En cette fin de saison, bref rappel sur les joueuses du mois. Le tableau d’honneur mensuel de la D1F Arkema, a publié la liste des journalistes appelés à s’exprimer et sélectionner (voir liste publiée par la FFF pour information). Le contenu d’un indicateur que je découvrais.

Je n’avais pas prêté attention à cette récompense. Pour des raisons collectives, je la trouvais surprenante. De plus, associée à la vidéo des buts féminins, rien ne transperçait à l’écran. Un geste qui donne envie de ne pas rater le suivant. Quelque chose d’artistique. Visiblement, on mettait en valeur des buteuses, pas d’autres gestes ou intentions qualitatives.

Cette liste m’a réellement fait sourire tellement elle a un côté cubain des années 80, désignant les personnes habilitées par un pouvoir fédéral. Je pensais à un vote de joueuses, coaches, fans. Les actrices qui donneraient un crédit à l’indicateur. Là cela m’a donné le sentiment d’une publication royale. Un édit, sans sang royal. Une dictature n’aurait pas fait mieux.

Si les intervenants, pour la plupart, sont légitimes. Pour d’autres -sans aucun doute- ils sont filiales d’une stratégie fédérale-. Ce qui pose la question de la réalité des articles exprimés à l’égard de ce système ; et donc la qualité des compliments exprimés de tous les côtés. Non pas que cela soit gênant démocratiquement, un système pyramidale n’est jamais adepte de démocratie autre qu’électorale. Mais c’est beaucoup d’efforts stratégiques quand l’enjeu et la performance ne l’ont pas justifié.

Une évidence, le marché du public n’a pas répondu après le mondial 2019

Le football féminin est resté bloqué sur le quai de l’innovation et de l’artistique. On cherche  les millions de personnes venues au Mondial 2019 et qui se sont envolées depuis devant leur téléviseur. “Dis-pa-rue” a chanté Jean-Pierre Mader. Un air qui butte sur les vitres fermées des responsables fédéraux. Au chaud. Ecoutant le bruit de la rue, comme le souffle d’un air qui caresse l’instant. Sans importance. Pourtant quel échec marketing en terme de statistique. De millions on est passé des milliers.

Heureusement, la règle qui impose les clubs masculins à avoir une section féminine pour monter de division gonfle des chiffres. On oblige les clubs, sinon sanction. Le développement se fait à coup de règles. De cahier des charges. Toute l’intelligence et les actions se basent cette arme contractuelle et juridique. Les soupirs d’aise s’entendent quand chacun remplit son office contractuel. Et en face, sur le plan qualitatif, rien n’apparait. C’est le néant qui semble s’annoncer. Rien sur le Beau, tout sur le nombre.

Une méthode qui a un côté militaire assez développé. Les clubs deviennent des sergents recruteurs, à l’image de ceux envoyant aux USA, les soldats de Lafayette dans l’Histoire. Un truc qui n’a jamais marché, mais il y a longtemps que ces femmes croient être plus fortes que l’Histoire. A marche forcée.

Pour qu’au final, personne ne regarde. Ou si peu. Des chiffres d’audience proches de la descente islandaise de 2008 faisant perdre 90% à ses actifs financiers dans la journée ou la crise de 1929, pour ceux qui font référence à la plus médiatisée.

Un premier exemple, d’après footofeminin, site de référence pour donner des informations précises, aucune TV française n’a encore fait l’acquisition des droits français de la finale européenne entre le FC Barcelone et Chelsea (16 mai). Il faudra certainement un coup de fil pour que cela se fasse. Un coup de fil. Là encore, une intervention. Mais le marché ne le demande pas. Les chiffres attendus n’y seront pas. Pourtant, sur le plan féminin, c’est du Top.

Un autre exemple, la photo prise pour montrer la hargne défensive de Marion Torrent doit dater de 2015. Un Paris Saint Germain – Montpellier pour une rencontre entre le 2e et le 3e peut-être. Voyez le monde autour du terrain ! Aujourd’hui, même sans covid, vous serez content avec un premier rang.

D’un côté, des intérêts l’en empêche de décoller. D’un autre côté, la bourgeoisie féminine en vit. Contente. Dans son monde.

Et peu importe que les vérités n’apparaissent pas. D’ailleurs, c’est la règle chez les bourgeois. La performance pour tous n’est pas la règle.

Je pensais que le contenu de l’indicateur était différent, mais là, qui se tape tous les matches de la D1F (6x 1h30) pour y donner une raison. Une journée entière. Le tout en bénévolat. Il y a beaucoup de chances pour que les propositions soient celles, à l’image d’un Président de Conseil d’Administration qui demande à son conseil de voter. Tout le monde sachant que cela signifie agrément.

