Sonia Bompastor prend les rênes de l’Olympique Lyonnais, et tous l’encense. Est-il permis de s’interroger quant à sa réussite future ?

Jean-Luc Vasseur a été au bout de la maturation du football féminin. Peut-être trop tôt ?

J’émets deux réflexion. La première trouve sa raison dans la volonté de Jean-Luc Vasseur de transformer le jeu de l’équipe lyonnaise, dans le Top quatre mondial, en cassant cette verticalité que les meilleures équipes masculines ont fait depuis longtemps. Les actions sont posées, maitrisées. Chacun est dans un rôle bien défini et la finalité se trouve plus dans la gestion collective de l’opportunité que dans l’initiative individuelle. On voit que la tactique est omniprésente.

Manchester City (1-2), en 1/2 finale aller face au PSG de la Ligue des Champions 2021, ne dirait pas autre chose quand on voit que l’équipe de Guardiola termine vainqueur d’une rencontre que personne ne lui aurait donné au vue de la première mi-temps.

Il n’a pas réussi dans ce schéma, avait-il tort ? Jean-Luc Vasseur est un diplômé récent du BEPF. Le diplôme suprême contre lequel on peut être en droit d’en contester l’influence mais dont il serait une erreur, d’en minimiser la qualité du contenu tactique. C’est sa première force.

Vasseur a cherché quelque chose que -peut-être- les joueuses, même lyonnaises, n’avaient pas la capacité de produire avec confiance et réussite. Trop tôt. Les joueuses ont perdu confiance dans l’efficacité de cette tactique.

Quand le coach olympien voyait une victoire (0-1 au Parc des Princes, en 1/4 de finale aller de la WCL 2021) et cela le satisfaisait totalement ; les joueuses retenaient le contenu. Une victoire au goût et à la réalité d’un “hold-up”. Elles avaient le même goût amer que les observateurs du football féminin. Nous étions encore amateur dans notre perception quand lui voulait donner à l’OL, le rang de “professionnels”, volontairement écrit au masculin.

Sur ce constat, je pose la question suivante : était-ce un choix ? Ou était-ce une obligation compte tenu que les joueuses n’avaient plus la même capacité d’imposer un pressing qui étouffait, de la 1ère à la dernière minute son adversaire et dans le cadre plus général d’une section féminine qui veut puiser dans son Académie, faute de raisons raisonnables d’investir plus sur un marché européen qui pousse fort à l’inflation.

Sonia Bompastor, vient avec un autre concept. 

Je me souviens de Sonia Bompastor, dans un entraînement en Equipe de France, préparatoire aux Jo 2012 ou à l’Euro 2013. Le groupe faisait des fractionnés autour du terrain. Une série. Du début à la fin, elle n’a eu qu’une volonté : être en tête. La seule qui essayait de s’y opposer, Camille Abily. Les deux lyonnaises “se tiraient la bourre”. Elles touchaient le “rouge”, mais elles ne baissaient pas la garde. Aujourd’hui, personne ne s’entraînerait ainsi.

Sonia Bompastor ne se cache pas de demander plus d’intensité, à la recherche de l’émotion comme de la puissance lyonnaise, qu’elle qualifie d’ADN.

Sonia Bompastor réussira-t-elle avec un schéma et des conceptions d’un passé de joueuse ? La capitaine lyonnaise ayant annoncé sa fin de carrière à Clermont, dans les coursives du stade Gabriel Montpied, lors de la conférence de presse de la finale de Coupe de France gagnée contre Saint-Etienne (2013).

Huit saisons, c’est beaucoup. A l’examen du groupe de 2013, sont présentes en 2021 : Sarah Bouhaddi, partante durant six mois pour l’OL Reign ; Wendie Renard ; Amandine Henry et Amel Majri ; Eugénie Le Sommer et Saki Kumagai. Des joueuses qui connaissent déjà très bien l’ADN de l’OL.

A l’inverse, le reste du groupe est fait de jeunes joueuses, nouvelle génération, “NETFLIX, Uber, deliveroo, pizza et cheese-burgers”, françaises comme étrangères, dont le passé commence en EDF U19 de 2016, la Coupe du Monde U20 de 2018, le mondial de 2019 et les titres habituels gagnés. Voilà leur ADN. 2013, c’est sur Wikipédia. Sandrine Soubeyrand, (198 sélections) l’a certainement vécu quand elle a repris le Paris FC -ex-Juvisy- en 2019. Elle commence juste à toucher les premiers bénéfices de son travail de coach. Au niveau où elle évoluait en tant que joueuse.

Ils connaissent plutôt la nouvelle coach comme responsable de l’Académie de Football. Un autre rôle auprès des jeunes, qui d’ailleurs n’a donné que Selma Bacha dans le groupe de l’OL. Les jeunes ne passaient pas le “cut” du niveau.

Il faudra qu’elle trouve sa place dans cet univers.

Les résultats à venir de l’Olympique Lyonnais ne le montreront pas. On sait la différence qui existe entre les championnes de France et leurs adversaires du championnat quand elles ne jouent pas le Paris Saint Germain. La rencontre entre les deux leaders de la D1FArkema interviendra à la 21e journée. Les lyonnaises devraient avoir repris des couleurs.

Il faudra voir avec quel dynamisme viendra le PSG d’Olivier Echouafni pour ce qui devrait être la finale du championnat.

Peut-être que Sonia Bompastor devra constater une réalité de l’Olympique Lyonnais 2021 ?

Être moins fort que le Paris SG, car le temps passe tout simplement. Le monde change et le football féminin, à la différence du football masculin, change bien plus vite que son grand frère.

Déjà, le niveau des adversaires.

William Commegrain Lesfeminines.fr