30 Août 2020

Auteur : William Commegrain

19e édition. En inscrivant Olympique Lyonnais pour la 5e fois consécutivement sur la Coupe d’Europe Féminine et la 7é fois de son Histoire, les “fenottes” semblent bien parties pour une série européenne impressionnante dont elles ont l’habitude en France (14 titres, 8 Coupes de France) 

Impossible de trouver finale plus proche et serré entre le Vfl Wolfsburg, multiple vainqueur de son championnat national et Coupe et l’Olympique Lyonnais, 14 titres national, 8 Coupes de France, 7 Coupes d’Europe. 

L’avantage historique était pour les joueuses de Jean-Michel Aulas, en train d’écrire l’Histoire européenne avec six titres européens, plus deux finales. De son côté, le Vfl Wolfsburg croyait ferme dans ses chances de renverser le rapport habituel entre les deux équipes ; l’Olympique Lyonnais l’ayant emporté quatre fois dans les quatre dernières oppositions (finale 2016, finale 2018, 1/4 2017, 1/4 2019).

A l’image de la victoire à l’aller du 1/4 de 2017 allemande (1-0) à domicile ; les partenaires de Wendie Renard n’ont pas bronché quand Alexandra Popp a réduit le score à la 58′ (1-2) terminant la rencontre sur un but heureux de Gunnarsdottir (88′, 1-3), nouvelle lyonnaise, partenaire encore en Juin des Louves de Wolfsburg.

Il faut dire que les lyonnaises sont celles qui possèdent le plus d’expérience européenne avec 104 rencontres au compteur ayant encore dans leur onze, trois joueuses pouvant prendre la photo avec sept doigts bien ouverts, pour sept titres européens. Soit Wendie Renard, Sarah Bouhaddi et Eugènie Le Sommer. 

C’est d’ailleurs la bretonne, tout juste mariée depuis une quinzaine de jours, qui ouvrira le score pour son 47è but européen (25′, 0-1) la mettant au pied du podium (4e) des buteuses de l’UEFA.

Dans un début de match où chacun joue sa partition, l’Olympique Lyonnais montre des velléités logiques du favori avec un premier tir extérieur à la surface (2′) de Kumagai, suivi d’une tête de Wendie Renard, extérieur sans réelle opposition (7′, 11′). Alexandra Popp s’apercevant qu’il est difficile de défendre sur les 1,87 de la capitaine française, forte de 30 titres acquis avec l’OL, précisant “qu’elle avait encore de l’encre dans sa plume” pour en écrire de nouveaux. 

Delphine Cascarino, sur la droite commence à faire mal à son adversaire. Elle arrivera si bien à le faire qu’elle en finira meilleure joueuse du match à la fin de la rencontre. Débordement, double accélération, la jeunesse de la lyonnaise met en difficulté le côté gauche allemand.

Wolfsburg de son côté, se déplace de long en large mais n’arrive pas à trouver la verticalité qui font les victoires avec une présence continue dans la surface lyonnaise. Il y aura bien une banderille à la (14′)avec Pernille Harder, Huth, Rölfo mais Bouhaddi interviendra, montrant que la qualité de la gardienne lyonnaise est autant dans les arrêts que dans la lecture des actions adverses. Le peu de possibilités allemandes expliquera l’excès de volonté de Pajor (22′), ratant sa demi-volée dans la surface alors que pour une fois, Harder en demi-teinte, avait réussi à s’imposer dans un duel avec Renard. 

Eugènie Le Sommer, Wendie Renard et Sarah Bouhaddi, inscrivent leurs noms dans l’Histoire avec Sept titres européens à leur palmarès. Il manque Amel Majri sur cette photo.

Photographie @UEFA

Des buts lyonnais d’expérience

C’est là que l’expérience lyonnais entrera en jeu. Eugènie Le Sommer, placée avant-centre au lieu et place de Nikita Parris, sanctionnée d’un rouge en 1/2 finale, fera du Le Sommer.