Peut-être que j’ai tort. J’espère que j’ai tort. Que l’indicateur est juste. De toute manière, ce n’est que du football féminin mais enfin, pourquoi ne pas penser autrement la valorisation des joueuses. Est-ce que, puisque c’est du football féminin, on fait comme les autres. Les hommes. Alors, ne soyez pas surpris qu’on trouve cela moins bien, ennuyeux, sans consistance. C’est une autoroute de la comparaison que vous ouvrez. Et on le sait, la comparaison ne peut pas être en faveur de la gente féminine si on lui donne les mêmes indicateurs et messages.

Ne voyez rien de personnel. Je regarde ponctuellement certains matches pour maintenir et confronter mon observation avec la réalité. Mais alors cet édit ministériel, j’ai adoré.

Il manque une reconnaissance des défenseurs.

Sinon, à regarder les nominés et en voyant l’importance de la tactique dans le jeu féminin, dans ce cadre, à mon sens, mais très modestement, il manque la reconnaissance des défenseurs. Je vois plusieurs raisons de mettre en valeur le système défensif :

  • Les matches se resserrent, elles sont mise à l’œuvre.
  • cela mettrait en lumière d’autres clubs que les leaders du championnat.
  • En effet, il est plus facile de défendre que d’attaquer.
  • Si la pénurie offensive limite les possibilités des douze clubs de la D1F. En général, la volonté défensive est là, le plus souvent. C’est la qualité mentale première des joueuses.
  • Enfin, on reproche au football féminin de rater les occasions ; c’est l’occasion de voir des actions défensives de qualité.

Défenseur, un poste où on se révèle aussi tard

La défense, un axe du jeu qui a permis à plus d’une joueuse de briller dans sa reconversion. Au plus haut, on peut indiquer Laure Boulleau, latérale gauche du Paris Saint Germain et consultante sur le Canal Football Club. On doit aussi associer Jessica Houara D’Hommeaux, latérale droite du Paris SG et Olympique Lyonnais. Je crois que Margot Dumont, joueuse du GPSO Issy 92 était attaquante. Comme Candice Prévot. Sabrina Delannoy, elle était aussi défenseur. Une majorité de défenseuses. J’ai oublié Laura Georges, intervenante chez BeIn. Sans critiquer les autres, je trouve que Camille Abily parle bien du football féminin. Elle est particulièrement juste dans ses commentaires. Elle a encore le regard du milieu de terrain. Une passe devant, une passe derrière. Ses émotions vont dans les deux sens.

La défense est présente en reconversion. Elle a fait briller plus d’une joueuse.

Marion Torrent (Montpellier), capitaine occasionnelle de l’Equipe de France, a gagné ses trente huit sélections sur cette qualité défensive qu’elle a surexploitée. Débutant avec le maillot bleu en Septembre 2017 au moment du brassage par Corinne Diacre des joueuses françaises, lançant ainsi son mandat (2017-2022) de sélectionneuse. Elle avait 25 ans.

D1F- 3J - PSG-Montpellier HSC. Credit PSG.FR lesfeminines.fr

D1F- 3J – PSG-Montpellier HSC. Credit PSG.FR lesfeminines.fr – Marion Torrent, à terre-  ne lâchant pas Cristiane du PSG.

De même, souvenez-vous de la parisienne Sabrina Delannoy, capitaine du Paris Saint Germain, entrée tard en Equipe de France à 26 ans, en Octobre 2012. Mise en lumière à la suite de la transformation du Paris SG en structure totalement professionnelle. Défenseure centrale. Elle finira avec 39 sélections. Cette lumière en Bleue, après près de 200 matches en D1F féminines, lui a permis de renforcer une après-carrière. Elle interviendra comme consultante à l’Euro 2021, avec Julien Brun.

Pour ce que j’ai vu, n’ayant pris le temps que pour regarder les matches du Paris Saint Germain ce qui montre ma limite d’observation, Perle Morroni est une absente qui aurait mérité une présence.

J’ai trouvé Paulina Dudek digne d’un honneur. Vanessa Gilles, devenue internationale canadienne avec Bordeaux me semble aussi à gratifier. Pour l’Ol, soumis à une gestion de banc, Sakina Karchaoui comme Buchanan peuvent apparaître dans une présentation mensuelle ou annuelle. Que dire de l’impact d’Irène Paredes au PSG ? Et j’imagine qu’il y en a d’autres, sans rappeler Wendie Renard, essentielle.

Impossible, cela n’existe nulle part ! 

J’ai trouvé ce football féminin français extraordinaire au début des années 2010. Il était différent. En grandissant, désolé mais quel ennui ! Il ne fait que copier ce que le football masculin propose ! A-t-on le tort de le dire ?

