Le football féminin, un football organisé.

Les Bleues s’installent dans le jeu du marteau. Un jeu comptabilisant le nombre de centres et de décalages sur les côtés pour qu’au final, il y ait des ballons qui finissent au fond des filets.

Ce système a un côté tayloriste bien dans l’air du temps, oublié dans les années 1970 et revenu silencieusement dès les années 2010, donnant la parole à la machine -l’ordinateur- et aux statistiques.

Les passionnés du chiffre auront compté les 3/4 des ballons sur les côtés pour un petit 1/4 au centre à se partager entre Diani, Bilbault et Geyoro. Elisa de Almeida et Marion Torrent, défenseurs à droite, ont du toucher plus de 20% de ballons de cette rencontre quand Delphine Cascarino, attaquante à droite, n’en a hérité que d’un petit 5%. Un mouvement un “petit peu répétitif”, sans résultat au score d’ailleurs. Les buts étant venus d’un coup franc à gauche et d’un centre d’Eve Perisset, rentrée et dépositaire d’un ballon reçu bien plus au centre.

Une répitition ayant un inconvénient dans son manque d’intérêt émotionnel à moins de posséder au fond de soi, des envies de violences assez développées. A l’évidence, l’émotion n’a pas été au RDV de cette rencontre. Sans condamner les joueuses qui ne peuvent pas accepter cette réserve avec la dépense physique et mentale que génèrent un match international. Il n’en reste pas moins que c’est la vérité du spectacle.

La répétitivité fait perdre le moment du talent. Mouvement engagé sur la droite, centre. Perforation sur la gauche, centre. Le centre étant là pour reprendre. Une habitude s’installe dans le jeu, elle conditionne notre perception. L’inattendu devient impossible à capter. On ne le voit plus en tant qu’acteur, au mieux la joueuse réagit en décalage. La liaison et le lien perdent de leur spontanéité. Dans un jeu de passes comme celui du football, l’action devant le but s’étiole au fil de sa construction. D’un moment de grâce, on confie le match à un mouvement d’horloger. C’est le danger de la répétitivité. Quelle surprise d’ailleurs de ressentir une émotion quand les Bleues percent la défense de la Nati par un jeu de passes verticales en milieu de seconde mi-temps. Enfin, quelque chose d’inattendue.

Après cette rencontre, si la joueuse a tout donné, le téléspectateur se pose la question : le football féminin est-il un spectacle ou un sport ? Le sport se salue par la victoire mais paie mal. Le spectacle par l’émotion ; l’artiste est alors très bien payé.

En football féminin, la répétitivité a sa vérité sportive si elle n’a pas celle du spectacle

Et la victoire de la France face à la Suisse en est l’exemple. Sur la durée des 90′, compte tenu des différences qualitatives entre les nations faute de pratiquantes, les adversaires craquent.

Dès lors que le système défensif est meilleur que celui offensif des adversaires ; ce qui est très souvent le cas, très peu d’équipes ayant des joueuses pouvant porter un contre à plusieurs face aux Bleues – ; le résultat doit finir par une victoire.

Votre gardienne a touché trois ballons au meilleur des cas et le compteur des victoires prend une unité de plus. Ramona Bachmann, capitaine de la Suisse, n’a jamais trouvé de partenaires qui pouvaient la suivre dans ses contres ; Pauline Peyraud Magnin n’a eu qu’un superbe arrêt à faire dans la rencontre. Trois belles occasions pour les Bleues, Diani, Renard et Geyoro. Cela fait peu pour avoir le cœur et les sens interpellés.

Hier avec un groupe bousculé, fait de jeunes sur le terrain dans les vingt dernières minutes, les Bleues ont logiquement remporté sans contestation son match face à la Suisse -19e mondial- (2-0, Renard, Morroni). Deux buts de défenseures d’ailleurs. La première, meilleure buteuse des Bleues sur le terrain avec 26 unités au compteur et 123 sélections ; la seconde pour son second but et six sélections. La mission du moment est remplie. Brigitte Henriques et Noël Le Graet, en course pour le renouvellement de leur mandat électif, le confirme.

Il reste que l’ennui a été présent pour ceux qui le regardait. C’est ainsi, il fallait avoir une bonne envie de rester. Plus personne ne se contente de prendre du plaisir à voir des femmes toucher un ballon. Les gens sont passés à autre chose. Ils attendent plus du spectacle féminin et s’intéresse peu au sport féminin.

D’autant que pour les Bleues, elle seront marquées longtemps au sceau éternel de la question : titre ou pas titre ? Une question sur toutes les lèvres comme celle d’un futur vainqueur français à Roland Garros ? Une sorte d’ADN sportif qui colle aux Bleues.

Les Bleues toujours évaluées avec l’idée d’un titre.

Les Bleues doivent vivre avec cette question légitime. Un titre. Titrée chez les jeunes en U17 et surtout U19, médaillée en U20 ; à l’instar de la Corée du Nord, la France est la seule équipe du Top 10 mondial à n’avoir jamais gagné une compétition officielle (Euro, Jo, Mondial) voire pris une des trois médailles en jeu alors qu’elle est 3e mondial depuis 2015 et n’a jamais été plus loin que la 6e place mondiale depuis 15 ans. Championne du monde des matches amicaux, sortie en 1/4 de finales des sept dernières compétitions internationales depuis 2013.