Cascarino déborde à droite, centre en retrait. L’attaquante française ne se pose pas de question et reprend cadré, cette occasion qui se présente. Abt, qui n’aura pas fait un grand match fait une Neuer et bloque le tir du pied. La balle revient dans l’axe de la bretonne. Ni une, ni deux, elle réagit deux fois plus vite que la défense adverses et place un gauche meurtrier, là encore cadré.

(0-1), un grand pas pour un 7e titre européen devant la difficulté habituelle des adversaires de l’OL à leur marquer un but.

Saki Kumagai (29 ans), quatre titre de Ligue des Champions, ne se posera pas plus de questions quand une balle perdue d’Engen, lui vient dans les pieds, aux vingt mètres, face au but d’Abt. Une frappe du gauche qui trouve les filets. Imparable (44′, 0-2) juste avant la mi-temps. Là, on touche les 90% de chances pour l’OL de prendre le titre. Aucune équipe n’a marqué 3 buts à l’OL en Coupe d’Europe depuis sa domination commencée en 2011.

Pourtant Wolfsburg trouvera les filets de Sarah Bouhaddi à la 58′ (1-2) sur une balle relâchée par la gardienne sollicitée sur un centre de Rölfo. La balle revient dans les pieds de Pajor, qui lance un tir heureux pour une tête d’Alexandra Popp, déjà buteuse face à l’Ol en finale 2017 (1-2, 58′).

Un moment fort de la nouvelle puissance lyonnaise, ces trente minutes à jouer. Aucune panique, une domination allemande infructueuse d’autant que la défense française, serre son jeu et se bat pour repousser ces ballons qui veulent entrer dans sa surface.

Les minutes s’écoulent sans que l’on voit du talent du côté allemand capable de faire la différence. Le collectif bouscule l’OL sans conséquence en occasion et surtout sans joueuse capable de rendre d’un ballon inoffensif, un ballon dangereux voire salvateur.

Une différence flagrante avec le sentiment laissée par les lyonnaises dans les 60 premières minutes. Sakina Karchaoui et ses débordements, la présence d’Eugènie Le Sommer dans la surface, la vitesse de Delphine Cascarino à droite. La défense de Wendie Renard.

D’autant que la meilleure buteuse lyonnaise toutes compétitions confondues, Eugènie Le Sommer, n’a aucune envie de s’arrêter là. C’est encore sur un ballon mal repoussée par la défense allemande qu’elle enverra un gauche hors cadre, touchée cependant par Gunnarsdottir qui la détournera dans les filets allemands (88′, 1-3).

A l’évidence, Wolfsburg n’avait pas les moyens de renverser une situation, faute d’actrices pour le faire. Elles paieront très chers des ballons mal repoussés par sa défense, et excellemment négociés du côté lyonnais par des joueuses d’expérience (Eugènie Le Sommer par deux fois, Saki Kumagai).

 

L’Olympique lyonnais remporte sa finale en ayant plus de talents individuels (expérience, vitesse, initiative) dans son équipe comparée au Vfl Wolfsburg qui en a cruellement manqué. 30

 

 

“L’expérience individuelle lyonnaise a fait la différence dans une finale disputée mais maitrisée par l’OL”

LES Joueuses

Du côté de Wolfsburg, je n’ai pas compris le choix d’Abt comme titulaire dans ce tournoi. Elle a relâché un nombre incroyable de balles au niveau de la finale. Cela pose la question de Kiedrzynek, qu’Aulas a pris affectueusement dans ses bras au moment de la remise des médailles aux perdantes. Lui disant certainement, qu’elle aurait du venir à l’OL après le PSG, elle qui s’était ouverte dans la presse, en précisant “que l’opposition était telle dans les deux clubs, qu’elle ne pouvait pas porter les couleurs de l’OL après celle du PSG”. Elle lui a répondu qu’elle aurait été seconde gardienne avec une Sarah Bouhaddi partante puis revenante. Ce qui est sûr, c’est qu’elle ne pensait pas l’être à Wolfsburg, et pourtant. A voir pour comprendre ?

La défense allemande (Blasse, Goessling, Hendrich, Janssen) a fait son travail sur les mouvements lyonnais mais a été en grande difficulté dans les réactions dès que la balle se trouvait dans sa surface. Les trois buts lyonnais viennent d’un deuxième ballon mal géré dans les 16m50.

