La remise en cause des droits TV du football français est au coeur de l’actualité de ce trimestre 2020.

MediaPro, défaillant pour le paiement de son premier exercice d’un contrat de quatre ans (2021-2024) a abouti dans sa négociation avec la Ligue.

Un engagement de 780 millions (Capital.fr) qui avait fait bondir les droits TV à la somme de 1.153 millions (+60%) associant BeIn Sport et Free, plaçant le football français au même niveau que les droits italiens (29 titres européens) et allemands (18), quand la France n’a eu que deux vainqueurs de coupes européennes (1993 avec l’OM et 1996 pour le PSG). La LFP, trop ambitieuse ou “trop coq” ayant même fixé des prix de réserve élevés sur deux autres lots qui n’avaient pas trouvé preneurs.

Le 22 décembre 2020, le Tribunal de Commerce de Nanterre valide l’accord de rupture contractuel signé le 11 décembre entre les parties pour une indemnité de 100 millions d’euros à verser par MediaPro, se substituant à la dette de 334 millions que le diffuseur sino-espagnol devait en arriéré (Leparisien.fr) et à un engagement proche de 5 milliards sur les quatre années à venir.

Une excellente solution pour le groupe récent (1994) de Jaume Roumes, quand on sait que BeIn Sport y avait laissé 1 milliard de pertes, TPS et Orange se mordant financièrement les doigts de s’y être aussi aventuré. Les avocats de MediaPro ont dû se frotter les mains et attendre, sur leur compte carpa, un montant sympathique d’honoraires.

MediaPro est tombé sur un os. Canal+.

S’il y a une médaille d’Or à attribuer dans cette période où chacun nomme ses meilleurs joueurs, joueuses, coaches, Canal Plus possède des dirigeants qui ont réussi un coup de maître. Ils sont en droit de la porter.

D’abord, Maxime Saada analyse la situation en 2019. Au lendemain de l’annonce tonitruante des droits cédés par la Lfp, le PDG de Canal+, expérimenté, fait le bilan de cette compétition passée et perdue avec une clairvoyance d’expert-comptable lors d’une conférence téléphonique : « Nous sommes dans une logique de pérennité du groupe et c’est pour cela que nous avons décidé de ne pas surenchérir” …. « C’est très facile de surpayer des droits, sur le moment, on est très heureux, mais on se met en péril, j’ai déjà vu cela autrefois avec TPS, ajoutait-il. Et j’ai vu Orange perdre des centaines de millions au point de sortir du foot. ».

Surenchérissant, « Je ne suis pas certain que la situation actuelle soit définitive », s’interrogeant sur « la capacité de Mediapro à aller au bout de sa démarche financièrement » et rappelant que la Ligue italienne de football venait d’annuler le contrat passé avec Mediapro pour les droits TV de la Serie A de 2018 à 2021. (source Leséchos.fr)

15 mois plus tard, les faits lui donnent raison.

Canal+ adore le mois de décembre !

Pourtant grand perdant lors de la distribution par la LFP sous l’égide du contesté Directeur Général, Didier Quillot, les yeux illuminés par le “projet de voir monter une chaîne MediaPro dans les deux ans” ;  sans aucun lot, du jamais vu pour le diffuseur historique français ayant ouvert les vestiaires des clubs aux téléspectateurs ; exclue du football français qu’elle avait mis en lumière, alors qu’elle avait été candidate sur les 7 lots configurés par la LFP ; la chaîne du groupe Bolloré pointait ses armes sous les directives de Maxime Saada, laissant les kilos excessifs du dirigeant de la LFP s’autosatisfaire comme à la fin d’un repas arrosé, pensant à un chèque de 200.000 € comme prime devant tomber courant Septembre 2020.

Après la préparation stratégique d’un plan B sans football, travaillé au cas où elle n’aurait pas les droits du foot, avec l’hypothèse de se transformer en chaîne uniquement cinéma, sur le modèle de l’américaine HBO, estimant sa concurrence future avec Netflix ; elle décide que son marché n’est pas prêt à ce virage à 180°.

La LFP en pétait (1) de bonheur.

