En direct sur W9- mardi 21h- stade Océane- Le Havre. La France reçoit les USA. 

En un éclair, les françaises et les anglaises ont posé un genou à terre avant que l’arbitre n’ouvre les débats dans leur rencontre amicale de vendredi dernier. Le geste est connu.

Ce soir, en plein procès du meurtre de Georges Floyd, sans aucun doute, les vingt-deux actrices et le banc mettront un genou à terre.

Megan Rapinoe, 35 ans

En football féminin, l’américaine Megan Rapinoe a institutionalisé le geste, repris depuis par les joueuses. La meilleure joueuse FIFA 2019 et Ballon d’Or de France Football, diplômée de sociologie et de sciences politiques a utilisé l’impact du football pour en faire le conducteur d’une opinion qui sorte de la langue de bois institutionnelle que le pouvoir et ses enjeux oblige. Elle sait prendre des risques puisque son initiative remonte à 2016. “Elle se joignait alors au mouvement de contestation contre les violences policières faites aux Noirs, initié par le quaterback star des 49ers, Colin Kaepernick. Lequel s’est ensuite fait traiter de « fils de pute » par Donald Trump et n’a plus rejoué depuis trois ans, blacklisté en National Football League (NFL), la toute-puissante ligue de football américain.” nous dit l’AFP.

Depuis en Juin 2020 sur une demande du Conseil des joueuses dont Alex Morgan et Ali Kieger font partie, la fédération américaine a abrogé l’obligation de se tenir debout pendant l’hymne national : « Le conseil d’administration a voté [mardi] après-midi pour abroger la règle 604-1, qui obligeait nos joueurs à se tenir debout pendant l’hymne national. » Dans la même foulée, l’américaine avait annoncé qu’elle n’irait pas à la Maison Blanche en cas de victoire au Mondial 2019, en raison de la politique de Donald Trump.

Ce qu’elle a fait pour proposer ensuite, sur le ton de l’humour mais avec les mots qui convient, sa candidature comme vice-présidente à Joe Biden. Une demande qui a séduit l’américain, toujours sensible à l’ambition justifiée des acteurs économiques, se terminant par une après-midi à la Maison Blanche. Photos comprises.

De la même manière, elle s’est affirmée dans une positions sociale donnant force et identité médiatique au mouvement des LGBT, après avoir affirmé son identité sexuelle, dès 2013. Sur une photo, vous serez toujours interpellé par sa couleur “purple” ou autre. Mitraillée dans un match, elle sait l’impact d’une photo qui reste la vérité du temps passé. Le moteur de recherche “google” fourmille de ses images.

Ne voyez pas autre chose dans le geste “Auguste” qu’elle a fait pour saluer ses buts en Coupe du Monde 2019 que la France recevait. Les caméras du monde entier lui ont donné corps. Un peu plus d’1 milliard de personnes qui ont, un instant, même un court instant, vu cette américaine, connue des seuls spécialistes lorsqu’elle est venue jouer à l’OL (2013), devenir une icone mondiale.

La célébration de Megan Rapinoe avec Alex Morgan. Crédit FIFA.

Sur le plan des affaires et du droit, Megan Rapinoe est une des animatrices de la demande de réparation faite auprès de sa fédération pour les sélectionnées américaines. Une demande qui dépasse les 50 millions de dollars, pour l’instant en stand bye judiciaire, avec une balance qui penche du côté fédéral mais dont l’intérêt est de trouver un consensus : on ne se prive pas de joueuses internationales au palmarès des américaines (quatre médailles d’Or aux JO, quatre titres de championnes du monde, numéro 1 depuis le classement de la FIFA), pour une fédération qui existe essentiellement, par et avec son football féminin.

D’ailleurs le Président avait sauté en mars 2020. Exit Carlos Cordeiro le 13 mars 2020, pour avoir “indirectement validé” des arguments déposés par leurs avocats, justifiant l’inégalité de rétribution des joueuses. Dans un document remis à un tribunal de Los Angeles saisi d’une plainte pour discrimination, la fédération avait justifié l’écart salarial par “l’hostilité” plus grande du public adverse lors des matches de football masculin. Coca-Cola, principal parraineur, avait vivement critiqué l’argument. “Nous sommes extrêmement déçus des propos inacceptables et offensants tenus par US Soccer”, avait écrit le groupe.

Le Président américain s’était fendu d’un tweet : “Je n’ai pas eu l’occasion d’examiner le document dans son intégralité avant qu’il ne soit transmis, et j’assume ma responsabilité de ne pas l’avoir fait. Si je l’avais fait, j’aurais objecté à ces termes qui ne correspondaient pas à ma profonde admiration pour nos joueuses féminines ni à nos valeurs

Les USA que les jeunes Bleues rencontrent ce soir vont jouer au football.

Mais les USA, c’est aussi cela.

Alex Morgan, 31 ans. Star des médias.

Sans parler d’Alex Morgan. Une intelligence exceptionnelle comme attaquante. Celle qui est bénie des Dieux en marquant le but vainqueur face à l’Angleterre, le jour de son anniversaire, en 1/2 finale de la Coupe du Monde, pour ses trente ans. Une photo qui fera le tout du Monde. Juste magnifique.

Sans oublier l’incroyable Carli Lloyd, 300 sélections au compteur. Un seuil incroyable qui n’est pas loin de la mettre sur la lune. En sélection depuis 2005. La joueuse qui a réalisé un triplé en finale 2015 du titre Mondial repris par les américaines au Japon. A 34 ans, elle devenait meilleure joueuse FIFA la même année et renouvelait l’exploit en 2016.

Les USA, c’est du football mais c’est aussi tout cela.

Une équipe américaine qui ne peut pas se permettre de perdre si elle veut garder son aura et son pouvoir. Après un match nul (1-1) contre une très forte équipe suédoise, proche de celle qui a obtenu avec talent, la 3e place mondiale, les américaines ne peuvent pas sortir battu de leur voyage en Europe.

D’autant que tout le monde a remarqué qu’elle marque souvent sur pénalty. Jouant la faute adverse. Une tactique qui est proche de celle des vétérans.

Si elles perdent contre la France. Une France jeune, très jeune même, mais pas sans talent. Il faudra qu’elles apprennent à gérer l’expérience pour cet objectif historique : doubler le titre mondial avec celui des JO.

Le match répondra à la question : faut-il être dans une dynamique de jeu comme le seront les françaises ? Ou le fait d’avoir très peu joué comme les américaines, est une faiblesse quand l’âge se confronte à la vitesse ?

William Commegrain Lesfeminines.fr

PS : Les internationales américaine jouent très peu avec leur club, même si certaines sont allées en Angleterre. Elles sont à la disposition de la fédération qui les paient et les réunis souvent dans des périodes de stage longs.