Au milieu, la norvégienne Engen a fait son plus mauvais match du tournoi. Huth a été très performante et sa sortie à la 60′ m’est incompréhensible d’autant que Pernille Harder a été insignifiante pour son équipe. Popp a joué un bon match comme Rölfo. Trop esseulées pour faire la différence. Pajor, a manqué d’expérience, confondant vitesse et précipitation, montrant, alors, les limites d’une joueuse petite en taille. Le banc allemand n’a rien apporté de significatif.

Du côté lyonnais, Bouhaddi a montré que sa qualité dans une équipe qui laisse peu d’occasions à ses adversaires est autant dans les arrêts que dans la lecture du jeu. Karchaoui a été éblouissante et trouve dans l’OL, des partenaires qui lui permettent des montées flamboyantes à gauche. Titulaire sur ce poste avec l’Equipe de France. Wendie Renard gagne des titres (31) mais sait mettre le “bleu de chauffe” quand il le faut. Excellente pour couper les centre adverses. Buchanan qui a remplacé Griedge M’Bock dans ce tournoi a joué sérieusement pour obtenir son 4e titre européen, quand Lucy Bronze est moins bien par rapport à son maximum, mais assez bien pour contrer les allemandes sur ce match. Kumagai et Gunnarsdottir ont été double buteuses. Elles ne sortiront pas facilement du onze titulaire même si l’islandaise n’a pas l’impact d’une Amandine henry. Sauf que le jeu de l’OL est de passer sur les côtés pour faire moins briller le milieu de terrain. Dans ce cadre, Marozsan, meilleure joueuse de la D1FArkema depuis trois saisons, devient une teammates. Ce qu’elle a bien fait. Majri et Cascarino sont là pour piquer les adversaires. En ces temps d’été, la jumelle d’Estelle a été plus que provocante. Eugènie Le Sommer au centre est redoutable, si la balle est dans la surface. Elle a l’expérience pour tenter l’improbable, avec la maitrise de son émotion quand l’enjeu demande victoire.

Jean-Luc Vasseur n’a pas pris de risques en gardant son onze titulaire le plus longtemps possible. L’expérience qu’un but peut très vite arriver. 

Les joueuses de l’Olympique Lyonnais ont montré plus de talents que celles de Wolfsburg. L’esprit collectif n’est pas suffisant pour sortir l’OL d’un titre.

Il faut avoir les deux, ce qui est du domaine “plus que rare” dans le football féminin européen.

Les lyonnaises sont bien parties pour faire une série historique. Elles en connaissent le parfum. En 2011, elles montraient une manita (5) en championnat. En 2020, elles en ont 14. Des titres enfilés comme des perles. Il y a dans cette victoire comme une répétition des titres en championnat. Une présence adverse mais au final, une victoire méritée lyonnaise.

 William Commegrain lesfeminines.fr

Finale Women’s Champions League 2020

Wolfsburg – Olympique Lyonnais

Finale Women’s Champions League 2020. Vfl Wolfsburg (1-3) Olympique Lyonnais. Dimanche 31 Août 2020. 20h00. Stade San Sebastian. Retransmission en direct sur W9, Canal+, BeIn. Arbitres : Esther Staubli

  • Cartons jaunes : Huth (14′), Marozsan (40′). Buts : Eugènie Le Sommer (25′, 0-1) ; Kumagai (44′, 0-2) ; Popp (58′, 1-2) ; Gunnarsdottir (88′, 1-3). 

Wolfsburg Vfl : Abt – Blasse (78′, Bremer), Goessling, Doorsoun (39′ Hendricht), Janssen – Huth (61′ Wolter), Engen, Popp, Rölfo – Harder (cap), Pajor (61′ Oberdorf). Coach Stephen Lerch. 

Olympique Lyonnais : Bouhaddi – Bronze, Buchanan, Renard (cap), Karchaoui – Kumagai, Gunnarsdottir – Cascarino (87′ Van de Sanden), Marozsan (87′ Taylor), Majri (90’+4, Majri)- Le Sommer (90’+3, Greenwood). Coach : Jean-Luc Vasseur.