Quelle est la situation de Canal+ dans ce début du 4e trimestre 2019 ? Canal+, se balance entre l’image stéréotypée du passé encore éblouissant puisque diffuseur jusqu’à la fin de saison 2020, mais du passé -quasiment passéiste- dans un monde qui court après le temps, bien décidé à décider qu’hier remonte à la chrétienté.

Privé de football par la Covid, Canal+ affute son premier révolver de poche, renvoyant à ses lignes comptables, la LFP pour le solde à payer d’une compétition 2020 qui n’existe plus.

Le chef comptable de la Ligue, aventurier le week-end dans son jardin de la grande banlieue parisienne, ne s’inquiète pas de la mauvaise herbe qui s’annonce. Pas de chaîne pour MediaPro mais tout va bien. Bouleversé par l’éclosion de cette fleur inattendue espagnole qui lui fait rêver, aux paysages romantiques d’un Romain Gary chinois. Le voilà à l’aventure, tel un Henri de Monfreid l’a été dans les péninsules arabiques du début du 20e siècle.

Tout est prêt, sans risque et “en voiture Simone !”.

Voici le football français qui se frotte aux meilleurs championnats européens, les yeux rivés sur celui anglais et espagnols à atteindre. Le conseil d’administration chante, tous en liturgie, l’aventurier français qui ramène sur son fier coursier, le milliard jamais encore atteint. 1.000 patates diraient en coeur les 3 frères, Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus.

Canal Plus dégaine en plusieurs étapes, d’abord des droits à prendre : UEFA et France .

Le 10 décembre 2019, elle annonce des négociations exclusives avec “BeIn Sports en vue de la sous-licence des droits de la Ligue 1 acquis par le groupe qatari, sur la période 2020-2024. La chaîne cryptée, de la galaxie Vivendi va ainsi pouvoir proposer en exclusivité deux matchs par journée dont 28 des 38 meilleures affiches de la Ligue 1 à partir de la saison prochaine.”(leséchos.fr). 

Le même jour, elle confirme sa présence européenne, ayant acquis auprès de l’UEFA, les droits de l’Europa League : CANAL+ a acquis les droits de la meilleure affiche du jeudi (Ligue Europa ou la future Ligue Europa Conférence) ainsi que les finales des deux compétitions (lot A), soit 16 matches par saison, pour la période 2021 – 2024.” (Médiasportif.fr).

Fin novembre 2019, elle avait obtenu la Ligue des Champions à la barbe de MediaPro, promettant une action en justice. L’espagnol analysant que tout a été fait pour que l’offre de Canal+ et BeIn soit supérieure à la sienne. (lire ici) “Canal + et beIN Sports (375 millions) succèdent à RMC Sport (315 millions) entre 2021 et 2024 pour diffuser la Ligue des champions pour un montant global record de 375 millions d’euros par an. TF1 a la finale en clair.” sous-titre l’Equipe le 29 Novembre, sous la plume d’Etienne Moachi, versé dans le domaine.

Et voilà en quelques coups d’ailes, l’oiseau Canal+ chante toujours sur le football. France, Europe avec la Ligue des Champions et Europe encore avec la Ligue Europa. Le conglomérat Vincent Bolloré qui déteste perdre, vient de transformer la colombe de la paix en aigle pêcheur. Plongeant sur sa proie.

Dans l’hexagone, en Europe, Canal+ n’a plus qu’à étouffer l’espagnol. 

Un forcing est fait pour qu’aucune solution de partenariats ne soit possible, obligeant l’espagnol a cherché des voies de distributeurs qui le condamnait à l’étouffement. Sans distributeurs, le voilà qu’il crée une chaîne dans l’urgence, pourtant bien nommée “Telefoot” reprenant une des marques iconiques du football hexagonal, crée en 1977 par Pierre Cangioni.

L’objectif de  «3,5 millions d’abonnés pour rentabiliser notre chaîne, nous allons y arriver, j’en suis persuadé” le condamne au niveau des dirigeants comme des spécialistes. Pierre Menès, qu’on peut critiquer pour ses avis changeants, laisse exprimer sa qualité première : la logique. “«Cela ne peut de toute façon pas marcher, ils n’auront jamais assez de monde. BeIn est bien parvenu à ce niveau d’abonnement, à son sommet, en 2020, mais son offre était autrement plus complète avec le Mondial, la L1, la Champions League, les tournois de tennis ou encore la NBA.»