Pour toute personne accompagnée qui découvre le football féminin ; inévitablement, elle sera surprise des commentaires et sentiments des observateurs. Chaque match est vu dans cet optique. D’autant que l’Olympique Lyonnais rafle tout en Europe et que le Paris Saint Germain n’est pas loin de s’y coller. Les jeunes Bleues devront apprendre à être évaluées, estimées, pesées selon cette unité potentielle. Le titre.

Cette mission sera-t-elle remplie en compétition internationale ?

Est-il possible à une équipe féminine, en cours de compétition, de changer victorieusement de style. D’un jeu placé, pour aller vers une verticalité quand -au niveau d’un titre-, les adversaires se trouvent au même niveau athlétique, mental et technique que votre équipe ? Les filles ont cette qualité d’adhérer facilement à des demandes tactiques ; elles ont l’inconvénient d’être rarement performantes dans les deux domaines. Au fil du temps, avec le jeu “contrôle-passe”, elles perdent le talent de la différence.

La seule qui l’est : Wendie Renard. Capable d’être performante dans les deux domaines. On voit bien, au défilé de la rencontre, que sa passe, son mouvement, son action, ses intentions sont différente des autres. Il faut que les autres se mettent à son niveau. Pas facile.

D’où la recherche de Corinne Diacre de joueuses au jeu totalement différent. Qu’y-a-t-il de commun dans le jeu entre Charlotte Bilbault, adepte du jeu long puissant et Melvine Malard, qui respire le jeu en profondeur et percussion ? Si la combinaison des différences est une superbe solution donnant d’ailleurs de la qualité et du talent au rôle de coach, il faut que chaque joueuse “porte” cette qualité d’être la meilleure dans son domaine d’intervention. A six, c’est difficile, à onze encore plus. Sinon, c’est direction les 1/4.

Plus j’y réfléchis, plus je me dis que le management de Corinne Diacre n’est pas à voir dans le match joué du moment mais dans la recherche de sa combinaison.

Pourquoi se poser une telle question ? Tout simplement car, non pas seulement la France, mais le monde du football féminin attend un titre des Bleues ! La seule équipe du Top 10 mondial à n’avoir même jamais été médaillée dans une compétition internationale (Euro, Mondial, JO). Un titre, un titre, un titre ! L’éternelle demande chez les A. Si éternelle qu’on peut se demander si elle est une véritable attente de l’institution et non pas “un slogan” chargé de donner de l’intérêt à suivre le football féminin.

Alors si pas de titre, please, “du spectacle !”.

William Commegrain Lesfeminines.fr

Match amical (en remplacement du Tournoi de France, annulé)
Samedi 20 février 2021 – 21h10
FRANCE – SUISSE : 2-0 (1-0)
Longeville-lès-Metz (Stade Saint-Symphorien)
Temps dégagé (11°C) – Pelouse excellente
Arbitres : Tess Olofsson (Suède) assistée de Julia Magnusson (Suède) et Almira Spahić (Suède). 4e arbitre : Lovisa Johansson (Suède)

Buts :
1-0 Wendie RENARD 12′ (Coup franc à 25 m légèrement excentré à gauche que Majri enroule du gauche pour trouver la tête de Renard au poteau opposé près de l’angle des 5,5 m où elle saute plus haut que Riola et place le ballon côté opposé dans le petit filet droit)
2-0 Perle MORRONI 81′ (Malard décale Périsset côté droit qui ajuste un centre au second poteau pour Morroni qui reprend du plat du pied gauche à l’angle des 5,5 m au sol)

Avertissement : Sandy Maendly 65′ pour la Suisse

France : 21-Pauline Peyraud-Magnin ; 4-Marion Torrent (cap.), 5-Aïssatou Tounkara, 3-Wendie Renard ; 22-Elisa De Almeida (2-Eve Périsset 68′), 14-Charlotte Bilbault (6-Sandie Toletti 68′), 8-Grace Geyoro, 7-Sakina Karchaoui (23-Perle Morroni 79′) ; 20-Delphine Cascarino (12-Melvine Malard 79′), 11-Kadidiatou Diani (18-Clara Matéo 63′), 10-Amel Majri (15-Sandy Baltimore 62′). Entr.: Corinne Diacre
Non utilisées : 1-Solène Durand, 16-Mylène Chavas, 26-Constance Picaud, 19-Estelle Cascarino, 24-Ella Palis, 27-Léa Khelifi

Suisse : 1-Gaelle Thalmann ; 5-Lara Marti, 15-Luana Bühler, 2-Julia Stierli, 19-Eseosa Aigbogun (4-Rachel Rinast 63′) ; 7-Sandy Maendly (22-Vanessa Bernauer 84′), 18-Riola Xhemaili (8-Irina Pando 75′) ; 17-Svenja Fölmli (23-Marilena Widmer 63′), 6-Geraldine Reuteler, 11-Coumba Sow ; 10-Ramona Bachmann (cap.) (20-Camille Surdez 84′). Entr.: Nils Nielsen
Non utilisées : 12-Elvira Herzog, 21-Seraina Friedli, 3-Naomi Mégroz, 13-Sandrine Mauron, 14-Rahel Kiwic, 16-Thais Hurni