinion. Un travail de titan que de demander à des adolescents, à qui le système ne leur a autorisé que de se taire, d’aller plus loin que la mono syllabe “oui ou non” ou de la réponse “ping pong” qui correspond au mot juste, au mot clé, car c’est lui qui donne le point.

En plus, face à une classe, les jeunes appréhendent non pas l’instant mais la réaction de cet instant sur les réseaux sociaux, plus tard, dans leur monde et univers. Ils ont peur du défaut, du détail, des mots qui s’entrechoquent, des bégaiements dans la phrase en cherchant le mot-clé qui fera le point mais dont ils sont dans l’incapacité d’expliquer, en décrivant son avant et son après.

Tout le travail d’une année, c’est de voir que la jeune fille avec les cheveux couverts va, à la fin de cette année, accepter d’étayer sa position, même si elle bute, même si elle doit s’obliger à regarder la foule et non pas le professeur, même si elle cherche cette idée qu’elle connait si bien et qui, à cet instant s’échappe, lui donnant l’impression d’un désordre qui n’existe que pour elle. Que ce grand qui a fait zéro à l’élection des délégués, tout fier cependant de pouvoir dire à son père qu’on l’avait nommé éco-délégué, absent et absent mais pas “c**” et qui a l’oral, prend de l’assurance dans ses arguments et sujets. Tête droite plutôt que penchée. Et cette Tom pouce qui vous fait un son qui a tout d’une qualité de journaliste. Simple, clair, volant, se promenant, pour nous capturer.

S’adapter, s’autoriser des erreurs, avoir envie de communiquer un point de vue qui nous tient à cœur, accepter le regard des autres et prendre plaisir à convaincre. En sachant qu’il va y avoir dialogue et contradiction.

C’est la partie la plus difficile de cette épreuve que ne donne pas le concours d’éloquence, monologue, que personne ne contestera.

L’épreuve du baccalauréat demandera à l’adolescent d’être capable de répondre à un argument contraire du jury.

Cette confrontation avec les adultes, il va falloir convaincre en étant convaincu d’avoir raison et d’accepter que l’avis des autres vienne bousculer cette opinion mais en même temps, la fasse vivre !

C’est par la question des autres que l’on sait si l’éloquence a été bonne. Le sujet a intéressé. Il bouscule l’autre qui s’y intéresse et le triture pour savoir s’il va l’intégrer ou non.

L’éloquence c’était une super initiative de la fédération, que j’ai d’ailleurs montré à cette classe qui passe la première de l’histoire dans ce qui n’est que la seule épreuve au bac. Un saut dans l’inconnu.

Le Grand Oral du bac, bousculé par le Covid et peut-être la meilleure idée depuis longtemps de cet univers qui change à chaque printemps.

La tâche est difficile. Donner confiance à l’autre. Surtout quand il y en a trente.

Incroyable de voir qu’avec l’écrit, le sempiternel absent y plongera sans souci.

Avec l’oral, tous et toutes sont loin de s’y prêter facilement.

A 16 ans, j’étais capable de discuter. Etais-je en capacité d’argumenter ?

William Commegrain Lesfeminines.fr

Vous l’avez compris, pour ceux qui ne le savent pas, je suis prof pour une partie de ma vie professionnelle.