Ada Hegerberg renouvelle son lien avec l’Olympique Lyonnais pour 3 ans supplémentaires. Et ce, jusqu’en 2024. La meilleure joueuse UEFA 2016, Ballon d’Or France Football de la première session féminine en 2018, sur le podium FIFA la même année annonce sa décision en plaçant des ambitions claires, dans le cadre d’un projet de leadership qui est concurrencé par des clubs européens et français avec le PSG.

“Je suis hors du terrain depuis un an. Je ne suis plus sur la liste des meilleures joueuses du monde. Il y a eu des tensions [avec le club]. Des choses se sont passées en coulisses. J’ai géré cela en interne avec le club. Nous avons beaucoup discuté ..” et elle confirme “Je veux élever mes ambitions. Je veux être un endroit où tu peux gagner. Et pour moi, Lyon est toujours numéro un, mais l’écart avec les autres clubs se réduit. Le club doit faire mieux dans certains domaines. Ils le savent.”

Situons les choses.

L’Olympique Lyonnais voyait des choses que les autres ne voyaient pas.

Ada Hegerberg a été choisie par l’Olympique Lyonnais au regard de son parcours avec l’équipe de Norvège en 2013, lors du championnat d’Europe où la Norvège est arrivée en finale, butant sur deux pénalties arrêtés par Nadine Angerer (All).

Personne ne l’avait identifié, elle jouait sur les couleurs du Turbine Potsdam (All) de 2012 à 2014 dans une période où l’OL laissait le leadership européen au Vfl Wolfsburg (champion d’Europe 2013 et 2014). Elle avait joué 45′ lors de la rencontre aller éliminant l’Olympique Lyonnais de la Coupe d’Europe, remplacée par Andonova et 86′ au retour qui avait coûté sa qualification à l’OL. Sans marquer.

L’OL l’avait repéré avec Bremer. Les deux sont arrivées dans le Rhône, Ada en 2014, Pauline en 2015. Ada avait 18 ans.

Ada Hegerberg a choisi l’Olympique Lyonnais.

Bientôt sept saisons plus tard, la joueuse norvégienne a grandi avec l’entreprise Olympique Lyonnais, comme on accède à des postes hiérarchiques dans les grandes entreprises. Compétences, résultats, confiance s’accroissent et on quitte une salariée pour trouver un cadre supérieur appelée à être dirigeante.

Son twitter est clair : “Norwegian footballer for Olympique Lyonnais.”.

Elle avait même pris la décision de privilégier l’Olympique Lyonnais après – à mon sens- une discussion de “coaching” avec Jean-Michel Aulas, lui disant certainement à quel point les gagnants se doivent de jouer dans des équipes gagnantes pour s’alimenter de cette puissance qu’offre la première place.

Les honneurs nombreux se sont manifestés. Certains en retard, d’autres certainement politiques. Peu importe, rien de bien différent à ce qui se passe dans la vie professionnelle. Le détail est discuté comme discutable ; l’ensemble en impose. Ada Hegerberg a un palmarès qui en impose, à seulement 25 ans.

La Norvège, passant totalement au travers de l’Euro 2017, la joueuse n’a fait qu’affirmer ce qu’elle est en premier : une gagnante et ce qu’elle confirme, en renouvelant son contrat.

La blessure. L’arrêt. Le temps qui passe et c’est l’oubli quand le monde avance. Une année à compter le temps qui passe (ligaments et fractures de fatigue). Lorsqu’on a 25 ans et beaucoup d’avenir devant soi. C’est beaucoup, c’est beaucoup trop. C’est trop. L’Olympique Lyonnais ne peut pas être étranger à tout cela. Au sens du droit, la responsabilité de l’employeur est forte en terme de sécurité et de santé au travail même si en football, les choses différent, soit sur le plan juridique soit en terme de réalités quotidiennes.

Sauf, qu’à l’OL, ces choses ne doivent pas se passer dans l’esprit d’une joueuse qui s’est investie dans ce que le monde féminin faisait de meilleur mais qui, faute d’un changement dans l’encadrement éloigné du terrain, s’est apathie sensiblement au fil du temps.

La structure rend les choses habituelles quand le champion fait de chaque instant, un moment de performance. Deux vécus qui ne s’opposent pas quand tout va bien ; deux vécus qui s’opposent quand les choses vont moins bien.

Ada Hegerberg prend un risque, en le précisant mais en l’acceptant.

Aujourd’hui, le football féminin tourne rapidement. Megan Rapinoe, éloignée des terrains, essaye de construire une identité avec sa société qui a du mal à trouver ses points d’accroches alors qu’elle était une star mondiale à la sortie du Mondial 2019. Joe Biden, élu à la Présidence ; sa pointe d’appel du politique, non dénué d’humour ni d’ambition, a du mal à trouver un écho. Elle est pour l’instant, une force du passé. Pas facile quand on a 34 ans et la vie devant soi.

Les choses vont vite. Ada Hegerberg est passée d’un danger offensif en 2019 à un passé historique après une année sans jouer. Rarement le football féminin n’est allé aussi vite. Il change de dimension. Une situation nouvelle qui s’impose. Pour une joueuse de talent comme Ada, le combat et la performance se situent au-delà du terrain.

Rester dans le même club pour atteindre une dizaine d’années de collaboration est un choix rare, risqué et tenté par les deux parties. Il y a dans cette décision bien plus qu’un salaire. Un challenge.

Pourra-t-elle revenir dans le Top mondial et prendre une couronne FIFA qu’elle n’a pas reçue ? L’Olympique Lyonnais réussira-t-il à maintenir une main mise sur le football européen qui s’annonce diablement concurrentiel alors que les lyonnaises sont discutées par le Paris Saint Germain sur le simple terrain de l’envie et de la détermination, cimenté par une force collective ressemblant bien à celle des championnes, s’imposant au Rhône ?

Ce sont des questions auxquelles les deux partenaires ne peuvent répondre mais qui ont dû transpirer et transparaître dans leurs discussions.

Plus qu’une décision de joueuse, Ada Hegerberg a pris une décision de femme. “La norme dans le foot est d’aller flirter avec d’autres clubs pour mettre en avant leur propre position en termes de rémunération. Ce n’est pas comme ça que je fais les choses. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour le club qui me paie”. 

L’Olympique Lyonnais réfléchit comme une structure. Impossible d’affirmer que l’OL sera le club vainqueur des 5 prochaines saisons européennes. Travaillant pour le confirmer avec les talents que le club a choisi, leur donnant délégation pour le réussir. A charge pour eux d’en être.

C’est l’inconnu actuel de l’OL. A charge pour ceux chargé du projet d’être.

C’est toute la difficulté ou la force de l’Olympique Lyonnais et du choix d’Ada Hegerberg. Dans le passé, l’OL a toujours montré qu’il savait choisir les gens à qui il confiait un projet. A voir.

William Commegrain Lesfeminines.