Ce soir face à la Macédoine du Nord, pour ce match retour dans le groupe de qualification des Bleues à l’Euro 2021 devenu 2022 avec la Covid-19, il sera encore question de Corinne Diacre sur le défilé des messages twitter des aficionados du football féminin. Encore plus sélectionneur que les spécialistes du football masculin, plus à mal de remettre en cause les choix de Didier Deschamps, futur Président de la FFF dans l’esprit de Noël Le Graet, président actuel de la FFF depuis Juin 2011.

Un Président qui n’a pas bougé d’un cil dans cette tempête médiatique où les médias significatifs du football, ont pris le pas de la tendance actuelle, s’interrogeant sur les choix de la sélectionneuse. Ne cachant pas leur opposition, faute de compréhension.

Il a suffi d’un simple repas d’affaire, un mercredi à Clairefontaine, pour que la musique cesse.

Le débat est clos. Ce n’est pas faute de l’avoir écrit et dit. La carte de Corinne Diacre est évidente, aux journalistes rémunérés de ce métier de la trouver. Elle a visiblement une force bien supérieure à des écrits ou des mots qui, au lieu de faire chavirer celle qui est maintenant à la tête de l’Equipe de France depuis Septembre 2017, sont simplement qualifiés de “liberté d’expression” et “droit à la parole”. Des qualificatifs bien loin de l’idée révolutionnaire qui les portaient.

Oublions.

A l’inverse, l’esprit qui anime cet article est différent de ce simple constat, déjà anticipé et prévu. La question qui m’interpelle est la suivante : “Est-ce que cette EDF a tout simplement droit au bonheur ?!”

Le football féminin a décollé, en 2011, non pas avec les victoires de l’Olympique Lyonnais suite à une finale confidentiellement perdue en 2010 face à Potsdam, mais avec une demi-finale mondiale en Allemagne perdue contre les USA (1-3) et un 1/4 qui s’est joué aux tirs au but (4-3), remporté par les Bleues face à l’Angleterre (1-1), sur une égalisation à la toute fin du match (88′), par Elise Bussaglia. Les Bleues avaient chaviré de bonheur et collé à l’écran les quelques téléspectateurs attentifs à ce match vu par hasard sur France 4.

France-Angleterre. Coupe du Monde 2011. Crédit fff. Lesfeminines.fr

France-Angleterre. Coupe du Monde 2011. Crédit fff. Lesfeminines.fr

Un an plus tard, dans la même veine dynamique, en 2012, aux JO de Londres, dès le premier match contre les USA en phase de groupe, les Bleues de Bruno Bini avec Corine Diacre comme adjointe, en plantaient deux aux habituelles numéro 1 mondial (12′ et 14′) en moins d’un quart d’heure sur un premier but de Gaetane Thiney qui, à mon sens, est son plus beau des 58 qu’elle a planté. Le commentateur de France 2, là, Fabien Lévêque, en avait perdu sa voix. Alex Morgan (doublé), Carly Lloyd, Abby Wambach avait rectifié la mire. Les Bleues finissaient néanmoins demi-finaliste et laissait le Japon (1-2), championne du monde, tenter le titre olympique (Argent) face aux USA (Or).

Cette équipe de France respirait le bonheur. Non pas la joie, mais le bonheur. Une confiance dans ce qu’elle était, peu importe les problèmes et les défauts.

Pourtant, les attaques et dissension existaient. Les crises internes, l’appât du poste pour le coach, la déception de ne pas avoir gagné -bis répétita- ; les Bleues subissant la concurrence des réussites européennes de l’OL (Championne d’Europe 2011 et 2012) quand elles repartaient sans le titre tant convoité.

Cette comparaison est toujours d’actualité. L’OL gagne des titres (sept titres européens). Les Bleues ne gagnent rien (1/4 de finale de toutes les compétitions internationales depuis lors). Cette corrélation est si forte que n’importe quel trader en Bourse l’utiliserait comme argument, pour placer les yeux fermés, des fonds internationaux. “Tant que l’OL gagnera, les Bleues perdront”.

Cette maxime factuelle, se promène de sélectionneur en sélectionneuse depuis 2013. Bruno Bini (titre européen de l’OL, 2011 et 2012), Philippe Bergerôo (titre OL 2016), Olivier Echouafni (Titre OL 2017), Corinne Diacre (Titres OL 2018, 2019, 2020).

La petite France du football féminin se balance entre ses deux idées opposées.

Faut-il un coach lyonnais à l’Equipe de France ? Farid Benstiti (finale européenne 2015), Patrice Lair (finale européenne 2017) ont montré avec, le PSG, qu’il y avait bien une marque de fabrique même si cela s’est terminé sans titre. Gérard Prêcheur, en Chine dans un championnat moins qualitatif, ne pouvant pas l’affirmer et Reynald Pedros, sans club actuel, n’ayant pas encore la possibilité de l’appliquer.

La mariée Oranje des Pays-Bas. Crédit UEFA. Lesfeminines.fr

La marée Oranje des Pays-Bas. Crédit UEFA. Lesfeminines.fr

De l’autre côté, la force lyonnaise n’est-elle pas une faiblesse en Bleue puisqu’elle diminue la dynamique collective des Bleues, devant se créer une unité -au delà- des couleurs d’un club ?

A l’image de la réussite des Pays-Bas avec Sarina Wiegman, qui avait transformé de bonnes joueuses de clubs (12e mondial), en une équipe Oranje, adorée par son public, vainqueur d’un Euro 2017 que personne ne gagnait autrement que la Mannschaft (8 titres dont 6 consécutifs) et nouvelle fer de lance européenne, butant en finale face aux USA comme vice-championne du Monde 2019 en France.

La Suède est d’ailleurs sur le même mode opératoire. Des clubs anonymes européens et une équipe nationale finaliste des JO 2016 (Argent), troisième du mondial 2019 (Bronze) qui prend des récompenses.

Revenons aux Bleues. Sept ans que cela dure. Sept ans d’une vie commune chaotique, mouvementée, bousculée. La non-sélection d’Amandine Henry sous l’ère Bruno Bini ; L’affaire Gaetane Thiney en 2015 pour la Coupe du Monde, Sandrine Soubeyrand avant à l’Euro 2013 ; le constat de Philippe Bergerôo en 2016 sur les joueuses et l’oubli définitif de Gaetane Thiney ; le jeu transformé d’Olivier Echouafni en 2017 ; la continuité de Corinne Diacre à asseoir une défense et latéralisation du jeu pour finir par des centres. Des choix et des mots. Des plus, des moins. Des critiques continuelles et perpétuelles. Justifiées ou non-justifiables. Voilà l’univers français. Gueulard. Il était arrivé la même chose avec Hope Solo en 2016 pour les américaines. Vite calmé.

Il ne faut pas oublier qu’aux USA, là encore, sans club phare, les américaines pointent les seins dès que le drapeau étoilé se profile à l’horizon.

Au final, pour les Bleues, une 3e place mondiale depuis 2014. Et pourtant, les Bleues ne sont pas heureuses.

Basta. Et si ce qui manquerait à cette Equipe de France ; c’est tout simplement, le droit au bonheur.

Et si, on redonnait à cette Equipe de France, le droit au bonheur tout simplement ?

William Commegrain Lesfeminines.fr

  • France-Macédoine du Nord. Vendredi 23 Octobre. 21h00. Orléans. En direct. W9
  • Autriche-France. Mardi 27 Octobre. 21h00. Wiener. En direct. W9.