Le processus a été de suivre celui masculin pour une raison essentielle. C’est là que se trouve l’argent et le pouvoir. Les responsables avaient un boulevard pour créer une différence, c’est devenu un “copie-collé” du système masculin. A croire qu’elles ne croient pas à la différence féminine et que par goût ou/et analyse, le seul chemin à suivre est celui des hommes.

Bizarre quand on sait leur sensibilité intime personnelle et dommage. Ou alors on tombe dans le stéréotype des années 2000. Un monde réservé, des femmes aux sensibilités d’hommes. Une quasi exclusivité. Cela fait deux stéréotypes pour l’Europe féminine. Copier structurellement le football européen ; copier les usages masculins. On va plus vite mais on crée une autoroute de la comparaison. Et les autoroutes, il arrive qu’on ne les prennent pas tout simplement car, il y a une autre autoroute plus sympa, plus rapide et plus animé.

Vous l’avez compris. A mon sens, il faut créer de la qualité et non pas de la quantité et ouvrir une route différente de celle du football masculin.

Créer. Autre chose. J’adore le projet Angel City des stars de Los Angeles. Initié par Lisa Baird, responsable du développement de la NWSL américaine. Arrivée depuis peu, elle décoiffe cette femme.

La sélection mensuelle FFF

Le vote de la sélection des journalistes est soumis aux comptes sociaux (twitter, facebook, Instagram). Sur cette sélection, les réseaux sociaux interviennent dans les cinq jours de la présentation des joueuses sélectionnées.

La tendance est très marquée pour mettre en avant les buteuses.

  • Septembre 2020 : Rose Lavaud (Dijon) et Ellie Carpenter (Lyon, défenseur), Kadidiatou Diani (Paris SG)
  • Octobre 2020 : Khadija Shaw (Bordeaux), Clara Mateo (Paris FC), Sandy Baltimore (Paris SG)
  • Novembre 2020 : Kadidiatou Diani (PSG), Nadia Nadim (PSG), Marie-Antoinette Katoto (PSG)
  • Décembre 2020 : Marie-Anoinette Katoto (PSG), Amel Majri (OL), Khadija Shaw (Bordeaux)
  • Janvier 2021 : Khadija Shaw (Bordeaux), Wendie Renard (OL, défenseur), Sh’nia Gordon (Dijon).
  • Février 2021 : Sandy Baltimore (PSG), Maëlle Garbino (Bordeaux), Solène Durand (EA Guingamp, gardienne).
  • Mars 2021 : Irène Paredes (PSG, défenseur), Melvine Malard (OL), Melissa Herrera (Stade de Reims)
  • Avril 2021 : Marie-Antoinette Katoto (PSG), Melissa Herrera (Stade de Reims), Grace Geyoro (PSG)
  • Mai 2021 :

L’UNFP (Union Nationale des Footballeurs Professionnels)

L’UNFP a aussi crée son tableau d’honneur du championnat. Il est plus significatif.

On peut lire les conditions des nominations sur le site du syndicat des joueurs et joueuses. “Les listes des nommés comportent cinq noms chacune, définis par les votes de leurs pairs. Ces joueuses, joueurs, entraîneurs, arbitres qui ont donc voté chacun pour élire les meilleurs acteurs de leur championnat respectif.”

Si la joueuse ne voit l’impact de son adversaire que lorsqu’elle s’oppose. Pour autant, les joueuses des différentes équipes échangent entre elles. Elles ont une idée de la qualité de prestation faite chez les autres. Encore plus, puisque tous les clubs étudient les adversaires sur vidéo. Elles ont donc le passé récent des joueuses qui défilent sous leurs yeux.

Cinq joueuses sont proposées : Grace Geyoro, Kadidiatou Diani, Marie-Antoinette Katoto, toutes les trois du Paris Saint Germain associés à Delphine Cascarino (OL) qui vient d’annoncer son objectif d’obtenir le Ballon d’Or dans les années à venir et Khadija Shaw (Bordeaux).

Les espoirs sont les suivants : Sandy Baltimore (PSG), Ellie Carpenter (OL), Melvine Malard (OL), Kessya Bussy (Stade de Reims), Julie Dufour (Bordeaux).

Pour les gardiennes, sont nommées : Sarah Bouhaddi (OL), Christiane Endler (PSG), Phallon Tunis Joyce (Reims), Constance Picaud (Le Havre), Anna Moorhouse (Bordeaux).

A noter que la gardienne du Havre est intégrée dans cette liste de cinq sur douze. Pourtant dernière du championnat, ce qui donne du crédit à sa sélection dans les vingt trois et plus (cause Covid) de Corinne Diacre.

William Commegrain Lesfeminines.fr