Les 900 millions d’euros investis par l’associé chinois OHC (58% des parts de MediaPro) en 2018 pour créer “la route de la soie” entre la Chine et l’Europe n’auront pas suffi. Le couperet et la logique chinoise auront précisé au dirigeant trotskiste espagnol les limites de son phrasé culturel.

On sort, et MediaPro est très bien sorti.

64 millions ayant été acquitté à la signature de la cessation contractuelle, 10 millions d’euros seront versé le 30 mars (3 mois) et 26 millions le 15 juin (5 mois et 1/2). (source Capital.fr).

Une aventure qui aura coûté bien moins au groupe MediaPro. La LFP, propriétaire fait office de berné. Un “Monsieur Jourdain”, célèbre personnage du Molière, des temps modernes.

La LFP prend son bâton de pélerin

En contrepartie, la LFP se trouve libéré d’un contrat de quatre ans qui ne présentait aucune garantie de paiement, avec la réalité des pertes de CA liées au huis clos qui se répétaient de journées en journées, d’un Covid-19 sans solution réelle à court terme et un diffuseur qui ne diffusait qu’à 600.000 abonnés quand Canal+ présentait une liste de 4 millions de clients potentiels.

Espérant au minimum 800 millions d’après Jean-Pierre Caillot, Président du Stade de Reims et spécialiste des chiffres impossibles à atteindre, l’Equipe sous la plume d’Etienne Moatti parle d’une proposition orale de 590 millions plus un bonus de 100 millions d’euros en variable, calculé sur le nombre d’abonnés.

Un chèque de 200 millions d’euros serait avancé par Canal+ pour faire le lien auprès des clubs, essoufflés par cette aventure financière qui fait dire au Président de la DNCG, que le football français doit comptabiliser une perte de 800 millions d’euros, tous clubs confondus, proposant comme solution inapplicable, une baisse des salaires de 30% des joueurs comme point d’équilibre. Déjà que, missionné par ses pairs en avril 2020, le même Président Caillot n’avait obtenu qu’un report de paiement des salaires, au plus tard à la fin de la saison …

Heureusement que les principes comptables de la DNCG ont permis aux clubs professionnels de passer cette période délicate, ne renvoyant la question d’un redressement judiciaire potentiel, à la moitié de la saison 2021. Personne n’ayant intérêt à cette situation, il va s’en dire que des réponses ont été apportées au groupe Canal+ sur la pérennité future et à court terme du football français.

Pas d’inquiétude à avoir, autrement que dans la lecture des gros titres “buzz” inévitables à venir. A la condition où des garanties aient été apportées quant à la pérennité du football français.

CanalPlus, monopole de fait et de droit du football français

En 2019, les passionnés du football français voyaient le groupe Canal+ s’effondrer avec la perte du football français. Le 25 décembre 2020 ; Canal+ est devenu leader du football diffusé en France. Les meilleures affiches des journées de L1, de la Ligue des Champions, de la Ligue Europa.

Dans cet ensemble, il y a même le football féminin de la D1FArkema.

En 12 mois, Maxime Saada et son équipe ont fait des merveilles. Avec cela, son avenir est assuré. Il sera à la tête d’un très gros projet dans les années à venir, dans le groupe Bolloré ou ailleurs.

William Commegrain Lesfeminines.fr

(1) le pet est la chose la plus naturelle du monde. On sait juste qu’on se retient quand on se trouve face à un supérieur et qu’au contraire, quand la maitrise et la force sont là, le pet devient celui du propriétaire. Le tout premier pet lâché dans sa nouvelle position hiérarchique est une marque de satisfaction comme de propriété. Il laisse un sentiment de plénitude et nous conforte dans notre puissance du moment. Dans le métier de conseil, j’utilise souvent cette image pour décrire l’homme ou/et le pouvoir quand il le découvre.